samedi 15 août 2026

La fermeture de restaurants rapides qui emploient massivement des immigrants temporaire est une bonne nouvelle



Tania Longpré, professeure spécialisée dans l’enseignement des langues et l’intégration par le français, salue les restrictions imposées par le gouvernement fédéral canadien limitant le recours aux travailleurs temporaires étrangers pour des emplois peu qualifiés. 

Elle prend pour exemple un restaurant de la chaîne Tim Hortons (une enseigne canadienne emblématique de restauration rapide, comparable à McDonald’s ou Quick en Europe) situé aux Îles-de-la-Madeleine (un archipel du Québec), menacé de fermeture faute de main-d’œuvre. Les Îles-de-la-Madeleine sont situées à 1000 km à l'est de Montréal à vol d'oiseau.

Elle dénonce l’absurdité de recruter des travailleurs aux Philippines pour occuper des postes simples dans la restauration rapide. Selon elle, cette situation doit inciter à remettre en question le modèle de consommation de masse porté par des chaînes comme Tim Hortons ou McDonald’s.

Plutôt que de faire appel à une main-d’œuvre étrangère, elle propose des alternatives :
  • Réorganiser les horaires de travail pour mieux répartir la charge ;
  • Soutenir les cafés et restaurants locaux ;
  • Encourager la cuisine maison ;
  • Explorer l’automatisation pour pallier la pénurie, sans dépendre de l’immigration temporaire.
Un article de presse à l'origine 

C'est le Journal de Montréal et la chaîne de télévision qui sont à l'origine de cette histoire qui se veut emblématique. Un article récent relatait la fermeture prochaine, le 5 septembre, de l’unique Tim Hortons des Îles-de-la-Madeleine, à Cap-aux-Meules. Le restaurant, très fréquenté par les habitants, est victime d’un paradoxe particulièrement marqué dans les régions éloignées : la pénurie de main-d’œuvre est telle que l’entreprise ne peut fonctionner sans travailleurs étrangers, mais le durcissement des règles d’immigration l’empêche de conserver ces travailleurs.

Le franchisé Patrick Chevarie avait recruté 14 travailleurs étrangers en 2022, principalement des Philippins (13) ainsi qu’une Tunisienne, pour un investissement d’environ 200 000 $. Cette main-d’œuvre était devenue indispensable : avant même leur recrutement, le restaurant devait parfois fermer certains jours faute de personnel.

En 2026, les permis de travail de ces employés n’ont toutefois pas été renouvelés. Ottawa avait pourtant annoncé un sursis d’un an pour certains titulaires de permis de travail liés à un employeur précis (« permis fermés »). Mais cette mesure ne réglait pas complètement le problème, notamment pour les familles des travailleurs. Le gouvernement a ensuite assoupli les règles concernant les conjoints en juin, mais cela n'a pas suffi à sauver le restaurant.

Le propriétaire avait d’ailleurs exposé sa situation devant un comité parlementaire en avril, en expliquant que les réalités des régions éloignées étaient très différentes de celles des grands centres : il n’y a tout simplement pas assez de travailleurs locaux pour pourvoir les emplois dans les commerces et les services.

Le contexte politique : le virage contre les travailleurs temporaires

Cette fermeture s’inscrit dans le resserrement des politiques canadiennes concernant les travailleurs étrangers temporaires. Après avoir fortement augmenté le recours à cette main-d’œuvre au cours des dernières années, Ottawa cherche désormais à en réduire le nombre, notamment pour freiner la croissance de l’immigration temporaire et répondre aux critiques selon lesquelles le programme exercerait une pression à la baisse sur les salaires ou permettrait à certaines entreprises de contourner le recrutement local.

Rappel : Tim Hortons a fait pression auprès du fédéral pour davantage de travailleurs étrangers

En décembre 2025, une enquête de la CBC révélait que Tim Hortons avait fait pression pendant environ 18 mois auprès du gouvernement fédéral pour que certains de ses franchisés puissent recruter davantage de travailleurs étrangers temporaires. Des représentants de Tim Hortons et de sa société mère avaient multiplié les rencontres avec des députés et des fonctionnaires alors qu'Ottawa cherchait justement à réduire le recours au programme.

Si un Tim Hortons ne trouve pas de Canadiens disposés à travailler pour le salaire et les conditions proposés, est-ce réellement une « pénurie de main-d'œuvre » — ou un problème de salaire et de conditions de travail ?

Une analyse de Reuters en 2024 relevait justement que les critiques du programme lui reprochaient de faire pression à la baisse sur les salaires et de placer les travailleurs dans une situation de grande vulnérabilité, particulièrement lorsqu'ils sont liés à un seul employeur par un permis fermé.

Le rapporteur spécial de l'ONU Tomoya Obokata est allé beaucoup plus loin en 2024, décrivant le système canadien comme un « terreau propice aux formes contemporaines d'esclavage », en raison notamment de la dépendance des travailleurs envers leur employeur, de l'endettement lié à leur recrutement et des cas d'abus et de vol de salaire qu'il avait documentés.

Il existe des précédents très concrets.

En Colombie-Britannique et en Alberta, un franchisé Tim Hortons avait été accusé par un travailleur philippin de lui avoir fait rembourser en espèces des heures supplémentaires pourtant inscrites sur ses chèques de paie. Le travailleur affirmait également que les employés craignaient de se plaindre parce qu'ils risquaient de perdre leur statut et d'être renvoyés aux Philippines. Tim Hortons a finalement rompu ses relations avec ce franchisé après une enquête des autorités du travail. Un syndicat avait par ailleurs porté des accusations de violations des normes du travail et des droits de la personne.

En mai 2026, Tim Hortons a annoncé une campagne visant à recruter 10 000 travailleurs « locaux », tout en affirmant qu'il réduisait désormais son recours au programme des travailleurs étrangers temporaires.

La société affirme aujourd'hui qu'elle compte environ 110 000 employés au Canada, dont seulement 4 000 — 3,6 % — seraient recrutés par le programme des travailleurs étrangers temporaires. Elle explique que le recours massif au programme était lié aux « pénuries aiguës » de main-d'œuvre de 2021 et de l'après-Covid et qu'avec le chômage élevé des jeunes en 2026, il n'est plus nécessaire de faire pression pour élargir ce programme.

C'est précisément ce changement de position qui nourrit certaines critiques : en 2025, Tim Hortons demandait à Ottawa de desserrer les restrictions ; en 2026, la même entreprise explique qu'il est désormais possible de recruter localement.

Ce revirement si rapide affaiblit fortement l'idée d'une pénurie structurelle et inévitable qui rendrait indispensable le recrutement international.

Pourquoi un modèle de restauration rapide reposant sur des emplois peu rémunérés en était-il venu à considérer l'importation de travailleurs étrangers comme une composante normale de son fonctionnement ?

Et là, Tim Hortons porte une part de responsabilité, puisque l'entreprise a non seulement utilisé ce dispositif, mais a activement cherché à en élargir l'accès.

Il y a même un élément assez savoureux : Tim Hortons affirme maintenant que seulement 3,6 % de ses employés sont des travailleurs étrangers temporaires, comme si cela réglait la question. Mais ce chiffre ne comprend évidemment pas les autres catégories de travailleurs étrangers présents dans les restaurants — notamment certains étudiants étrangers et détenteurs d'autres types de permis. Il faut donc être prudent avant de traduire « 3,6 % de TFW » par « 3,6 % de travailleurs étrangers ». 

vendredi 14 août 2026

Jason Arday, ex-professeur de Cambridge mêlé à un scandale de plagiat, retrouvé mort

L'ancien professeur de l'Université de Cambridge Jason Arday, au cœur d'un retentissant scandale de plagiat et de déclarations fantaisistes et qui a démissionné début août, a été retrouvé mort vendredi, a confirmé sa famille, qui dénonce « une campagne de harcèlement ».

Ce Britannique de 41 ans avait été découvert inconscient dans le sud de Londres dans l'après-midi, ont expliqué Sky News et d'autres médias, citant un communiqué de la police de la capitale britannique.

Dans un communiqué diffusé par la suite vendredi, la police métropolitaine de Londres n'a pas donné son identité, disant simplement que des agents avaient été appelés par le service londonien des ambulances à la suite d'un signalement selon lequel un homme avait été trouvé inconscient à l'intérieur d'un bâtiment dans le quartier de Battersea. Malheureusement, un homme de 41 ans a été déclaré mort sur les lieux, a-t-elle ajouté.

« Pour l’instant, son décès est considéré comme inattendu, mais il ne semble pas suspect. L’affaire fait l’objet d’une enquête menée par des agents de l’unité centrale sud de la police métropolitaine. Un dossier sera constitué à l’intention du médecin légiste. »


La police sur place

La police a précisé que ce décès n’était pas considéré comme suspect.

Nous ne tirons bien sûr aucune satisfaction de la mort d’Arday, qui reste une tragédie.

Même en supposant qu’il se soit ôté la vie, il est impossible de savoir si son ascension fulgurante vers la célébrité universitaire, suivie de sa chute brutale, ont précipité ou retardé son destin funeste.

Une chose est sûre : cette chute n’aurait jamais eu lieu si les universitaires de Cambridge n’avaient pas propulsé au firmament un homme manifestement inapte à enseigner, aux tendances mythomanes avérées et à l’équilibre mental fragile. Une promotion accordée non pour ses mérites, mais parce qu’il cochait les bonnes cases — et parce qu’ils n’avaient aucun intérêt à préserver l’exigence académique.

Il faut craindre, désormais, que ces mêmes universitaires « diversitaires » n’utilisent sa mort pour étouffer toute remise en question et que quiconque osera souligner cette évidence soit traité de monstre insensible.


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jeudi 13 août 2026

Un bilan peu flat­teur pour la loi aus­tra­lienne qui interdit les réseaux sociaux au moins de 15 ans


Il n’y a qu’Ins­ta­gram qui a banni notre fils. Il a tou­jours accès aux autres réseaux sociaux. La loi n’a pas eu d’impact sur ses habi­tudes en ligne.» Ce témoi­gnage d’un parent d’un ado­les­cent de 14 ans en rejoint un autre d’un col­lé­gien du même pays : « Cer­tains de mes amis ont perdu l’accès à leurs comptes. Mais pour moi, rien n’a changé. » Ces ver­ba­tim sont extraits d’un rap­port de l’ins­ti­tu­tion gou­ver­ne­men­tale aus­tra­lienne esa­fety, char­gée du suivi de la bonne mise en appli­ca­tion d’une loi pion­nière entrée en vigueur au prin­temps dans le pays : l’inter­dic­tion des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Et le moins que l’on puisse dire est que ce pre­mier bilan, trois mois après le « grand ban­nis­se­ment » des ado­les­cents aus­tra­liens d’Ins­ta­gram, Tik­tok, You­Tube ou Twitch, n’est pas flat­teur.

Avant la loi, 53,7% des Aus­tra­liens âgés de 10 à 15 ans avaient un compte per­son­nel sur un réseau social au moins. Ces der­niers auraient dû dis­pa­raître en vertu de la nou­velle légis­la­tion. Il n’en est rien. Trois mois plus tard, la pro­por­tion n’a baissé que de 10 points, à 42,1 %. Dans le détail, elle est pas­sée de 34,5 % à 23,3% chez YouTube, de 29,9% à 23,3 % chez Snap­chat, de 29 % à 21,7 % chez Tik­tok, et de 23,5 % à 19,3 % chez Ins­ta­gram. On note même une hausse sur la contro­ver­sée pla­te­forme vidéo Kick, pas­sée de 0,4 % à 0,6 %.

La rai­son n’est pas un recours mas­sif des col­lé­giens aus­tra­liens aux VPN, ces logi­ciels qui per­mettent de faire croire aux sites inter­net qu’on se connecte depuis un autre pays. La faute revient aux failles des réseaux sociaux dans leurs opé­ra­tions de contrôle de l’âge, selon le rap­port.

Manque de fia­bi­lité des véri­fi­ca­tions d’âge

Les son­deurs ont demandé aux ado­les­cents ayant tou­jours leurs comptes pour­quoi ils sont pas­sés entre les mailles du filet. Dans la moi­tié des cas, la réponse est simple : les pla­te­formes sociales ne leur ont jamais demandé de jus­ti­fier leur âge! Et quand cette véri­fi­ca­tion a lieu, elle n’est pas tou­jours fiable. Ainsi, cer­tains ado­les­cents ont menti en chan­geant leur date de nais­sance afin de faire croire qu’ils ont plus de 16 ans - ce qui a mar­ché (37,1 %). Et dans 18,2 % des cas, les outils de véri­fi­ca­tion de l’âge se sont trom­pés, en esti­mant qu’ils étaient plus âgés qu’ils ne le sont réel­le­ment.

Le rap­port note aussi que cer­taines pla­te­formes peuvent être consul­tées sans avoir besoin de se connec­ter à un compte, ou bien en uti­li­sant un compte fami­lial. C’est le cas notam­ment de YouTube, bien sou­vent pré­sent sur la télé­vi­sion du foyer. 73,6 % des 10-15 ans conti­nuent ainsi de regar­der des vidéos sur la pla­te­forme de Google. « En l’absence des mesures réel­le­ment effi­caces et robustes mises en œuvre par les pla­te­formes, la réduc­tion du nombre de comptes déte­nus par des ado­les­cents res­tera modeste », pré­vient l’étude.

Et qu’en est-il des ado­les­cents qui ont perdu accès à leurs réseaux sociaux ? Ont-ils lâché leurs smart­phones pour reve­nir à des acti­vi­tés sociales « dans la vraie vie » ? Eh bien, pas vrai­ment. Le rap­port montre au contraire une hausse de la fré­quen­ta­tion des mes­sa­ge­ries en ligne : la moi­tié (52,3 %) des 10-15 ans s’y connecte chaque jour, contre 40,5% avant la loi. Un quart d’entre eux déclarent s’y rendre « plu­sieurs fois par jour » (19% aupa­ra­vant), et 8,9% « une à deux fois par heure » (5,6 % avant la loi). Même phé­no­mène pour les jeux vidéo en ligne : 29 % des jeunes son­dés déclarent s’y connec­ter chaque jour, contre 26 % avant la loi. A contra­rio, les acti­vi­tés hors ligne, comme la pra­tique du sport, de la musique, des arts, n’ont pas pro­gressé. Et ces col­lé­giens voient à peine plus qu’avant leurs amis « en vrai ».

Der­nier point pro­blé­ma­tique : la pro­por­tion des parents igno­rant que leur enfant de 10 à 12 ans se rend sur les réseaux sociaux a for­te­ment aug­menté depuis l’entrée en vigueur de la loi, pas­sant de 35 à 49%! «Une consé­quence inat­ten­due » de la légis­la­tion, note le rap­port. L’ins­ti­tut esa­fety conti­nuera de publier des études régu­lières sur l’impact de la loi, mais pré­vient déjà :

« Des pro­grès signi­fi­ca­tifs, comme la réduc­tion du temps d’écran, la moindre expo­si­tion aux dan­gers du numé­rique, une meilleure santé men­tale et une réduc­tion des conflits intra­fa­mi­liaux, ne dépen­dront que du ren­for­ce­ment des mesures prises par les pla­te­formes sociales. »

Source : Le Figaro

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L’essor et le recul partiel des mentions DEI dans les offres d’emploi américaines

Une étude récente, basée sur l’analyse de plus de 371 millions d’offres d’emploi en ligne aux États-Unis, révèle pour la première fois l’évolution des engagements affichés en matière de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) dans le recrutement. Publiée en prépublication le 10 août 2026, elle met en lumière une évolution en deux phases : une hausse spectaculaire après 2020, puis un recul marqué – mais incomplet – après l’élection de Donald Trump en novembre 2024.

Une analyse sans précédent

Les chercheurs Janet Xu, Reuben Hurst et Shanshan Liu ont analysé l’intégralité des offres d’emploi en ligne aux États-Unis entre janvier 2016 et février 2026, soit 371,1 millions d’annonces publiées par 2,7 millions d’employeurs. Leur travail s’est concentré sur la présence de mentions explicites d’engagement en faveur de la diversité (ethnique, raciale et sexuelle).

Jusqu’à mi-2020, ces mentions étaient présentes dans 7 à 12 % des offres. Après les mobilisations liées à la mort de George Floyd et au mouvement Black Lives Matter, leur fréquence a bondi de 152 %. Elle a atteint un pic de 25,4 % à la veille de l’élection présidentielle de 2024. En février 2026, ce taux était redescendu à 19,9 %, marquant une baisse de 21 %.

Un reflux inédit, mais partiel

Les auteurs qualifient ce reflux d’« inédit », tout en soulignant qu’il reste partiel. Il a réduit d’environ un tiers la hausse enregistrée après 2020. Les mentions en faveur de la diversité restent ainsi deux fois plus fréquentes qu’avant cette période.

Les baisses ont été plus prononcées au sein des entreprises titulaires de contrats fédéraux. En revanche, les baisses sont proportionnellement similaires parmi les employeurs dont les employés sont majoritairement proches des démocrates ou des républicains.

Un indicateur des priorités des entreprises

Ces résultats illustrent la sensibilité du discours des entreprises aux évolutions politiques. Si la pression de la seconde administration Trump a ralenti l’affichage des engagements DEI, elle n’a pas effacé les transformations amorcées cinq ans plus tôt. Aujourd’hui, les mentions DEI dans le recrutement américain se situent à un niveau intermédiaire : bien en dessous du pic de 2024, mais toujours bien au-dessus des niveaux d’avant 2020.

Intitulée The Rise and (Partial) Retreat of DEI Claims in Recruiting, cette étude est l’une des premières à quantifier systématiquement ce phénomène à l’échelle nationale. Elle invite à distinguer les déclarations publiques des pratiques réelles, tout en rappelant que le langage des offres d’emploi reste un indicateur clé des priorités des entreprises.


mercredi 12 août 2026

Euthanasie : « On a l’eugé­nisme qu’on peut, selon les vices qu’on entre­tient »

Texte de Chantal Delsol paru dans Valeurs Actuelles du 22 Juillet 2026. Depuis, le 15 juillet 2026, l’Assemblée nationale française a adopté définitivement la proposition de loi créant un « droit à l’aide à mourir », par 291 voix contre 241 et 29 abstentions. Le texte n’est toutefois pas encore une loi applicable : des saisines du Conseil constitutionnel ont été annoncées. Il doit donc encore être examiné par le Conseil constitutionnel, puis promulgué.

La léga­li­sa­tion pro­chaine de l’eutha­na­sie et du sui­cide assisté marque l’abou­tis­se­ment d’un long pro­ces­sus de glis­se­ment du cri­tère de la valeur humaine. Pour nos socié­tés contem­po­raines ce n’est plus la vie qui compte mais le confort.

La loi « fin de vie » qui vient actuel­le­ment au vote final après des années de débats mou­ve­men­tés, enre­gistre et confirme la fin de l’influence chré­tienne sur nos mœurs, la fin de notre manière chré­tienne de pen­ser et de vivre. Les deux siècles pré­cé­dents ont été nour­ris de mul­tiples débats, par­fois vol­ca­niques, oppo­sant les tenants de la tra­di­tion morale mil­lé­naire et les pro­gres­sistes par­ti­sans d’une éman­ci­pa­tion – les lois sur le divorce, en France et plus encore en Ita­lie, ont signé pen­dant des décen­nies une sorte de ques­tion d’orient, tou­jours en que­relle et tou­jours ful­mi­nante. La loi « fin de vie » appar­tient à la fin de ce cycle.

De quoi s’agit-il? D’un dépla­ce­ment de la valeur, dépla­ce­ment qui ne s’opère pas seule­ment chez une petite élite pres­crip­tive, mais chez des peuples entiers – ici le peuple français. Il s’agit de mou­rir et de tuer. Le « Tu ne tue­ras pas » est ins­crit au fron­ton de toutes les cultures sans excep­tion. C’est une maxime qui fait par­tie de la morale uni­ver­selle, celle que l’écri­vain bri­tan­nique C. S. Lewis appe­lait « l’ensemble des pla­ti­tudes notoires ». Pour­tant le monde humain est ce qu’il est, dur et violent, semé d’embûches, et dans toutes les cultures on admet des excep­tions, consi­dé­rées comme légi­times, à l’inter­dit de tuer. Ces excep­tions ne sont pas les mêmes par­tout, parce que les cultures n’accordent pas la valeur majus­cule aux mêmes enti­tés.

Toutes les cultures, sauf la nôtre depuis peu, ont admis la peine de mort pour les grands cri­mi­nels. Toutes admettent bien que les guerres tuent, sous des condi­tions che­va­le­resques. Les anciens Grecs et Romains, et les Chi­nois jusqu’à Mao, lais­saient au père le loi­sir de tuer le bébé mal venu. Chose que les chré­tiens ont tou­jours refusé de faire, mais l’église catho­lique aux siècles pré­cé­dents emprun­tait pério­di­que­ment l’armée royale pour aller mas­sa­crer par mil­liers les Vau­dois héré­tiques dans les val­lées des Alpes.

Lorsque l’ortho­doxie est essen­tielle, elle peut avoir plus de valeur que la vie des héré­tiques, lorsque la volonté du père est essen­tielle, elle a plus de valeur que la vie du nour­ris­son. Ce qui est  [devenu] essen­tiel dans les socié­tés occi­den­tales contem­po­raines, c’est la capa­cité pour chaque indi­vidu de déci­der de son propre des­tin, sans être sou­mis à aucune norme exté­rieure. Aussi la plu­part de nos conci­toyens ne com­prennent-ils pas du tout à quel titre on peut empê­cher quelqu’un de se sui­ci­der. Et comme la morale contem­po­raine, dès lors sans reli­gion ni doc­trine, se résume au soin de l’autre (le care), au simple secours que nous devons à l’autre direc­te­ment et sans loi exté­rieure, alors peu d’entre nous com­prennent pour­quoi nous pour­rions refu­ser à l’autre la grâce de la mort si c’est lui qui la demande.

Bien sûr, il s’agit d’une trans­for­ma­tion anthro­po­lo­gique à l’œuvre depuis deux siècles, au sens où le cri­tère de la valeur humaine s’est déplacé. Chez nous en Occi­dent, au départ l’être humain était digne parce qu’image de Dieu. L’être humain contem­po­rain est digne parce que déci­dant pour lui-même de son propre des­tin. Ce qu’il est impor­tant de sou­li­gner, c’est l’ampleur popu­laire de ce glis­se­ment. La loi « fin de vie » n’est pas le fait de je ne sais quelle obs­cure cote­rie. La plu­part des Français (et c’est vrai pour beau­coup d’occi­den­taux contem­po­rains) ne voient abso­lu­ment pas pour quelle rai­son on pour­rait refu­ser la mort à un malade de Char­cot (c’est tou­jours l’exemple avancé), s’il la sou­haite: au nom de quoi? au nom de quelle loi hété­ro­nome ou trans­cen­dante ou royale à laquelle per­sonne ne croit plus ? Voilà l’his­toire.

Natu­rel­le­ment, on voit poindre à l’hori­zon proche les dérives glaçantes qui ne man­que­ront pas de se pro­duire, et ce d’autant que cer­tains pays voi­sins, plus « avan­cés » que nous, en mani­festent déjà les hor­reurs. Qu’est-ce que la volonté d’un malade et comme il est facile de la sus­ci­ter… Nous savons, et toutes les études le disent, que la grande majo­rité des Français sou­hai­te­raient que l’on déve­loppe d’abord par­tout des soins pal­lia­tifs de haut niveau. Mais c’est un vœu pieux: la ques­tion serait plu­tôt de se deman­der ce que les Français seraient prêts à sacri­fier en termes d’allo­ca­tions, rem­bour­se­ments, soins gra­tuits ou allo­ca­tions diverses, pour finan­cer les soins pal­lia­tifs. Et ils ne sont prêts à rien sacri­fier du tout.

On lais­sera donc à l’aban­don les ser­vices de soins pal­lia­tifs qui coûtent cher, et alors, sans soins effi­caces contre la dou­leur, la mort active sera la seule solu­tion. Les chiffres des pays déjà nan­tis de ce genre de lois montrent bien que les malades sans res­sources sont les pre­miers can­di­dats à la mort volon­taire. Le Canada se vante ouver­te­ment des gains finan­ciers per­mis par l’aide à mou­rir. Autre­ment dit, dans les cir­cons­tances d’aujourd’hui c’est l’éco­no­mie qui pas­sera avant la vie.

Si l’on veut cher­cher dans l’his­toire humaine une com­pa­rai­son pour mieux appré­hen­der ce qui nous arrive, on la trou­vera dans les époques pré­chré­tiennes ou chez des peuples étran­gers à notre culture, où le vieillard inutile est sommé de tom­ber du coco­tier afin de faire place aux géné­ra­tions sui­vantes. Ici: afin de ne pas dépen­ser en soins exces­sifs l’argent de la géné­ra­tion sui­vante. Autre­ment dit, nous en arri­vons à cette eutha­na­sie dite libé­rale pour citer Haber­mas, qui la dif­fé­ren­ciait ainsi de l’eutha­na­sie des nazis orga­ni­sée par le pou­voir dans un des­sein raciste. Enfin pas si « libé­rale » que cela, parce que tout de même les pauvres et les aban­don­nés de famille seront bien contraints de signer leur arrêt de mort, d’une contrainte qui ne dira pas son nom. De même les diag­nos­tics géné­tiques, ceux déjà pré­sents ou ceux à venir (DPI-A [diagnostic avant l'implantation de l'embryon]) rendent ou ren­dront l’eugé­nisme obli­ga­toire par simple pres­sion éco­no­mique. On a l’eugé­nisme qu’on peut, selon les vices qu’on entre­tient. Notre vice n’est plus le racisme, c’est la pas­sion du confort [ou le refus contemporain d'accepter certaines contraintes, dépendances et souffrances comme des composantes possibles de l'existence.].  La dignité des grands malades passe après.

[Note du carnet : Plus une société dispose de moyens pour détecter à l’avance les caractéristiques d’un enfant, qu’elles résultent d’une fécondation naturelle ou in vitro, plus elle doit affronter une question qu’elle pouvait jadis éluder : voulons-nous accueillir l’enfant qui vient, ou choisissons-nous, de plus en plus, quel enfant a le droit de naître ?

À quel moment le dépistage anténatal cesse-t-il d’être une simple information médicale pour devenir implicitement une incitation adressée aux parents à mettre fin à une grossesse qui ne répond pas aux attentes ?

Il ne sera pas nécessaire d’imposer directement cette décision aux parents si les normes sociales, les médecins, les assurances, les coûts et les attentes collectives quant à ce qui constitue une vie digne rendent certaines options progressivement « inévitables ».
]


Le dis­cours lar­moyant et com­pas­sion­nel qui accom­pagne la loi est à lui seul un aveu contraire. On a bien remar­qué que les lotis­se­ments les plus moches reçoivent tou­jours des noms de fleurs mer­veilleuses, et que les lois liber­ti­cides des dic­ta­teurs se réclament toutes de la liberté. Ici on fait appel à la dignité pour y glis­ser la mort, récu­pé­rant le plus beau de nos héri­tages pour en déco­rer l’infâme – et on se sou­vient que Bin­ding et Hoche, auteurs en 1920 du libelle Le droit de détruire la vie dénuée de valeur, avaient déjà eu la même idée… (Ci-contre couverture d'une réédition moderne de l'ouvrage en allemand).

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mardi 11 août 2026

Pourquoi les jeunes Chinois sont-ils de moins en moins nombreux à étudier à l’étranger ?

Pékin plutôt que Princeton

Ceux qui partent sont, eux, de plus en plus nombreux à rentrer au pays.

Des étudiantes de l’université de Pékin, en 2025, se préparent à poser pour des photographies avant la cérémonie de remise des diplômes.

Depuis 2019, la pandémie, les tensions commerciales et géopolitiques croissantes ont creusé le fossé entre la Chine et le reste du monde. Ces facteurs expliquent en partie le déclin du nombre d’étudiants chinois partant à l’étranger. En 2025, seulement 570 000 jeunes Chinois ont quitté le pays pour leurs études, contre un sommet de 700 000 en 2019 (voir graphique). Ce chiffre représente le niveau le plus bas enregistré depuis 2016.

Par ailleurs, certains pays d’accueil ont durci les conditions d’études pour les Chinois. En 2025, l’administration du président Donald Trump a annoncé son intention de « révoquer avec fermeté » les visas des étudiants chinois dans des « domaines sensibles », sans préciser lesquels. Elle a en outre subordonné la loterie d’attribution du visa H-1B — principale voie légale permettant aux travailleurs qualifiés, y compris aux jeunes diplômés, de s’installer aux États-Unis — à des seuils salariaux élevés, ce qui pénalise particulièrement les débutants. Selon plusieurs observateurs, les travailleurs chinois seraient plus touchés que les autres par cette mesure. Ainsi, Mme Hao, une Chinoise de vingt-cinq ans qui travaillait pour une jeune pousse américaine, a récemment décidé de rentrer en Chine, son statut de visa rendant quasi impossible tout changement d’employeur.

Le resserrement des budgets

La flambée des coûts des études à l’étranger n’a en effet rien arrangé. Selon une enquête de New Oriental, une grande entreprise de soutien scolaire, le coût moyen d’une année d’études à l’étranger atteint cette année 605 000 yuans (soit environ 89 600 dollars américains), en hausse de près d’un cinquième par rapport à 2023.

La [relative] morosité de l’économie chinoise a par ailleurs contraint les familles à une plus grande rigueur budgétaire, rendant les étudiants plus sensibles aux coûts. Parmi ceux qui persistent à partir, un nombre croissant se tourne désormais vers des destinations offrant un meilleur rapport qualité-prix. [Le FMI table sur une croissance de l'économie chinoise de 5 % en 2025 et 4,5 % en 2026, des chiffres enviables pour une économie mature.]

Si les statistiques chinoises ne précisent pas les destinations choisies par les étudiants, les données publiées par les pays d’accueil révèlent une tendance claire : les effectifs chinois diminuent en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada [et légèrement en Australie] tandis qu’ils progressent à Hong Kong, au Japon [et en Malaisie]. Hong Kong, en particulier, est devenu une destination prisée, comme l’explique Mme Yang, en raison du prestige de ses établissements et de sa proximité géographique avec la Chine. Quatre de ses clients sur cinq demandent des renseignements sur des études dans cette région proche. D’autres destinations plus abordables, comme la Malaisie — où il est possible d’obtenir un diplôme pour seulement 100 000 yuans soit environ 15 000 dollars américains —, attirent également l’attention des étudiants.

[On observe également une forte baisse (-27,5 %) aux Pays-Bas. Cette diminution s’explique par deux facteurs : d’une part, des tendances mondiales, comme le retour des étudiants vers la Chine et la diversification vers d’autres destinations asiatiques ; d’autre part, des choix politiques néerlandais visant à réguler l’internationalisation de l’enseignement supérieur. Le gouvernement a en effet adopté des mesures pour limiter l’afflux d’étudiants étrangers, notamment en réduisant l’offre de programmes en anglais et en restreignant le recrutement à l’étranger, dans un contexte marqué par une pénurie de logements et les limites des capacités d’accueil de ces étudiants.]

Le retour des « haigui », ou « tortues de mer »

Cette tendance ne se limite pas à une réduction des départs : un nombre record de 10,7 millions de jeunes Chinois ont intégré l’enseignement supérieur dans leur pays l’an dernier. Par ailleurs, parmi ceux qui partent étudier à l’étranger, la proportion de ceux qui choisissent de rentrer en Chine après leurs études n’a jamais été aussi élevée. L’an dernier, pas moins de 94 % des étudiants chinois ayant étudié à l’étranger sont revenus au pays, un record historique (voir graphique). Entre 2015 et 2025, ce sont ainsi 5,2 millions de diplômés qui ont regagné la Chine après une période passée à l’étranger, selon les chiffres officiels. On les surnomme  les « haigui » 海龟, littéralement « tortues de mer », lesquelles sont de grandes migratrices.

Cette vague massive a profondément modifié la perception des études à l’étranger. Que ce soit sur le marché du travail ou même dans la sphère privée, comme sur les sites de rencontre, le prestige autrefois associé à un diplôme étranger s’est fortement érodé. Aujourd’hui, selon les données de New Oriental, un diplômé de retour au pays perçoit en moyenne un salaire de départ d’environ 12 800 yuans par mois, soit seulement 2 100 yuans de plus que les diplômés formés localement (10 700 yuans).

Nombreux sont les « haigui » dont la situation professionnelle est bien moins enviable que celle de leurs pairs restés en Chine. Certains enchaînent même les petits emplois précaires, comme livreurs. Lors d’une émission télévisée chinoise, une jeune femme a révélé que ses parents avaient dépensé plus de deux millions de yuans pour financer ses études à l’étranger, pour aboutir à un emploi ne lui rapportant que 4 000 yuans par mois. « À ce rythme, lui a-t-elle confié avec amertume, il me faudrait un siècle pour rembourser une telle somme. »

Un diplôme étranger, un atout en déclin

Mlle Zou, une étudiante chinoise en maîtrise de chimie à l’University College de Londres, a choisi de partir à l’étranger par désir de « découvrir le monde ». Pourtant, elle ne s’attend à aucun avantage face aux diplômés formés en Chine lorsqu’elle cherchera un emploi dans l’industrie des semi-conducteurs à son retour. Or, en Chine, une maîtrise s’obtient après trois années d’études, contre une seule année dans son cas. Par ailleurs, les étudiants chinois représentent environ 40 % de sa promotion à Londres ; dans d’autres établissements, cette proportion peut atteindre 90 %. Cette surreprésentation remet en question l’idée reçue selon laquelle les universités étrangères offriraient une expérience fondamentalement différente de celle des établissements chinois.

Du côté des employeurs, les diplômes étrangers ont perdu de leur attrait. La brièveté des programmes et des critères d’admission parfois moins sélectifs ont en effet conduit les entreprises à remettre en cause la réputation autrefois sans faille des formations à l’étranger. En réalité, étudier à l’étranger ne garantit nullement une meilleure adaptation au monde professionnel. Certains services des ressources humaines estiment même que les diplômés locaux sont « plus dociles », comme l’explique Mme Zou, car ils n’auraient pas été contaminés par les idées libérales occidentales.

Certaines administrations provinciales limitent par ailleurs l’accès des diplômés de retour de l’étranger à la fonction publique. En 2024, la dirigeante de Gree, un géant chinois de l’électronique, a même déclaré publiquement qu’elle refusait d’embaucher des « haigui », craignant qu’ils ne soient des espions au service de puissances étrangères.

L’ascension des universités chinoises

Parallèlement, les universités chinoises gagnent en attractivité. Leur ascension dans les classements internationaux est spectaculaire. L’université de Pékin et l’université Tsinghua, les deux fleurons de l’enseignement supérieur chinois, occupent désormais respectivement la 13e et la 14e place du classement mondial QS.

Les établissements issus des programmes « 985 » et « 211 » — deux appellations gouvernementales désignant un petit groupe d'établissements d’élite chinois — sont désormais considérés comme supérieurs à de nombreuses universités étrangères, à l’exception de quelques institutions prestigieuses comme Oxford, Cambridge ou les universités de l’Ivy League américaine. Dans des disciplines comme les sciences ou l’ingénierie, la recherche chinoise se distingue particulièrement. Par ailleurs, les frais de scolarité, généralement de quelques milliers de yuans par an dans le public, restent très abordables.

Les universités étrangères en pâtissent

Cette baisse des inscriptions des étudiants chinois commence à peser sur certaines universités occidentales, devenues trop dépendantes de cette manne. Au cours de l’année universitaire 2024-2025, les Chinois représentaient ainsi plus de deux cinquièmes des étudiants internationaux au sein du Russell Group, un consortium regroupant 24 des universités les plus prestigieuses du Royaume-Uni.

Nombre de ces établissements avaient en effet développé des programmes de maîtrise spécialement conçus pour attirer les étudiants chinois, en leur appliquant des frais de scolarité bien supérieurs à ceux des étudiants britanniques. Les facultés s’étaient agrandies, de nouvelles infrastructures avaient vu le jour. « Il régnait une illusion de stabilité financière », explique Filippo Boeri, de l’Université City St George’s de Londres. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : les universités suppriment des formations, licencient du personnel ou incitent leurs employés à accepter un départ volontaire. ».

Un manque à gagner pour les deux parties selon The Economist

Cette désertion des étudiants chinois privera l’Occident de talents précieux. Elle pourrait également se retourner contre la Chine elle-même. En effet, lorsque le pays s’est ouvert au monde, les « haigui » ont rapporté des compétences et des savoirs acquis à l’étranger, contribuant ainsi de manière décisive à la modernisation du pays et à son rattrapage économique. À titre d’exemple, huit des vingt-et-un membres actuels du Politburo du Parti communiste chinois ont étudié à l’étranger.

Par ailleurs, l’expérience internationale des « haigui » a permis aux entreprises chinoises de s’implanter avec succès sur les marchés étrangers. Si moins de tortues de mer prennent le large, la Chine en subira elle aussi les conséquences.


Source : The Economist

dimanche 9 août 2026

Malgré le scandale, l'autobiographie de l'ex-professeur vedette de Cambridge devrait être publiée ce mois


Le plus jeune professeur noir de Cambridge a donc démissionné.

La maison d’édition Simon & Schuster publiera néanmoins son autobiographie la semaine prochaine, moyennant un à-valoir qui s’élèverait à 1,4 million de livres sterling (ce chiffre a été largement relayé dans la presse ; l’éditeur ne l’a pas confirmé). 

Daniel Engber, du magazine The Atlantic, a mis la main sur le tapuscrit original du livre datant de 2024 et l'a comparé avec la version à paraître. Nous reproduisons son récent article sur ce sujet.

[L’indicatif, que nous avons conservé dans les extraits ci-dessous, ne préjuge en rien de la réalité des faits rapportés par Jason Arday ; nous avons simplement reproduit son emploi.] 


Great and Unfortunate Things, écrit en collaboration avec Eve Claxton, doit paraître la semaine prochaine aux éditions Simon & Schuster. Le récit qu’y expose Arday ne saurait être pris à la lettre : il diffère notablement des autres versions de sa vie qu’il a livrées en public comme en privé, y compris dans la proposition initiale qu’il avait soumise à la maison d'édition par l’entremise de son agent. Pourtant, l’ouvrage se révèle, à bien des égards, d’une honnêteté frappante et particulièrement révélateur : il brosse le portrait saisissant d’un homme manifestement mal préparé à affronter le monde universitaire, mais qui, contre toute attente, a su gravir les échelons les plus élevés. Il ne s’agit pas ici d’un jugement sévère émis par un tiers sur la carrière à la fois tragique et improbable d’Arday : c’est son propre récit.

Son autobiographie débute par une prophétie. Nous sommes en 2006, et Jason Arday, alors âgé de vingt et un ans, installait des pompes à eau dans les favelas du Brésil et enseignait aux enfants comment les utiliser. Une travailleuse humanitaire locale — une femme d’une trentaine d’années, aux cheveux et aux yeux foncés, à l’allure douce et posée — lui effleure le bras et lui murmure qu’il était destiné à souffrir toute sa vie, mais aussi à accomplir de grandes choses.

samedi 8 août 2026

Québec — Pour la ministre de l’Enseignement supérieur, « Débattre… est troublant et inquiétant »



« Débattre… est troublant et inquiétant » : une phrase indigne d’une ministre de l’Enseignement supérieur.

C’est pourtant ce qu’a écrit Mme Biron, l’actuelle ministre de l’Enseignement supérieur du Québec.

Une ministre de l’Enseignement supérieur devrait être particulièrement attachée au débat d’idées, à la confrontation des arguments et à la liberté de discussion. Or, Mme Biron présente comme « troublant et inquiétant » le simple fait de vouloir débattre d’une question controversée.

Le Canada a décriminalisé l’avortement jusqu’à la naissance, une situation exceptionnelle en Occident, où la quasi-totalité des pays fixent une limite, généralement au cours du deuxième trimestre ou à son issue.

Au Canada, il est donc théoriquement possible d’avorter jusqu’au terme, y compris après que le fœtus est viable.  C’est un fait. Rappelons que la viabilité fœtale est généralement atteinte vers 24 semaines de grossesse.

Dans une société démocratique, on doit pouvoir débattre de tout, y compris de sujets qui déplaisent à la gauche et à la CAQ — que d’aucuns ont, non sans ironie, qualifiée de parti de droite.

Rappelons d’ailleurs que l’interdiction de l’avortement au troisième trimestre, sauf lorsque la santé de la mère est en jeu, recueillait l’appui de 49 % des Canadiens et de 41 % des Québécois dans un sondage de l’Angus Reid Institute réalisé en 2020.

Et pourtant, on voudrait nous expliquer qu’il ne faudrait même pas en discuter.

En août 2025, un sondage de Research Co. indiquait que 49 % des Canadiens et 58 % des Québécois estimaient que l’avortement devrait être légal « en toutes circonstances ». Autrement dit, cette position ne recueille pas l’adhésion d’une majorité au Canada, et elle est loin de faire l’unanimité au Québec.

Ces chiffres, provenant de deux firmes de sondages sérieuses et régulièrement citées dans les médias, montrent que le débat n’est ni marginal ni « extrême ».

Lorsqu’une proportion aussi importante de la population — y compris au Québec — se montre favorable à l’instauration d’une limite comme il en existe dans la plupart des pays occidentaux, qualifier l’ouverture d’une discussion de « troublante et inquiétante » en dit peut-être davantage sur la fragilité du prétendu « consensus » que sur le débat lui-même.

Une autre question, tout aussi légitime, reste taboue : faut-il que le Trésor public rembourse tous les avortements, y compris ceux pratiqués alors que la vie de la mère n’est pas en danger et que l’enfant est déjà viable ? Et que faire lorsque l’« indication médicale » invoquée repose sur la santé mentale de la mère, au risque de transformer une notion aussi large en justification de convenance pour un avortement qui répond en réalité au simple choix de ne pas poursuivre une grossesse non désirée ? Pourquoi faire peser sur le budget de la santé le coût de tels avortements électifs ?

Pourquoi la ministre refuse-t-elle que ces questions soient discutées ? Pourquoi ce tabou ?

On assiste à une sacralisation de décisions vieilles de près de quarante ans — arrêt Morgentaler, 1988 — alors que la société québécoise a profondément changé. Avec un indice de fécondité tombé à un creux historique de 1,35 enfant par femme en 2024 (1,36 en 2025), le plus bas jamais enregistré, on pourrait au moins s’interroger sur la place que nous accordons à l’enfant. Et, plus fondamentalement, se demander si l’avortement, lorsqu’il est érigé en droit pratiquement intouchable, ne finit pas par dévaloriser l'enfant et la vie elle-même. Pourquoi cette question devrait-elle être soustraite au débat ?

Ces questions sont légitimes et devraient être ouvertes au débat.

Et pourtant : la crispation persiste, le débat  « inquiète » la ministre.

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vendredi 7 août 2026

Allemagne : un élève risque une amende pour avoir refusé de participer à un atelier « queer »

Une école secondaire de Dachau (près de Munich, en Bavière), exige la présence obligatoire de ses élèves mineurs à un atelier sur les questions « queer ». Malgré les interrogations des parents, la direction de l’établissement a maintenu son exigence. Résultat : un adolescent de 14 ans fait désormais l’objet d’une procédure d’amende.


Dachau — La sous-préfecture locale a engagé des poursuites contre un élève de 14 ans pour absence à l’atelier Diversity@school (en anglais dans le texte!), organisé le 10 juillet dans son école secondaire. Bien que les parents aient exprimé leur opposition à la participation de leur fils, l’établissement a insisté sur le caractère obligatoire de l’activité, au nom du programme scolaire.

Lors de cet atelier, deux militants « queer » sont intervenus en classe pour échanger avec les élèves. Selon l’association Diversity München, à l’origine de l’initiative, l’objectif était d’aborder l’acceptation des identités « queer », de déconstruire les stéréotypes et de lever les appréhensions. Des parents ayant assisté à des retours de leurs enfants rapportent que l’un des intervenants, présentant à la fois une barbe et une apparence féminine, aurait partagé des expériences personnelles, notamment des incidents de discrimination.

Des parents contestent le bien-fondé pédagogique

Dans une lettre adressée à la sous-préfecture, dont le média Apollo News a obtenu copie, les parents justifient l’absence de leur fils par le manque de réponses claires de la part de la direction. Ils estiment que la formulation du programme — selon laquelle les élèves doivent être « préparés à leur développement physique et psychique, à leur genre, à leurs sentiments, à leur identité de genre et à leur orientation sexuelle » — dépasse le cadre de la mission éducative de l’école ou de l’État.

Face à cette situation, les parents ont soumis neuf questions à l’établissement, avertissant qu’à défaut de réponses, ils déposeraient une plainte disciplinaire. Parmi leurs interrogations :
  • La présence permanente d’un enseignant pour garantir l’absence de toute forme de domination et éviter qu’un point de vue ne soit présenté comme moralement supérieur ;
  • L’accès aux supports et méthodes utilisés par les intervenants ;
  • La base juridique justifiant le choix de l’association Diversity München comme partenaire externe ;
  • L’implication éventuelle du conseil des élèves dans l’organisation de l’atelier.
  • La direction s’est contentée de confirmer qu’un enseignant serait présent en permanence pour veiller au respect de l’interdiction d’intimidation. Aucune autre réponse complète n’a été apportée. Le proviseur a simplement regretté que les parents ne partagent pas les valeurs de l’association, sans pour autant accepter que leur fils soit dispensé de l’atelier. Ceux-ci ont donc déposé une plainte disciplinaire et annoncé leur intention de contester toute amende par voie judiciaire.
Une association militante aux revendications politiques

Diversity München, qui finance ses activités grâce à des dons et à des subventions de la ville de Munich, affiche des revendications politiques explicites. Bien que le proviseur ait affirmé que l’atelier n’avait aucune visée d’endoctrinement, l’association formule des exigences à l’attention des gouvernements fédéral et régional bavarois, notamment :
  • La suppression des mentions « père » et « mère » sur les actes de naissance, remplacées par « parent 1 » et « parent 2 » ;
  • L’intégration systématique des enjeux « queer » dans les programmes scolaires ;
  • L’utilisation, sur les documents officiels (comme les bulletins), des prénoms choisis par les élèves, indépendamment de leur nom légal.

Jason Arday ou comment duper les universités occidentales rongées par la culpabilité

Jason Arday quand Closer célébrait sa nomination 
comme le plus jeune professeur noir à Cambridge

 

Jason Arday semble être un personnage presque trop fantastique pour une fiction conventionnelle. Il s'agit plutôt d'un personnage issu des fables d'antan – un archétype qui met à nu les péchés et l'hypocrisie de notre époque, un Till l'Espiègle des temps modernes. 

Malgré ses origines modestes, Arday a connu une ascension universitaire d'une remarquable fluidité. Des institutions censément élitistes ont suspendu avec empressement leur esprit critique. Elles se sont pliées aux vertus modernes diversitaires en matière de race, de handicap et de milieu social défavorisé.

À la lumière de la biographie d’Arday, on commence à comprendre à quel point nos meilleures universités sont prisonnières de la culpabilité progressiste et à quel point cela nuit à la véritable recherche et excellence universitaires.

Le récit qu’Arday a tracé de sa vie semble avoir été conçu pour séduire les chercheurs travaillant dans deux des domaines les plus en vogue de l’activité universitaire actuelle : la neurodiversité et le racisme institutionnel.

Selon ses dires, Arday n’aurait pu parler avant l’âge de 11 ans ni lire avant l’âge de 18 ans. Pourtant, il aurait surmonté ces handicaps ainsi que les préjugés raciaux omniprésents, pour transformer un simple diplôme en sciences de l’éducation et en éducation physique obtenu à l’ancienne école normale de Twickenham (qui se fait désormais appeler St Mary’s University) en une prestigieuse chaire de professeur à Cambridge dès l’âge de 37 ans.

Ses prétendues performances universitaires s’accompagnaient d’allégations de coureur qui auraient rivalisé avec les plus grands athlètes d’ultra-marathon, ainsi que de collectes de fonds caritatives qui auraient relégué Bob Geldof au rang d'amateur, malgré une persécution raciale qui n’aurait pas déparé dans l’Alabama du XIXe siècle.

Chacune de ses affirmations – les 30 marathons, les millions récoltés pour de bonnes causes, les persécutions violentes – a systématiquement été réfutée. Mais jusqu'à récemment, il continuait pourtant à contre-attaquer et à s'en prendre à ses détracteurs. Sa ligne de défense semble être que, dans le milieu universitaire, personne n’est très regardant. « Aurais-je jamais pu imaginer que quelqu’un passerait littéralement au crible chaque mot que j’ai prononcé ? », a-t-il demandé au Times de Londres. Lorsqu’un journaliste du Guardian a tenté de vérifier ses affirmations — selon lesquelles il aurait été menacé par des fous armés de couteaux et qu'on lui aurait lancé des bananes, des balles et une tête de cochon coupée à son domicile — et n’a trouvé aucune preuve, il a répondu au journaliste : « Je pensais que vous me croiriez, tout simplement. »

Toute la carrière de l'universitaire a reposé sur la crédulité face à ses affirmations, alors même que le but même du monde universitaire est de remettre en question, de vérifier et de critiquer. 

Son ascension fulgurante incrimine son université pour son manque de curiosité. Il semble que personne n’ait jamais vérifié son CV universitaire, ni les articles qu’il a soumis pour publication (et leurs corrections), ni les données qu’il a utilisées. 

Les charlatans exercent leur métier depuis des millénaires. Alexandre d'Abonuteichos, sous l'Empire romain, avait ainsi fixé une fausse tête humaine sur un serpent et l’avait déclaré dieu. Ses artifices et stratagèmes lui permirent d’exercer une influence considérable sur certains notables de l'empire. Il y a donc toujours eu des Jason Arday. La question est de savoir pourquoi cet escroc a pu s’imposer à Cambridge. Comment se fait-il que l’une de nos institutions les plus respectées se soit révélée si perméable et si peu perspicace ? Pourquoi une université, à qui l’on a désormais fourni des preuves irréfutables de sa duperie, l’a-t-elle soutenu jusqu’à il y a quelques jours.

Arday a été nommé professeur en sociologie de l'éducation à la suite d’un vote unanime du Conseil des électeurs, présidé par la baronne Sally Morgan (Parti travailliste). L’annonce a été faite en grande pompe. Avant même sa prise de fonctions, la BBC avait réalisé une vidéo sur son inouï parcours. Dans celle-ci, le professeur vedette interrogeait sa nouvelle supérieure, Hilary Cremin, sur comment elle allait s'y prendre pour rendre la faculté d’éducation inclusive. Elle avait déclaré que « nous avons écouté les voix de nos chercheurs et de nos étudiants noirs » et que Cambridge allait « s’attaquer aux problèmes structurels auxquels les gens sont confrontés ». Elle n'a pas hésité à déclarer à Arday : « Nous avons tellement de chance de vous avoir parmi nous. Vous êtes le meilleur au monde dans votre domaine de recherche. »

On a du mal à croire que Cremin ait vraiment cru ce qu’elle disait. À ce moment-là, Arday n’avait à son actif qu’une poignée de publications et un nombre de citations exceptionnellement faible. Le titre de sa thèse comporte une erreur grammaticale et ses articles regorgent de fautes d’orthographe sur des mots élémentaires comme « micro-agression ». Il avait à peine mené de véritables recherches, préférant utiliser « une méthode narrative issue de la théorie critique de la race (CRT), qui fonctionne comme un contre-récit visant à conceptualiser mes propres expériences professionnelles de négociation de la blanchité normative ».

Le jeune professeur était médiocre même dans l’industrie de la commercialisation des doléances raciales. La recherche en éducation est un domaine à forte production de publications, mais de piètre qualité. Une étude récente a montré qu'à peine 2,9 % des articles en « sciences de l'éducation » publient leurs données. Autrement dit, dans l'immense majorité des cas, il est impossible de vérifier les analyses publiées. En mathématiques ou en économie, en revanche, il est possible de n’avoir publié que peu d’articles, mais de haute qualité de n'avoir rédigé qu'un petit nombre d’articles mais de grande qualité avant d’obtenir un poste universitaire. Une grande partie des travaux d’Arday portait sur ses propres expériences. Il est facile de produire ce genre de contenu à un rythme élevé. Plusieurs membres du personnel subordonnés à Jason Arday au sein de la faculté d’éducation de Cambridge ont réussi à accumuler des listes de publications bien plus longues. On peut se demander ce qu’ils ont ressenti lorsqu’il a été recruté à un poste plus prestigieux que le leur et que la directrice de leur faculté a déclaré qu'il était « le meilleur au monde ».

Le parcours universitaire d'Arday ne brillait pas. Une licence et un master de l’université St Mary’s ; un doctorat de l’université John Moores de Liverpool, puis de brefs passages à l’université de Roehampton et de Durham (Arday affirme également avoir travaillé à Glasgow, mais un porte-parole le dément). Arday aurait également obtenu un master en sciences de l’éducation à l’université John Moores de Liverpool, mais cette mention a récemment disparu de sa biographie sur le site web du Jesus College, dont il est membre. Un cursus peu prestigieux.

Sur quels travaux le jeune universitaire s’est-il donc appuyé pour compenser son manque de références ? Lorsque les membres du jury se sont penchés sur la candidature d’Arday à un poste de professeur, ils ont sans doute lu son article phare, « Comprendre la santé mentale : quels sont les enjeux pour les étudiants noirs et issus de minorités ethniques à l’université ? ». Si tel est le cas, ils n'ont pu ignorer la longue liste de corrections ajoutées après qu’il eut « omis par inadvertance de signaler le chevauchement entre les deux publications [la sienne et un article de 2016 sur la perception de l’accès aux services de santé mentale au sein des communautés noires et issues de minorités ethniques (BME), rédigé par le professeur Anjum Memon et al. »

En 2023, le Dr David Harris et le professeur Martyn Hammersley ont écrit à Cremin pour lui signaler des des problèmes dans un article publié par Arday en 2018 notamment des similitudes textuelles frappantes entre ce texte et celui de Memon publié en 2016. Lorsque Harris a contacté Arday directement, celui-ci l’a accusé de privilégier « la grammaire… au détriment de l’équité » et l'a averti que tout nouveau contact serait considéré comme une forme d’intimidation et de harcèlement. Arday a ensuite porté plainte contre Harris auprès de la police. La police du Devon et des Cornouailles a refusé de donner suite à cette affaire.

Si les membres du jury connaissaient bien le domaine dans lequel ils estimaient que le jeune professeur était « le meilleur au monde », n’ont-ils pas trouvé étrange que les 32 étudiants issus de minorités ethniques qu’il aurait recrutés pour son article aient fourni des citations que l’on retrouve sous une forme presque identique dans d'autres publications ? Un étudiant de premier cycle cité par l'universitaire accusé de plagiat semble reprendre presque mot pour mot les propos du professeur Memon. D’autres citations sont attribuées à des personnes différentes (de races différentes) dans l’ensemble des travaux d’Arday. On pourrait s’attendre à ce qu’une commission ayant réellement lu les travaux d'un candidat avant de le nommer professeur repère ce genre d’incohérence. Si ces citations sont fausses, Arday pourrait alors se rendre coupable de fraude aux données, une infraction bien plus grave pour laquelle des personnes sont régulièrement licenciées.

Le peu d’intérêt d’Arday pour une recherche rigoureuse n’a rien de surprenant. Il l’avait d’ailleurs admis lors de ses ateliers sur la lutte contre le racisme, organisés dans d’autres universités. Un lanceur d’alerte a montré à une chroniqueuse du Spectator une conférence qu’il avait donnée, au cours de laquelle il déclarait aux participants qu’une « obsession pour les données n’était d’aucune utilité » lorsqu’on aborde le racisme, tout en affirmant que « la culture blanche est exclusive ».

Dans un premier temps, l’université a publié un communiqué affirmant que « Le professeur Arday a été victime d’une campagne ignoble visant à saper sa crédibilité, qui doit cesser. Les allégations de plagiat concernant sa thèse et ses publications dans des revues ont fait l’objet d’enquêtes approfondies menées par les institutions compétentes et les revues en question. Ces enquêtes ont innocenté le professeur Arday de tout acte répréhensible. »

L'université, bien qu’elle ait nommé Arday, a longtemps considéré qu’il ne lui appartenait pas d’enquêter elle-même sur ces allégations et qu'elle pouvait se contenter de l’enquête menée par l’université John Moores de Liverpool comme preuve de son innocence. L’un des présidents de cette enquête, Nels Abbey, a minimisé ces allégations en déclarant que tout le monde commet des « erreurs en cours de route », que c’était « tout simplement ainsi que ces choses-là ont tendance à se passer ». Au micro de Times Radio, M. Abbey a éludé toute discussion approfondie sur ces allégations.   

Les universitaires se bousculèrent pour affirmer que le plagiat occasionnel fait partie de la recherche normale. Alan Lester, professeur de géographie historique à l’université du Sussex, formé à Cambridge et spécialisé dans le colonialisme, a dû s'excuser pour avoir laissé entendre que l’ampleur des passages repiqués par Arday et non attribués aux travaux d’autres chercheurs était une pratique courante parmi ses pairs , voire « acceptable ».  On peut imaginer que ses collègues lui ont conseillé de taire ce genre de secret de Polichinelle et qu'il valait mieux laver le linge sale en famille.

Trois directeurs de maison (équivalent des doyens) de Cambridge ont signé une lettre ouverte en soutien  Arday, à l’initiative du Good Law Project, une ONG fondée par Jolyon Maugham. Il est intéressant de noter que, par la suite alors que le scandale prenait de l'ampleur, la professeure Dame Ijeoma Uchegbu, présidente du Wolfson College, a retiré son nom de la lettre et que Lord Woolley a retiré son titre de directeur de Homerton. Sonita Alleyne, directrice du Jesus College, a quant à elle maintenu son nom sur la lettre malgré l'accumulation de preuves. Sonita Alleyne est antillaise. Elle s’est particulièrement fait connaître pour son engagement sur les questions de legs de l’esclavage et du colonialisme. En octobre 2019, elle fut nommée directrice du Jesus College de Cambridge devenant ainsi la première femme à diriger ce collège depuis sa fondation en 1496 ainsi que la première personne noire à diriger un collège d’Oxbridge.


Nathan Cofnas a été le premier à révéler, sur son blogue Substack, les passages plagiés de la thèse et des articles de Jason Arday, brisant ainsi l’omerta universitaire. Sans son travail d'enquête, l’affaire serait probablement restée étouffée. Pour toute récompense, Cofnas a été renvoyé de son université.

Paradoxalement, nous devrions peut-être être reconnaissants envers l’ex-professeur Arday. Il a montré que des journalistes, des universitaires renvoyés ou des chercheurs indépendants tenant un carnet en ligne sont souvent de bien meilleurs évaluateurs que les universitaires attitrés de Cambridge.
 
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Une nouvelle étude nous apprend par ailleurs, la même semaine, qu’il n’y aurait aucun lien entre la dépression et la sérotonine. Cette découverte remet en cause l’efficacité de nombreux antidépresseurs.

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples. 

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