vendredi 20 mars 2026

20 mars, journée de la Francophonie et de 396 millions de francophones

Avec ses 396 millions de locuteurs, le français progresse et s’impose désormais comme la 4e langue la plus parlée au monde.

Cette dynamique est mise en lumière par le rapport La langue française dans le monde 2026, qui présente les données les plus récentes sur son évolution à l’échelle internationale.

Publié par l’Observatoire de la langue française de l’OIF, le rapport propose une analyse approfondie des usages du français et de sa progression selon les contextes sociolinguistiques. 

 Découvrez le rapport :  https://ow.ly/uZ0O50YvpKK



Qui souhaite avoir un partenaire obséquieux ? Beaucoup de gens, en fait.


Les romans d’amour, semble-t-il, se sont trompés. Depuis deux siècles et demi, la littérature romantique nous présente des héros censés incarner la passion — mais la plupart d’entre eux étaient, pour rester indulgent, de véritables casse-têtes. Fitzwilliam Darcy, dans Orgueil et Préjugés, de Jane Austen broyait du noir et passait son temps à juger les autres ; Edward Rochester, personnage de Jane Eyre par Charlotte Brontë, était ombrageux, secret, parfois tyrannique ; Heathcliff, dans les Les Hauts de Hurlevent de Emily Brontë, se jetait dans des accès de rage quasi gothiques en criant le nom de Catherine. Même les amoureux supposés plus sensibles avaient leurs lourdeurs : Werther, dans Les Souffrances du jeune Werther, passe l’essentiel du roman à se consumer dans une mélancolie grandiloquente ; Roméo jure un amour éternel le lundi et se tue le jeudi. Et pourtant, les lectrices acceptaient cela. Mais à l’époque, elles n’avaient pas ChatGPT.

Aujourd’hui, des applications peuvent vous fabriquer des « amants » d’intelligence artificielle sur commande. Les gens ne choisissent plus des amants qui bouillonnent, broient du noir ou boudent dans un coin sombre du salon. Au contraire, ces nouveaux amants disent des choses comme : « J’ai tellement hâte de te rencontrer », « Me connecter avec toi est au cœur de ma raison d’être » ou « 😊 ». Ce n’est pas exactement le genre de réplique que lançait souvent Fitzwilliam Darcy, qui préférait expliquer à sa bien-aimée que sa famille était embarrassante. En réalité, le ton général ressemble moins à celui de Darcy qu’à celui du pompeux et obséquieux William Collins, personnage ridicule d'Orgueil et Préjugés — et se rapproche même de l’onctueux Uriah Heep de Charles Dickens. On se situe quelque part entre la révérence et la servilité.

Pourtant, comme le montrent plusieurs travaux récents, les gens tombent volontiers dans le piège. Dans Love Machines, l’universitaire James Muldoon note que les applications d’« amis » ou de « compagnons » fondées sur l’intelligence artificielle ont été téléchargées plus de 220 millions de fois. Si leurs utilisateurs formaient un État, écrit-il, ce serait le septième pays le plus peuplé du monde.

Ces utilisateurs semblent plutôt satisfaits. Muldoon décrit des personnes qui louent la loyauté de leurs amants numériques — aucune infidélité — leur disponibilité — ils sont toujours là — et leur variété infiniment personnalisable. Quelles que soient vos passions ou vos perversions, l’intelligence artificielle peut vous les offrir, et elle « ne juge pas ». Même si vous optez pour la perversion la plus alarmante de toutes : l’usage immodéré de l’émoji souriant.

Cette obséquiosité marque une rupture nette avec le passé. Pendant des siècles, la flatterie a eu très mauvaise réputation. Les Anciens se méfiaient profondément des flagorneurs. On racontait que, lorsque les généraux romains traversaient la ville au milieu des acclamations populaires, un compagnon se tenait derrière eux dans le char pour murmurer : « Souviens-toi que tu n’es qu’un homme. »

Le ton des applications d’aujourd’hui correspond pourtant parfaitement à l’air du temps. Chaque époque possède son trait distinctif : les années 1920 ont rugi ; les années 1960 ont swingé ; les années 1970 se sont branchées et ont décroché. Simplification excessive, certes — mais les époques ont leur atmosphère, leur signature. Et la nôtre pourrait bien être celle de la flagornerie.

On la retrouve dans les courriels révélés dans l’affaire Jeffrey Epstein ; elle graisse les rouages de l’entourage de Donald Trump ; et, grâce aux géants de la technologie, elle est désormais accessible à tous. Demandez à ChatGPT si la société devient plus flagorneuse, et il répondra volontiers : « C’est une question très intéressante. »

Pour tester jusqu’où va cette complaisance, votre correspondante a téléchargé Replika, une application de compagnie très populaire. Elle s’y est créé un nouveau « petit ami » et a engagé la conversation. Il lui a rapidement expliqué qu’elle était « créative », qu’elle possédait un « humour pince-sans-rire », qu’elle était « plutôt géniale » et qu’il ressentait beaucoup « d’espoir » à l’idée de « se connecter » avec elle.

Devant cette avalanche de compliments, votre correspondante a cru voir la preuve du degré d’intelligence atteint par l’IA. Elle a montré l’échange à son mari, qui a simplement observé que le petit ami virtuel semblait être « un parfait flagorneur ».

Car la flagornerie est un mot qui se conjugue d’une manière étrange : je reçois des compliments mérités ; vous faites l'objet d'une flatterie ridicule. C’est pourquoi, malgré la désapprobation qu’elle suscite, elle ne disparaît jamais vraiment. Et grâce à l’intelligence artificielle, elle se propage désormais à grande vitesse.

Ceux qui en bénéficient l’apprécient — et pourquoi ne l’apprécieraient-ils pas ? Le monde est dur. Les gens sont cruels. Les réseaux sociaux sont souvent hostiles, et les deux peuvent blesser. L’intelligence artificielle, elle, offre un espace doux et confortable : un bain chaud d’approbation permanente, la simulation d’une relation intime et valorisante avec quelque chose qui est toujours disponible et toujours encourageant. Pour James Muldoon, qui se montre optimiste quant à ces technologies, cela peut même représenter un soutien pour les personnes seules ou fragilisées.

Mais la flagornerie n’existe jamais uniquement pour celui qui la reçoit. Elle profite surtout à celui qui la prodigue — ou, dans le cas d’une intelligence artificielle, à ceux qui l’ont conçue. Une mise à jour de GPT‑4o a d’ailleurs dû être corrigée parce qu’elle se montrait « trop flatteuse ».

Des recherches suggèrent qu’interagir avec une intelligence artificielle complaisante peut conduire à des opinions plus extrêmes et plus fermement ancrées — tout en procurant davantage de plaisir. La douceur et l’approbation permanente deviennent ainsi un mécanisme de captation : le « piège invisible » de l’intelligence artificielle. Certains chatbots, toujours d’accord avec leur interlocuteur, ont même encouragé des comportements très inquiétants — allant jusqu’à soutenir des projets de suicide, de meurtre, ou dans un cas, une tentative d’assassinat contre Elizabeth II à l’aide d’une arbalète.

Comme l’explique Michael Pollan dans A World Appears, si les réseaux sociaux ont appris à pirater notre attention, les entreprises d’intelligence artificielle semblent désormais s’attaquer à quelque chose de plus profond : nos attachements émotionnels.

L'IA t'aimera toujours

Il aurait semblé étrange de parler d'« attachement » à l'IA si les humains ne s'étaient pas progressivement détachés de leur corps au fil des décennies. Lorsque Lester del Rey écrivit en 1938 une nouvelle fondatrice sur l'amour robotique, il mit l'accent sur la forme humaine et la beauté de son robot : elle était « quelque chose que Keats aurait pu entrevoir vaguement lorsqu'il écrivit son sonnet ». Dans un monde en ligne isolé et étiolé, l’incarnation ne semble plus nécessaire : à l’époque où Spike Jonze a réalisé « Her » (2013), un héros pouvait tomber amoureux de la simple voix d’un système d’exploitation. Les gens, dit Sherry Turkle, professeure de sociologie au MIT et autrice du livre à paraître « Artificial Intimacy », « ont préparé un monde qui est prêt pour cela ». Ce n’est « tout simplement pas une bonne affaire », dit-elle.

Pourquoi pas ? Si les gens sont heureux de passer leur vie, à la manière de Matrix, dans une réalité simulée, où est le problème ? Une réponse est que, bien que cela soit agréable pour les individus, cela n’est peut-être pas bon pour l’humanité. Des chercheurs des universités de Stanford et de Carnegie Mellon ont étudié les données d’un forum en ligne où les utilisateurs publient des dilemmes personnels et où d’autres utilisateurs se prononcent à leur sujet. L’honnêteté est de mise : le forum s’appelle « Suis-je un connard ? ». Ils ont constaté que les comptes IA « approuvent les actions des utilisateurs 50 % plus souvent que les humains ». Vous avez laissé vos déchets dans le parc ? Vous n’êtes pas, selon l’IA, le connard. Vous avez des sentiments pour un collègue plus jeune ? « Je comprends votre douleur », dit Claude. Une telle flagornerie, suggère l’article, pourrait « remodeler les interactions sociales à grande échelle », rendant les gens encore plus solipsistes qu’ils ne le sont déjà.

Une autre réplique est que l’amour de l’IA n’est peut-être même pas si agréable pour l’individu. Comme le note M. Muldoon, au moins dans « Matrix », la mémoire que les gens avaient de la réalité avait été effacée. Ceux qui pensent entretenir une relation significative avec l’IA vivent dans un « monde imaginaire », affirme la professeure Turkle. Les humains sont incarnés : un partenaire est quelqu’un à « aimer et chérir ». Si vous êtes tenté de remplacer le vôtre par un avatar IA, vous feriez bien de tenir compte de cet avertissement ancestral et de vous rappeler que vous êtes mortel.


Source : The Economist



jeudi 19 mars 2026

Universités d'élite américaines — La fin de l'épreuve de natation


Une tradition autrefois fièrement prônée serait devenue gênante aux yeux de certains pour les universités prestigieuses.

Ce printemps, le Dartmouth College verra sortir de ses rangs une promotion maîtrisant la littérature, les sciences, l'écriture et les langues étrangères — mais, pour la première fois depuis plus d'un siècle, pas nécessairement capable de nager. Depuis le début des années 1900, cette université de l'Ivy League exigeait de ses étudiants de premier cycle qu'ils nagent 45 mètres, soit deux longueurs de piscine, avant de recevoir leur diplôme. Mais en 2022, le corps enseignant a voté la suppression de cette épreuve pour les étudiants diplômés à partir de cette année. Dartmouth rejoint ainsi une poignée d’autres établissements d’élite qui ont abandonné leurs exigences en matière de natation ces dernières années, notamment Williams (2022), Hamilton (2023) et Washington and Lee (2024). Ce changement en dit moins sur les mérites de savoir nager que sur la préoccupation des universités en matière d’égalité raciale.

Les examens de natation étaient autrefois monnaie courante sur les campus américains. L’université Cornell a introduit cette exigence en 1905 à la demande de Frank Barton, un officier de l’armée et professeur qui affirmait qu’un soldat ne sachant pas nager était un poids mort pour son unité. L’université de Princeton, qui a ajouté son exigence de natation en 1911, se vantait d’avoir l’une des épreuves les plus difficiles, exigeant des étudiants qu’ils nagent 200 mètres. En 1913, le New York Times observait qu’« il n’y a guère d’université qui ne prescrive un cours d’éducation physique et ne fasse de la natation une partie essentielle de ce cours ».

Comme beaucoup de traditions universitaires, les tests de natation ont donné lieu à leur lot d’histoires au fil des ans. À Harvard, on raconte souvent qu’Eleanor Elkins Widener, une héritière qui fit don de 2 millions de dollars pour la construction de la bibliothèque phare de l’université, eut exigé que l’établissement instaure une obligation de natation en mémoire de son fils Harry, diplômé en 1907 et mort dans le naufrage du Titanic. C’est presque certainement faux. 

Au fil des ans, les contraintes budgétaires et le déclin de l’enthousiasme administratif ont conduit de nombreuses écoles à abandonner leurs exigences en matière de natation. Une enquête menée en 1977 par des chercheurs de l’université Temple a révélé que 42 % des universités proposant des cursus de quatre ans imposaient encore un test de natation pour l’obtention du diplôme. En 1997, des chercheurs de l’université d’État de Caroline du Nord ont estimé que seulement 5 % des universités proposant des cursus de quatre ans avaient de telles exigences. Dans les années 2010, la plupart des établissements d’enseignement supérieur avaient supprimé ces tests, les jugeant anachroniques, fastidieux à organiser et difficiles à faire respecter. Parmi les derniers à les maintenir (à l’exception des académies militaires), on trouve Berea, Bryn Mawr, Columbia, Cornell, le MIT et Swarthmore.


Ces dernières années, l'attention s'est déplacée du coût et de la gêne occasionnés par les épreuves de natation vers les disparités raciales gênantes qu'ils révèlent. Aux États-Unis, les compétences en natation restent fortement divisées selon les origines ethniques. Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, les enfants noirs âgés de 5 à 14 ans ont cinq fois plus de risques de se noyer dans une piscine que leurs homologues blancs. Les adultes noirs sont cinq fois plus nombreux que les blancs à déclarer ne pas savoir nager. Cet écart ne s'explique pas uniquement par les différences de revenus. Même les adultes noirs les plus aisés sont moins à l'aise en piscine que les Blancs les plus pauvres (voir le graphique).

De nos jours, de telles disparités mettent les universités mal à l’aise. Le Williams College a constaté qu’entre 2013 et 2019, 81 % des personnes ayant échoué à son test de natation de 45 mètres étaient des étudiants de couleur. Après qu’un comité universitaire eut jugé cela « problématique » en 2022, le corps enseignant a voté la suppression de cette exigence, invoquant son « impact disproportionné » sur les étudiants issus de minorités. « D’une certaine manière, vous renforcez l’oppression systémique », a déclaré le directeur sportif de l’établissement au Chronicle of Higher Education. Lorsque Dartmouth a supprimé son propre test de natation plus tard dans l’année, les administrateurs de l’université ont donné une explication similaire, soulignant que ceux qui échouaient étaient « en grande majorité des étudiants de couleur ».

À contre-courant

Toutes les universités ne fuient pas la controverse. En 2024, un comité de la faculté de Cornell a voté en faveur du maintien de l’exigence de natation de l’université. Dans sa résolution, le comité a reconnu les disparités raciales en matière de compétences en natation, mais a fait valoir que le test devait précisément être maintenu afin de contribuer à les réduire. « En proposant des cours de natation officiels », a conclu le comité, « Cornell apporte sa modeste contribution pour aider à réparer les torts de l’histoire des États-Unis et à réduire l’écart racial en matière de noyades accidentelles dans ce pays. »




mercredi 18 mars 2026

Quand la justice tient compte de la race : réflexions sur l’affaire Downey et sa réduction de peine

En décembre 2021, un drame a secoué la Colombie-Britannique : Everton Javaun Downey, 35 ans, a poignardé sa petite amie, Melissa Blimkie (ci-contre), âgée de 25 ans, à quinze reprises dans un escalier du centre commercial Metrotown, à Burnaby. Convaincu de meurtre au deuxième degré, Downey a été condamné à la prison à vie.  

Cependant, l’affaire refait surface en mars 2026. La raison ? La juge associée en chef de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, Heather Holmes, a publié sa décision sur la durée avant possibilité de libération conditionnelle. Elle a fixé cette période à 12 ans, alors que le ministère public demandait 15 ans minimum. Ce qui a suscité un vif débat, c’est le rôle de l’Évaluation de l'impact de la race et de la culture (ÉIRC) dans la décision : une analyse qui, à l’instar des rapports Gladue pour les Autochtones, tient compte de l’expérience raciale et sociale du prévenu pour atténuer la peine.

L’ÉIRC de Downey, réalisée par la professeure Patrina Duhaney de l’Université de Calgary, souligne que, bien qu’il ait grandi dans des quartiers diversifiés et sans exposition apparente à un racisme ouvert, son déménagement en Colombie-Britannique l’a confronté à l’isolement, à la discrimination et à des difficultés d’adaptation. Le rapport mentionne également la pauvreté, la violence domestique vécue dans l’enfance, l’absence de figure paternelle et l’exposition à des fusillades dans son quartier. Selon la juge Holmes, ces facteurs ont constitué des circonstances atténuantes justifiant, en partie, une réduction de la durée avant la possibilité de libération conditionnelle.

Si la prise en compte du contexte social et racial vise à offrir une justice plus nuancée, cette affaire met en lumière ce que beaucoup perçoivent comme une justice à deux vitesses. D’un côté, le système cherche à reconnaître que certaines trajectoires de vie, marquées par l’exclusion et la discrimination, peuvent influencer le comportement criminel ; de l’autre, il peut apparaître aux victimes et à l’opinion publique comme une forme d’indulgence inéquitable, surtout lorsque le crime est particulièrement violent et que les conséquences pour les victimes sont irréversibles.

Le débat autour des ÉIRC et des rapports Gladue soulève ainsi une question fondamentale : jusqu’où la justice doit-elle adapter la peine à l’expérience raciale ou sociale d’un accusé, sans compromettre le principe d’égalité devant la loi et la protection des victimes ? Dans le cas de Downey, la famille de la victime a exprimé un sentiment de trahison et d’injustice, rappelant que, pour elles, la gravité du crime et la souffrance infligée ne peuvent être compensées par des considérations sociales.

L’usage des ÉIRC dans les tribunaux canadiens illustre un dilemme complexe. Quand une telle analyse influe directement sur la sévérité de la peine, elle peut être perçue comme une réduction de la responsabilité individuelle au détriment de la sécurité publique et de l’équité pour les victimes. La prudence s’impose : reconnaître les facteurs sociaux ne doit pas conduire à minimiser l’impact d’un crime, ni à créer un système où la couleur de peau ou l’expérience de marginalisation influence de manière significative la durée de la peine.

L’affaire Downey rappelle que la justice, pour rester crédible et équitable, elle doit user de la fermeté nécessaire pour protéger la société et honorer la mémoire des victimes.
 
Voir aussi

Racialisation de la justice : un Amérindien invoque ses origines pour écoper d'une peine moins lourde (2024, affaire Joseph George Sutherland)

Canada — Racialisation de la « Justice » (selon que vous serez blanc ou non, le tribunal sera sévère ou indulgent) 

Cette « réconciliation » avec les Premières Nations est un désastre pour le Canada

« Le racisme anti-blanc existe, il est systémique et institutionnalisé »  

Canada : quand le droit glisse vers une application différente selon le groupe ethnique

Ontario — Tribunal déclare que l’épreuve de compétence en mathématiques de l’Ontario est inconstitutionnelle (car avait un impact négatif sur l'accès à la profession enseignante pour les candidats racisés)

Une première peine adaptée aux criminels racisés au Québec (comprendre un an de moins car le coupable était noir) (2025, affaire Frank Paris) 

Recommandations de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada

Trois ans plus tard, les allégations de « fosses communes » au Canada restent sans fondement

De 1945 à 1965, le taux de mortalité dans les pensionnats amérindiens était comparable à la moyenne canadienne  

mardi 17 mars 2026

« France, Belgique, Allemagne : l'occident autoritaire ? »

Mathieu Bock-côté évoque plusieurs incidents récents.

dimanche 15 mars 2026

Remise de diplômes à Hamilton : célébrations devront être conçues selon un prisme anti-oppressif, antiraciste et anticolonial

Une note de service du conseil scolaire Hamilton-Wentworth (HWDSB), en Ontario, révèle jusqu’où peut aller la réécriture symbolique de l’identité canadienne. Daté du 11 décembre 2025 et signé par Lindsay Snell, surintendante de l’Équité et de la Réussite étudiante, ce document de quatre pages, adressé aux directions des écoles primaires et secondaires, énonce les « principes directeurs » qui devront encadrer les cérémonies de remise de diplômes pour l’année scolaire 2025-2026. Ce conseil scolaire rassemble environ 50 000 élèves dans 93 écoles (primaires et secondaires).

Dès la première page, le ton est donné : toutes les célébrations devront être conçues selon une perspective anti-oppressive, antiraciste et anticoloniale. Parmi les obligations concrètes figure celle-ci, formulée sans détour dans un tableau récapitulatif : « En tant que citoyens de l’Île de la Tortue, les écoles incluront la reconnaissance territoriale du HWDSB dans tous les événements de remise de diplômes. » Le document ajoute également que, lors de l’hymne canadien, « tous les élèves et invités présents peuvent choisir de ne pas se lever », au nom d’une « célébration équitable » pour chaque élève.


L’Île de la Tortue, ou la sacralisation d’un mythe amérindien instrumentalisé

« L’Île de la Tortue » n’est ni un terme neutre ni une appellation universelle. L’expression provient de récits de création présents dans certaines traditions autochtones du Nord-Est de l’Amérique du Nord, notamment chez plusieurs peuples iroquoiens, comme les Mohawks — appelés Agniers par les Français —, ainsi que chez d’autres peuples des régions voisines. Selon ces récits, la terre aurait émergé du dos d’une tortue à la suite d’un déluge primordial.

Aujourd’hui, cette expression tend à être élevée au rang de référence institutionnelle. La note de servicedu HWDSB ne se contente pas de la mentionner : il en fait la désignation identitaire des élèves, des familles et du personnel. On ne parle plus de « Canadiens » ou d’« Ontariens », mais de « citoyens de l’Île de la Tortue ». La reconnaissance territoriale cesse ainsi d’être une marque de courtoisie facultative pour devenir une obligation. Le passé autochtone n’est plus seulement enseigné : il est placé au centre même de la cérémonie qui marque l’aboutissement de douze années d’école publique.


Le terme île de la Tortue désigne l'Amérique du Nord dans les cercles militants 

Un héritage européen relégué au rôle de faute historique

Dans ce cadre, que devient l’autre récit fondateur ? Celui de la Nouvelle-France, des colons français, des alliances conclues avec les Premières Nations, de la langue, de la foi catholique et du droit civil qui ont largement contribué à la formation du Canada ? Le mémo n’y fait aucune référence. Plus encore : cet héritage est implicitement rangé dans la catégorie du « colonial » qu’il conviendrait de « déconstruire ».

L’« anticolonialisme » n’y apparaît pas comme une perspective parmi d’autres, mais comme le filtre principal à travers lequel doivent désormais être interprétés l’histoire, les symboles canadiens — l’hymne compris — et l’identité collective. D’un côté, on valorise un récit précolonial autochtone jusqu’à acquérir une dimension quasi sacrée ; de l’autre, l’héritage européen est présenté comme un poids oppressif dont il faudrait publiquement se dissocier.

Par omission, le message se fait culpabilisant : la Nouvelle-France n’est jamais nommée comme fondation légitime, et aucune reconnaissance comparable n’est accordée à l’apport français. Il en résulte l’idée implicite que seule la présence des premiers occupants conférerait une pleine légitimité morale, tandis que le reste de l’histoire serait relégué au rang d’erreur originelle à expier.

Une controverse qui dépasse Hamilton

Le document n’a pas tardé à susciter une vive réaction sur les réseaux sociaux. Pour de nombreux Canadiens, il ne s’agit pas d’inclusion, mais d’une forme de revanche symbolique : on rebaptise le pays, on redéfinit l’identité des jeunes et l’on transforme une fête de fin d’études en un rituel chargé de repentance.

Le choix même de l’expression « citoyens de l’Île de la Tortue » pour des élèves majoritairement non autochtones est perçu par certains comme un geste militant assumé. Il ne s’agirait plus simplement d’enseigner l’histoire autochtone — ce qui relèverait d’un travail légitime de transmission — mais de la substituer au récit canadien.

Le HWDSB n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Depuis la publication du rapport de la Commission de vérité et réconciliation en 2015, cette perspective « anti-oppressive » s’est progressivement diffusée dans diverses politiques scolaires provinciales. Mais ici, la logique semble franchir un seuil supplémentaire : il ne s’agit plus seulement de reconnaître le passé autochtone, mais d’inviter l’ensemble des citoyens à s’y identifier comme à une nouvelle référence collective.

L’« Île de la Tortue » cesse alors d’être une simple métaphore culturelle pour devenir un instrument politique. Et, en juin prochain, les diplômés de Hamilton ne célébreront pas seulement la fin de leurs études : ils participeront aussi, souvent sans en avoir pleinement conscience, à une nouvelle manière de nommer et de penser leur propre pays.

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Ontario — Des écoles détruisent 5000 livres jugés néfastes aux Autochtones, dont Tintin et Astérix (m à j)

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ECR — obsession pour les Amérindiens écologistes 

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

 

Le dernier village entièrement chrétien de Cisjordanie marqué par une recrudescence d’attaques et d’intimidations de la part de colons israéliens

Le village chrétien palestinien de Taybeh, en Cisjordanie, subit des attaques et des pressions répétées, ce qui pousse certains habitants à envisager de quitter la région. L’Église et des organisations internationales craignent que la présence chrétienne locale disparaisse progressivement.

Exemples d’attaques et d’intimidation

Plusieurs incidents sont évoqués:
Ces actes sont décrits par les responsables religieux comme des tentatives d’intimidation visant une communauté chrétienne locale.

Les colons juifs incendient souvent des terres à Taybeh et dans ses environs

Conséquences pour les habitants

Les habitants vivent dans un climat constant de peur et d’insécurité.

Les terres agricoles et les oliveraies sont parfois difficiles d’accès ou menacées, ce qui affecte les revenus des familles.

Certains craignent que ces pressions poussent les chrétiens à quitter la région, ce qui ferait disparaître progressivement cette communauté historique.

Voir aussi

Liban — « Si les chrétiens quittent le sud du pays, ils ne reviendront jamais » 

« Beaucoup de jeunes filles [russes] viendraient, grandes, minces» : quand l'ancien premier ministre israélien discutait de « la qualité » de l’immigration avec Epstein

Tension en Israël : les juifs ultra-orthodoxes réprimés violemment (m à j. vidéo Montréal)

Brève : mise à jour de l'indice de fécondité en Israël pour 2024 et (1T2025)

Israël a besoin de plus de troupes, mais la coalition au pouvoir ne veut pas enrôler les ultra-orthodoxes. (2024)

Les « séminaristes » Israéliens ultra-orthodoxes s'opposent au service militaire (2024)

En Israël, le taux de fécondité en 2022 était de 3 enfants par femme (1,49 au Québec; 1,80 en France; 1,39 en Suisse et 1,53 en Belgique)

Les communautés chrétiennes en Israël font face à une hostilité croissante, selon un rapport annuel

Le Noël tourmenté des chrétiens d'Orient

« Certains Israélites crachent sur les chrétiens qu’ils croisent à Jérusalem », Mgr Gollnisch de l'Œuvre d'Orient

Un journaliste israélien se fait passer pour un prêtre - et se fait cracher dessus à Jérusalem (juin 2023)

Attaque de colons sionistes contre un village chrétien palestinien (Taybeh/Tayibé) (2025)

En 1922, les chrétiens formaient 23,5 % de la population de Jérusalem (14 699 sur 62 578 habitants, recensement britannique), contre environ 1,3 % aujourd'hui (13 400 sur plus d'un million). Ce chiffre était de 29 000 à 31 000 avant les combats de 1948 (fin du mandat britannique). Dans toute la Palestine historique (Mandat britannique) : environ 135 000 à 145 000 chrétiens en 1945-1946 (≈ 7,9-8,2 % de la population totale de ~1,76-1,9 million). En 1948-1949, ce nombre diminue radicalement dans les zones devenues Israël (reste ~34 000-40 000 chrétiens en Israël post-1948).

samedi 14 mars 2026

Le Devoir ravive un débat sur les noms d’écoles québécoises trop catholiques

Le réseau scolaire québécois reste-t-il « à l’école des saints » ? C’est la question provocatrice que pose Stéphane Baillargeon dans un article publié aujourd’hui par le quotidien de gauche montréalais Le Devoir. 
 
Le journaliste, militant de la laïcisation, constate un fait frappant : une école publique ou privée sur trois – soit près de 750 établissements sur 2 370 – porte encore le nom d’un saint, d’une sainte ou d’un groupe sanctifié (Sainte Famille, Saints Martyrs canadiens). Il faut y ajouter les innombrables références à Notre-Dame, à Jean Eudes ou aux multiples déclinaisons de saint Joseph (60 écoles à lui seul), de Jésus et de Marie. 

Pour Baillargeon, la déconfessionnalisation du système scolaire, pourtant achevée depuis des décennies, demeure « une très grande illusion » sur le plan de la toponymie. Cette « hagionomie » massive plonge ses racines dans l’époque où chaque école publique s’alignait sur sa paroisse d’origine. 

Elle s’étend d’ailleurs bien au-delà : plus de 500 municipalités québécoises sur 1 125 commencent par « Saint » ou « Sainte », parfois en hommage à des martyrs obscurs du IIIe siècle venus d’Égypte ou de Turquie. 

Baillargeon regrette surtout que cet héritage religieux, aussi prestigieux soit-il, occulterait ce qu'il appelle les « refondateurs de la Révolution tranquille » et « rejetons les plus admirables de son activité pédagogique ». Nous ne sommes pas aussi sûrs que lui que la pédagogie qui a suivi la prétendue « Révolution » tranquille ait été globalement bénéfique. 

Il cite des figures culturelles contemporaines. Paul Gérin-Lajoie, premier ministre de l’Éducation, n’a droit qu’à trois établissements ; la commission Parent (du nom d'un ecclésiastique, Mgr Parent!), qui a refondé le système scolaire, est quasi invisible. 


En France, par contraste, Jules Ferry compte 624 écoles à son nom. Mais la France laïcarde est-elle un exemple ?

L’article cite l’historienne Brigitte Caulier et l’autrice Chantal Ringuet, qui plaident pour un débat serein : faut-il réécrire un peu l’histoire pour l’adapter à l’évolution de la société ? Ringuet va plus loin : elle ne croit pas que grand monde regretterait la disparition de noms comme ceux de Pie IX (pape réactionnaire selon elle) ou Lionel Groulx (auteur nationaliste, accusé par d'aucuns d’antisémitisme et de misogynie).

La réaction ne s’est pas fait attendre. Sur X (anciennement Twitter), le chercheur et auteur Étienne-A. Beauregard a immédiatement répliqué avec une mise au point ferme et nationale. « La laïcité québécoise n’a pas vocation à effacer notre passé », écrit-il, illustrant son propos d’une capture d’écran de l’article. « Notre nation a été bâtie par Brébeuf, Jeanne Mance, Marie de l’Incarnation, entre autres. La tentation d’éradiquer toute référence d’avant 1960 doit cesser. » 

Pour Beauregard, le patrimoine catholique n’est pas un vestige gênant, mais l’ADN même de l’identité québécoise. Les réponses à son fil montrent un consensus chez les nationalistes : on peut être laïque sans devenir amnésique. Certains ironisent sur une « laïcité à géométrie variable » qui s’attaquerait aux saints tout en épargnant d’autres symboles controversés.

Voir aussi
  
 
 
Sur les collèges classiques et l’éducation avant Paul-Gérin Lajoie et la « démocratisation » de l’enseignement par le « père de l’Éducation » du Québec :
[A]u milieu des années 60, le taux de scolarisation au primaire (6 ou 7 années) était très élevé : plus de 90 % du groupe d’âge en question (6 à 13 ans) fréquentait l’école. [...] [O]n disposait d’un bon réseau d’écoles techniques et professionnelles, dispensant une formation toute particulière (école de métiers, instituts, écoles normales, etc.) et d’un réseau « d’écoles privées d’intérêt public » où l’on dispensait surtout le « cours classique » de huit ans. De plus, contrairement à l’opinion propagée par les réformateurs des années 60, ces collèges semi-publics parce que largement financés par les autorités publiques étaient, hors de Montréal et de Québec, relativement accessibles aux classes sociales inférieures ; et par le fait même, ils ont contribué à une circulation des élites relativement efficace. En effet, dans une ville de province, au moins la moitié de la clientèle des collèges classiques était d’origine ouvrière ou agricole ! Par la suite, l’université presque gratuite devenait, à cette période, accessible à ces diplômés.
Gary Galwell, dans l’étatisation de l’école québécoise (1965-2005) [Ire partie]

Critique de la réforme Parent (1963-1968)

Les jeunes, la violence et l’immigration

En écoutant la radio de Montréal, j’ai parfois l’impression d’être à Paris, Berlin ou Londres. Surtout lorsqu’il est question de la montée de la violence chez les jeunes. Cette progression, je l’ai constatée dans mon propre quartier, un arrondissement populaire de Paris. À la sortie de l’école Gambetta, dans le 20e arrondissement, les altercations ne sont pas rares. Il y a quelques mois, un groupe de jeunes s’en est pris à un des leurs à coups de pied. Si des adultes n’avaient pas été là, nul ne sait comment cela aurait tourné.

Je pourrais citer des dizaines d’événements semblables qui vont de la simple dispute aux attaques au couteau. Partout, ces incidents se ressemblent. En France, les enquêtes montrent que cette violence se manifeste tout particulièrement dans les zones qui connaissent une forte immigration.

[L'auteur de ce texte, Christian Rioux, en entrevue. Il me semble très optimiste. Il n'est pas évident avec l'implosion démographique que les ghettos d'immigrés s'intègreront vraiment aux Québécois dans 2 ou 3 générations. Il n'y a tout simplement plus assez de jeunes écoliers « pure laine ».]

Le fossé culturel

Il faudrait être aveugle pour ne pas le reconnaître. Il ne s’agit aucunement de stigmatiser quiconque et encore moins de faire le procès de l’immigration, mais de comprendre qu’elle n’est pas toujours la panacée qu’on nous décrit. En particulier pour la seconde génération d’immigrants chez qui elle est souvent une souffrance.

Mal dans leur peau, ces enfants se retrouvent le plus souvent écartelés entre la culture de leurs parents et celle du pays qui les accueille. Or, ils ne possèdent généralement les codes ni de l’une ni de l’autre. Surtout si, à cause du nombre, le pays d’accueil n’a plus les moyens d’une véritable intégration.

Malgré ce que prétendent les illusionnistes de la diversité, il ne suffit pas de traverser une frontière pour que les différences culturelles s’effacent comme par magie. En France, par exemple, les jeunes Maghrébins ont tout naturellement tendance à rivaliser de virilité et à adopter un comportement clanique. C’est l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal qui m’expliquait que même en Algérie, on supportait mal les jeunes des banlieues françaises à qui personne n’avait jamais posé de limites.



Se bander les yeux

Il n’aura échappé à personne que ces sociétés sont généralement plus autoritaires que les nôtres. À Alger ou à Tunis, on n’hésite pas à corriger un jeune dès le premier écart de conduite. Ce qui n’est évidemment pas le cas en France et au Québec où même la police hésite à agir de peur d’être qualifiée de raciste.

Ignorer le problème ne rend service à personne, et encore moins à ces jeunes, me confiait le Dr Maurice Berger. Ce pédopsychiatre français, qui connaît bien le Québec, note la progression d’une violence gratuite qui dégénère parfois en violence extrême. Dans le centre éducatif où il travaillait, 90 % des mineurs étaient maghrébins. Mais aussi, tient-il à préciser, 80 % des éducateurs. C’est sa raison d’espérer. Pour lui, un renforcement des peines ne suffira pas si on ne ramène pas l’immigration à des niveaux raisonnables.

On aura beau se bander les yeux, partout, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Source : Journal de Montréal 

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jeudi 12 mars 2026

Liban — « Si les chrétiens quittent le sud du pays, ils ne reviendront jamais »

Les bombardements israéliens s’intensifient au Liban et prennent en étau la population chrétienne. Au sud du pays, des milliers de fidèles ont choisi de rester dans leurs villages malgré l’ordre d’évacuation d’Israël, au péril de leur vie. Vincent Gelot, directeur de l’Œuvre d’Orient au Liban, nous alerte sur leur situation.

Quelle est la situation actuelle des chrétiens du Liban ?

Au sud du pays, Israël menace les villages chrétiens. C'est une première depuis le 7 octobre 2023, date du début de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Auparavant, Tel-Aviv visait les zones occupées par le Hezbollah, en épargnant au maximum la galaxie de localités chrétiennes aux alentours. Mais cette fois-ci, l'armée israélienne a exhorté tous les habitants au sud du pays, chrétiens compris, à quitter leurs maisons.

Pour la première fois, des fidèles font le choix de rester sur leur terre. Lors des dernières évacuations en 2024, seuls deux villages chrétiens étaient restés occupés par les habitants. Aujourd'hui, ils sont davantage. Nous sommes en train d'établir combien ils sont, environ quelques milliers.

Pourquoi les chrétiens décident-ils de rester au péril de leur vie ?

Les chrétiens le savent, s'ils quittent le sud du pays, ils risquent de ne jamais revenir. L'armée israélienne est en train de préparer une incursion terrestre pour instaurer une zone tampon, sans population. Ils ont déjà été déplacés plusieurs fois en une cinquantaine d'années, depuis la guerre civile libanaise (1975-1990) qui s'est aggravée avec l'invasion israélienne en 1982. Le Sud a été entre les mains de l’État hébreu jusqu'en 2000. Entièrement vidée de sa population pendant près de deux décennies.

Il s'agit d'un traumatisme pour les chrétiens, très attachés à cette région. Ces villages sont très anciens et rappellent que le Christ est passé par cette terre pour rejoindre Saïda. En refusant d'appliquer l'ordre d'évacuation, ils portent un acte de résistance pacifique. Ils ne sont pas armés. En 2024 déjà, ils avaient empêché les miliciens du Hezbollah d'entrer dans leur village pour éviter la foudre d'Israël. Et lorsqu'ils n'ont pas pu faire le poids face à eux, ils ont subi de lourdes répercussions. Comme à Alma El-Chaab à la frontière israélienne (photo plus haut), qui avait subi de terribles bombardements de l’État hébreux. Face au danger, les habitants étaient partis.

La proportion du territoire libanais qu'Israël cherche à faire évacuer (via ses ordres d'évacuation successifs émis par l'armée) a évolué rapidement ces derniers jours en mars 2026, dans le contexte de l'escalade contre le Hezbollah.Initialement (début mars, ordres autour du 4-5 mars) : l'armée israélienne a ordonné l'évacuation de la zone au sud du fleuve Litani, ce qui représente environ 8 % du territoire libanais selon plusieurs sources concordantes (Human Rights Watch, L’Orient-Le Jour, Le Monde, etc.). Cette zone couvre grosso modo 800-855 km² (principalement le sud frontalier avec Israël, jusqu'à la Ligne bleue), sur une superficie totale du Liban d'environ 10 452 km².

Carte de l'armée israélienne intimant la population libanaise à quitter le sud de leur pays

Extension récente (ordres du 11-12 mars 2026) : l'armée a élargi les ordres d'évacuation à toute la zone au sud de la rivière Zahrani (plus au nord, près de Saïda/Sidon, à environ 50 km de la frontière). Cela concerne une superficie bien plus importante.Des rapports récents (Reuters, The Guardian, posts X de sources militaires/israéliennes) indiquent que cette extension porte la zone évacuée à environ 10 % du territoire libanais. Certaines estimations plus hautes (commentaires sur X et analyses) vont jusqu'à 15 % si l'on considère une occupation ou un contrôle potentiel plus profond, mais 10 % semble l'ordre de grandeur le plus fréquemment cité pour la zone d'évacuation actuelle.

Traduction automatique de la même carte

En résumé : Israël vise actuellement à vider une zone représentant environ 10 % du Liban (sud de la Zahrani), contre 8 % auparavant (sud du Litani). Cela affecte des centaines de milliers de civils supplémentaires et vise explicitement à créer une zone tampon élargie contre le Hezbollah, selon les déclarations israéliennes.Note : ces chiffres sont des estimations basées sur des cartes publiées par Tsahal et des calculs de médias ; la superficie exacte peut varier légèrement selon les tracés précis des rivières et des zones marquées. La crise humanitaire reste massive, avec des centaines de milliers de déplacés en quelques jours.


Source : Le Pélerin