mercredi 4 novembre 2026

L'enseignement en langues autochtones aide-t-il les enfants africains à mieux apprendre ?

Pour savoir dans quelles langues enseigner aux enfants, le gouvernement sénégalais a envoyé des agents dans les écoles pour les écouter jouer. Dans les cours de récréation du pays, les enquêteurs ont observé des enfants parlant wolof et pulaar, plaisantant en safi et glissant parfois un mot de français.

Ce recensement s'inscrit dans une initiative lancée en 2021 pour développer l'enseignement dans les langues sénégalaises. La plupart des écoles du pays enseignent en français, seule langue officielle. Mais la plupart des enfants le comprennent et le parlent mal, voire pas du tout. En commençant par enseigner aux jeunes enfants dans leur langue locale avant de passer progressivement à d'autres langues, le Sénégal espère améliorer leurs apprentissages.

Aujourd'hui, beaucoup d'enfants scolarisés dans des écoles francophones comprennent à peine leurs leçons. À Dakar, la capitale, on estime que 55 % des enfants ne parlent pas français. Dans les zones rurales comme Fatick, au sud du pays, cette proportion atteint 87 %. Le même problème se retrouve dans le reste du continent : la plupart des écoles africaines enseignent dans des langues internationales, mais seuls 10 à 15 % des Africains en maîtriseraient une couramment.

Les Africains parlent généralement plusieurs des 1 500 à 3 000 langues autochtones du continent. Mais, faute d'un enseignement formel dans leur première langue, celle-ci reste souvent insuffisamment développée pour leur permettre d'apprendre une nouvelle langue à l'école. Beaucoup peinent donc à suivre correctement leur scolarité, quelle que soit la langue d'enseignement. Nhlanhla Mpofu, chercheuse à l'université de Notre-Dame d'Australie, rapporte qu'environ 80 % des enfants de 9 et 10 ans d'une classe sud-africaine qu'elle a étudiée savaient lire une phrase à la perfection, sans toutefois en comprendre le sens.

L'enseignement dans la langue locale semble porter ses fruits. Une étude menée en Afrique du Sud en 2024 a montré que les enfants qui consacraient leurs efforts à apprendre à lire dans leur langue maternelle obtenaient également de meilleurs résultats en lecture dans une langue internationale. À l'inverse, les élèves les plus en difficulté, qui se concentraient sur la langue internationale, lisaient moins bien dans leur langue maternelle. Au Sénégal, les dernières initiatives semblent elles aussi avoir amélioré les résultats en lecture. Pourtant, les précédents programmes d'enseignement en langue locale financés par la Banque mondiale et l'USAID y ont rencontré des difficultés, notamment parce que les parents déploraient la mauvaise qualité des manuels, comparés à ceux utilisés dans les classes francophones.

Reste une question sensible : quelle langue locale enseigner, alors qu'il en existe tant en Afrique ? Le Sénégal, par exemple, reconnaît six langues nationales dans sa Constitution, auxquelles s'ajoute le français, langue officielle. Mais le pays compte au moins 30 langues au total. Les statistiques linguistiques sont anciennes et incomplètes, explique Fiona McLaughlin, de l'université de Floride. Privilégier une langue au détriment des autres peut aussi être politiquement délicat. Selon elle, le wolof est la première langue d'environ 40 % des Sénégalais, mais 90 % de la population le parle. Son expansion et son statut de langue véhiculaire à Dakar suscitent toutefois des craintes de « wolofisation », notamment dans le sud chrétien, où beaucoup associent cette langue à l'islam.

Pour rassurer les populations, les autorités sénégalaises décident, école par école, quelle langue recommander. Les établissements disposent d'une certaine souplesse, explique Mamadou Ly, qui dirige Associates in Research and Education for Development, l'une des organisations chargées de mettre en œuvre le programme. Ainsi, dans une région à dominante pulaar, les enfants des villages majoritairement soninkés seront scolarisés en soninké. Dans un cas précis, une école avait commencé par enseigner en wolof, mais, au bout de deux ans, certains parents ont souhaité que leurs enfants soient scolarisés en pulaar. L'école a alors scindé la classe pour pouvoir enseigner dans les deux langues.

Le principal défi reste peut-être de rassurer les parents : l'enseignement en langue locale ne doit pas prendre la place de celui en anglais, en français ou en portugais. Les langues des anciennes puissances coloniales dominent toujours le droit, la politique et les affaires. Elles demeurent donc indispensables à la réussite. Le Sénégal a choisi une transition progressive : au début de leur scolarité, les enfants reçoivent 80 % de leur enseignement dans la langue nationale de leur choix et 20 % en français. À 12 ans, les proportions s'inversent. « Les enfants doivent être ancrés dans leur culture, mais aussi ouverts sur le monde », explique M. Ly.

Source : The Economist

mardi 3 novembre 2026

Pailles en papier : contrairement aux idées reçues, elles polluent plus que celles en plastique

Présentées comme l'alternative écologique au plastique, les pailles en papier ne seraient finalement pas meilleures pour l'environnement. C'est la conclusion d'une étude commandée par le ministère sud-coréen du Climat, de l'Énergie et de l'Environnement, rendue publique en octobre 2026, qui remet en question l'efficacité du remplacement systématique du plastique par le papier.

Les chercheurs ont comparé quatre types de pailles — plastique conventionnel, papier, plastique biodégradable et polyéthylène biosourcé (fabriqué à partir de matières végétales) — sur l'ensemble de leur cycle de vie, de la production des matières premières à l'élimination, en examinant 16 catégories d'impacts environnementaux.

Le résultat est sans ambiguïté : le plastique conventionnel présente le bilan le plus favorable dans 10 des 16 catégories étudiées, devant le papier notamment en matière de changement climatique, d'acidification, de pollution aux particules fines et de toxicité humaine.

Les écarts sont parfois importants. L'indicateur d'impact cancérogène du cycle de vie des pailles en papier est 6,33 fois supérieur à celui du plastique ; leur contribution à l'acidification, 2,04 fois plus élevée. Ces chiffres ne signifient évidemment pas que boire avec une paille en papier multiplie par six le risque de cancer : ils mesurent des impacts potentiels liés aux émissions générées par la fabrication et l'élimination du produit.

Le constat ne s'arrête pas au papier : les pailles biodégradables et biosourcées affichent elles aussi des résultats moins favorables que le plastique conventionnel dans plusieurs catégories. Utiliser une matière végétale ou présentée comme biodégradable ne garantit donc pas un meilleur bilan environnemental.

Le papier n'est pas automatiquement plus écologique que le plastique

Ce résultat s'explique : l'impact d'un produit ne se résume pas à la nature de sa matière première. Fabriquer du papier exige de l'eau, de l'énergie et de nombreux procédés industriels ; certaines pailles comportent en outre des colles et des revêtements pour les rendre résistantes aux liquides.

L'étude met à mal une autre idée reçue : la facilité de recyclage. En pratique, la petite taille des pailles complique leur séparation dans les centres de tri, et leurs revêtements et adhésifs peuvent empêcher tout recyclage. Elles ne bénéficient donc pas de l'avantage environnemental que leur réputation laisse supposer.

Cela ne fait pas du plastique un matériau inoffensif : sa persistance dans l'environnement, sa fragmentation en microplastiques et la pollution des milieux aquatiques sont des problèmes bien réels. Mais ces nuisances ne suffisent pas à faire du papier un meilleur choix sur l'ensemble des critères.

La véritable solution : consommer moins de produits jetables

La conclusion des chercheurs est pragmatique : plutôt que d'imposer le remplacement d'un matériau par un autre, les établissements devraient cesser de distribuer automatiquement des pailles jetables et ne les proposer qu'aux clients qui en font la demande.

Cette étude rappelle une réalité trop souvent oubliée des politiques environnementales : remplacer un produit par un autre parce que son matériau semble plus « vert » n'est pas nécessairement un progrès écologique. Dans cette étude, c'est le plastique conventionnel qui présente le meilleur bilan dans la majorité des catégories examinées.

Source : The Korea Herald, « 'Eco-friendly' paper straws worse for environment than plastic: study », 22 octobre 2026.


Angleterre — « Khan » devrait détrôner « Smith » comme nom de famille le plus courant parmi les nouveau-nés

Selon une analyse des données de l'Office national de la statistique (ONS) pour l'Angleterre et le pays de Galles publiée par le Telegraph de Londres, les noms de famille traditionnels connaissent un net recul.

« Khan » devrait remplacer « Smith » comme nom de famille le plus donné aux nouveau-nés dès l'année prochaine, selon cette analyse des données officielles.

« Smith » serait le nom de famille le plus répandu en Angleterre depuis des siècles, mais sa fréquence baisse depuis trente ans. « Khan », un nom traditionnellement musulman, est sur le point de le dépasser en 2027, sa popularité ayant plus que doublé au cours des trente dernières années.

En 2025, 4 102 bébés ont reçu le nom de famille « Smith » en Angleterre et au pays de Galles. « Khan » arrivait en deuxième position, avec 3 772 bébés.

Toutefois, la baisse moyenne annuelle de 4 % de la popularité de « Smith » au cours de la dernière décennie, conjuguée à la hausse moyenne annuelle de 1,9 % de celle de « Khan », laisse penser que « Smith » perdra sa première place dès 2027.

« Muhammad » est aussi le prénom le plus courant chez les garçons nés en Angleterre.

Nuni Jorgensen, chercheuse à l'Observatoire des migrations de l'université d'Oxford, explique que cette tendance traduit l'effet de l'immigration, « Khan » étant un nom de famille répandu en Asie du Sud.

« L'immigration en provenance d'Asie du Sud vers le Royaume-Uni a augmenté ces dernières années, surtout depuis 2021 », indique-t-elle.

« Ensuite, les taux de fécondité influencent le nombre de naissances selon les origines. Récemment, les femmes nées au Royaume-Uni ont eu moins d'enfants ; les mères migrantes de ces régions représentent donc une part plus grande des naissances.

« Enfin, certaines communautés partagent un nombre plus restreint de noms de famille, ce qui rend chacun d'eux plus fréquent, même si nous ne disposons pas de données fiables permettant de déterminer dans quelle mesure cela s'applique aux noms Khan et Smith. »

Les nouveaux chiffres de l'Office national de la statistique (ONS) montrent également un net recul des noms de famille d'origine britannique traditionnelle au cours des trois dernières décennies.

En 1996, les dix noms figurant en tête du classement étaient tous d'origine britannique bien établie, Smith, Jones et Williams occupant les trois premières places.

En 2025, seuls trois noms d'origine britannique devraient encore figurer parmi les dix premiers, tandis que Khan, Ahmed, Singh et Hussain auront fait leur entrée dans ce classement, reflétant la forte hausse de l'immigration en provenance d'Asie du Sud.

C'est Ibrahim qui a connu la plus forte progression dans le classement, passant de la 635ᵉ place en 1996 à la 73ᵉ l'an dernier.

À l'inverse, des noms de famille britanniques autrefois populaires ont fortement reculé. C'est notamment le cas de Long, en baisse de 55 % depuis 1996, de Potter (-54 %), de Carr (-52 %) et de Hammond (-52 %).

Ces évolutions reflètent le « changement démographique sans précédent » qu'a connu la Grande-Bretagne en quelques décennies à peine, selon Rob Bates, directeur de recherche au Centre for Migration Control et critique des politiques migratoires des gouvernements successifs.

« Il s'agit d'un changement imposé au pays sans mandat démocratique, résultant de l'incapacité des gouvernements successifs à respecter les souhaits de la population britannique et à réduire l'immigration », affirme-t-il.

Le remplacement éventuel de « Smith » comme nom de famille le plus courant marquerait l'inversion d'une tendance qui perdure depuis des siècles.

En 1853, on estimait à 253 600 le nombre de personnes portant ce nom, alors le plus courant en Angleterre, devant Jones et Williams.

Bien que l'ONS ne publie pas d'estimations du nombre total de personnes portant un nom de famille donné, « Smith » devrait rester le nom de famille le plus répandu pendant encore plusieurs années, puisque les personnes qui le portent sont actuellement bien plus nombreuses que celles portant le nom « Khan ».

En 1996, on comptait 5 464 bébés portant le nom de famille « Smith » de plus que de bébés portant celui de « Khan ». En 2025, cet écart n'était plus que de 330.

Le nombre de bébés portant le nom de famille Smith a diminué de 44 %, celui des Jones de 43 % et celui des Williams de 41 %.

La période écoulée depuis 1996 a été marquée non seulement par une forte hausse de l'immigration en provenance d'Asie du Sud, mais aussi par une baisse de la natalité chez les mères nées au Royaume-Uni.

En 2001, les personnes d'origine asiatique ne représentaient que 4,4 % de la population. Cette proportion est passée à 7,5 % en 2011, puis à 9,3 % en 2021, selon les données des recensements.

Depuis 2008, le nombre de bébés nés de mères nées en Grande-Bretagne a diminué de 29 %, tandis que celui des bébés nés de mères nées à l'étranger a augmenté de 18 %. Cette dernière hausse comprend une augmentation de 41 % du nombre de naissances chez les mères nées en Asie et au Moyen-Orient.

L'évolution des origines des noms de famille s'inscrit dans le prolongement des tendances récentes concernant les prénoms.

En 2023, Muhammad est devenu pour la première fois le prénom masculin le plus donné en Angleterre et au pays de Galles, selon l'ONS, avec plus de 4 600 bébés enregistrés sous ce prénom. D'autres graphies de ce prénom, notamment Mohammed et Mohammad, figuraient également parmi les cent premiers.

Ce prénom est resté en tête du classement en 2024 et en 2025.

lundi 2 novembre 2026

En 1968, des étudiants flamands ont fait tomber le gouvernement belge

Une université fondée en 1425

Les ducs de Brabant sont à l'origine de la fondation de l'université de Louvain en 1425, confirmée par une bulle pontificale de Martin V. Supprimée sous l'empereur d'Autriche Joseph II, fermée sous le régime français en 1797, une nouvelle université catholique est fondée en 1834.

Pendant plus d'un siècle, tous les cours y sont donnés en deux langues, en néerlandais et en français, dans la même ville, dans les mêmes bâtiments.

L'affaire de Louvain 

Le slogan circule depuis le début des années 60 : « Walen buiten », les Wallons dehors (les Wallons étaient en fait minoritaires parmi les étudiants francophones). Avec ses variantes : « Leuven Vlaams » (Louvain flamand) et le plus brutal « Waalse ratten, rol uw matten », rats wallons, pliez bagage.

Chronologie:

13 mai 1966 : un mandement solennel des évêques proclame que l'université restera unie en terre louvaniste. Ce texte cristallise la crise du côté flamand.

Novembre 1967 à mars 1968 : la crise secoue le pays. Les étudiants flamands défilent par milliers.

7 février 1968 : le gouvernement du Premier ministre Vanden Boeynants tombe sur l'affaire de Louvain, après l'interpellation du député Jan Verroken, resté dans l'histoire comme « le tombeur de Louvain ».

24 juin 1968 : le nouveau Premier ministre Gaston Eyskens officialise la scission de l'université dans sa déclaration gouvernementale.

18 septembre 1968 : le plan de transfert de la section francophone est approuvé. En 1970, une loi crée formellement deux universités distinctes.

Plusieurs acteurs de l'époque ont toujours soutenu que derrière le « Walen buiten » il y avait aussi un « bourgeois buiten » (bourgeois dehors!), une révolte sociale contre une bourgeoisie francophone de Louvain, dans le climat de 1968. Les deux lectures coexistent.

Ce que cela a coûté à la Belgique

L'affaire de Louvain n'a pas seulement déplacé une université, elle a cassé les partis politiques belges:

  • 1968-1969 : le parti social chrétien se scinde en deux partis distincts, le PSC francophone et le CVP néerlandophone.
  • 1971-1972 : les libéraux suivent, avec le PLP francophone et le PVV néerlandophone.
  • 1978 : les socialistes se séparent à leur tour, en PS francophone et en aile flamande, qui prend le nom de SP en 1980.
  • 1968 également : le Rassemblement Wallon est créé dans la foulée.

Le 18 février 1970, Gaston Eyskens prononce au Parlement la phrase qui résume tout : l'État unitaire est dépassé par les faits. C'est la première réforme de l'État. Suivront cinq autres réformes, jusqu'à ce que la Belgique devienne officiellement fédérale en 1993.

Depuis lors, les trois grandes familles politiques traditionnelles n'ont plus de parti unitaire à l'échelle nationale. Le PTB (parti de gauche radicale) fait aujourd'hui exception.

Louvain-la-Neuve, née dans un champ

Les francophones doivent partir. Ils achètent des terres agricoles sur la commune d'Ottignies, en Brabant wallon, à 25 km à vol d'oiseau de Louvain. Ils y bâtissent une ville à partir de rien : Louvain-la-Neuve.

Première pierre posée en 1971, premiers étudiants en octobre 1972, alors que ce n'est encore qu'un chantier. En 1973, 676 personnes seulement y logeaient.

C'est la seule ville nouvelle créée en Belgique depuis la fondation de Charleroi en 1666. Aujourd'hui, environ 11.000 habitants domiciliés y vivent aux côtés de plus de 20.000 étudiants.

L'UCLouvain (Université catholique de Louvain) a fêté ses 600 ans en 2025 et compte près de 40.000 étudiants sur sept campus. La faculté de médecine, elle, était partie à Woluwe-Saint-Lambert, à l'est de l'agglomération bruxelloise, à environ 30 km par la route de Louvain-la-Neuve. 

Et Louvain (la vieille) aujourd'hui ?

  • 105.233 habitants au 1er janvier 2026, pour environ 60.000 étudiants, dont 45.000 à la KU Leuven (université catholique de Louvain en néerlandais). 42.000 louent un chambre (un «kot») sur place, la proportion la plus élevée de toutes les villes étudiantes flamandes. Un étudiant sur cinq est international.
  •  La KU Leuven est 46e au classement mondial du Times Higher Education 2026.
  •  Le siège mondial d'AB InBev, la maison de la Stella Artois, est toujours à Louvain.
  • Le centre de recherche imec y rassemble 3.500 chercheurs de plus de 70 nationalités, et la région compte plus de 300 entreprises technologiques et environ 140 issues de l'université et d'imec.
  • Louvain sera Capitale européenne de la Culture en 2030.
  • 23.703 de ses habitants ont une nationalité étrangère, 159 nationalités y sont représentées.

Le nouvel adversaire linguistique à Louvain : l'anglais et non plus le français

Voilà le vrai retournement. Soixante ans après avoir chassé le français de ses amphithéâtres, Louvain mène le même genre de bataille, mais contre l'anglais.

Le Code de l'enseignement supérieur impose le néerlandais comme langue d'enseignement en Flandre. Les universités ne peuvent proposer qu'une part réduite de licences [baccalauréats au Québec] en anglais, chaque maîtrise anglophone doit avoir son équivalent néerlandophone, et un professeur étranger doit atteindre le niveau B2 en néerlandais en cinq ans.

Conséquence concrète : la KU Leuven demande régulièrement de pouvoir supprimer certaines maîtrises néerlandophones devenus quasi vides pour ne garder que la version anglaise, en ingénierie, en intelligence artificielle, en physique, en nanosciences. Et le gouvernement flamand refuse, année après année.

Dans une filière d'ingénieur civil, presque tous les étudiants choisissent spontanément la variante anglaise.

La ville qui s'est battue pour étudier dans sa langue se bat aujourd'hui pour ne pas la perdre, et cette fois ce ne sont plus des francophones qu'elle a en face d'elle, mais le marché mondial de la recherche.

Qui dirige Louvain en 2026 ?

Le bourgmestre est Mohamed Ridouani, socialiste flamand (Vooruit), en poste depuis janvier 2019 et réélu pour un second mandat. Né à Louvain dans une famille venue du Maroc, il est entré en politique locale en 2007 après une carrière en entreprise. C'est le premier bourgmestre d'une grande ville belge issu de l'immigration.

Soixante ans après le « Walen buiten », la ville a donc élu un bourgmestre du nom de Mohamed. L'histoire a de l'humour.

Les chiffres du scrutin d'octobre 2024 :

  • Vooruit (socialiste) réalise un score massif, 41,7 % des voix, loin devant tous les autres.
  • La N-VA (centre-droit) reste la deuxième force avec près de 20 % et 10 sièges sur 47.
  • Le parti libéral (droite économique) local s'effondre à 2,5 % et disparaît purement et simplement du conseil communal.
  • Groen (les écologistes) perd lourdement, le CD&V (les démocrates chrétiens, centre gauche) se maintient.
Ridouani a écarté d'emblée toute coalition de gauche avec la N-VA et a reconduit son attelage sortant : Vooruit, CD&V et Groen, soit 35 sièges sur 47. Vooruit garde le maïorat et 5 échevins, le CD&V et Groen en obtiennent 2 chacun. Le chef de file de la N-VA, Zeger Debyser, a résumé sa déception d'une formule : plus de Mo, c'est surtout plus de la même chose.

Les électeurs, eux, ont tranché très largement. Le débat porte donc sur la gestion, pas sur le verdict des urnes.

Le revers de la médaille

La réussite a un prix, et il se paie sur le logement. Le plan 2026-2031 prévoit 426 millions d'euros de nouveaux investissements, sans hausse de l'impôt des personnes ni du précompte immobilier (impôt foncier), mais avec une facture plus lourde pour les entreprises, les propriétaires et les touristes, et une taxe sur les kots (chambres d'étudiants) en hausse.

La ville vise 8.000 logements supplémentaires d'ici 2040, dont 40 % sociaux ou à loyer encadré. 80 millions partent dans une nouvelle salle des arts de la scène, 90 millions dans l'entretien des voiries et trottoirs, et la ville compte sur 48 millions de recettes issues de la vente de ses propres bâtiments. L'opposition dénonce une opération de communication et pointe un endettement qui grimpe.

Source (adaptée) : Mitra De Kempeneer

dimanche 1 novembre 2026

Comment le culte du « moi » a changé l’Occident. (Avec Jérôme Fourquet et Ruben Rabinovitch)

 

Sommes-nous devenus plus libres, mais aussi plus seuls ? En quelques décennies, notre rapport à la famille, à l'amour, à la religion, à l'autorité et à la sexualité a profondément changé. Une véritable révolution anthropologique qui transforme nos sociétés occidentales.

Dans ce Grand Entretien, Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l'Ifop, et Ruben Rabinovitch, psychologue clinicien et psychanalyste, présentent leur ouvrage Homo occidentalis. Que sommes-nous devenus ? (Éditions du Seuil).

Déclin du mariage, chute de la natalité, individualisme, nouvelles angoisses, crise de l'autorité et disparition des repères traditionnels : les deux auteurs décryptent les grandes mutations de l'homme occidental et leurs conséquences sur notre manière de vivre ensemble.

00:00 – Introduction : sommes-nous devenus les héros de notre propre vie ? 
01:17 – Homo occidentalis : qui est ce nouvel individu occidental ? 
02:17 – De la religion à l'individualisme : une révolution psychologique 
06:42 – La disparition du sacré et des rites autour de la mort 
10:06 – Le bonheur à tout prix : pourquoi sommes-nous plus dépressifs ? 
14:17 – Les psychologues sont-ils devenus les nouveaux confesseurs ? 
17:34 – Mariage, couple et amour : pourquoi nos relations sont-elles plus fragiles ? 
25:39 – Chute de la natalité : pourquoi faisons-nous moins d'enfants ? 
29:29 – Les animaux de compagnie remplacent-ils les enfants ? 
31:41 – Sexualité : pourquoi les jeunes font-ils moins l'amour ? 
34:32 – Contestation lycéenne : la crise de l'autorité 
38:15 – Du père autoritaire au père infantilisé 
43:54 – De l'enfant roi au client roi : le règne de l'individualisme 
45:57 – Famille, transmission et générations : la fin du devoir ? 
51:57 – IVG : comment les mentalités ont-elles basculé ? 
56:40 – Peut-on encore revenir en arrière ? 
59:30 – Baptêmes, traditions et retour des valeurs anciennes 
1:01:59 – L'homme occidental est-il voué à disparaître ?

samedi 31 octobre 2026

Il faut rompre avec la massification universitaire pour renouer avec les métiers de la main

Un texte de Joachim Le Floch-Imad et Mathias Girard paru dans le Figaro. Joachim Le Floch-Imad est enseignant et auteur, aux Éditions du Cerf, de « Main basse sur l’éducation nationale. Enquête sur un suicide assisté » (2025, réédité fin août 2026 dans une version revue et augmentée). Mathias Girard est diplômé de Sciences Po Paris et de la Sorbonne, il dirige les affaires publiques d’une organisation professionnelle dans l’industrie. 


[...]

Alors que le baccalauréat a perdu de sa valeur certificative, que le nombre d’étudiants a décuplé depuis les années 1960 et que notre enseignement supérieur est devenu l’un des plus ouverts au monde, avec un taux d’acceptation en premier cycle de 95 %, contre 40 % en Suède et en Finlande, on a fait croire aux Français que l’élévation du niveau de qualification passait nécessairement par l’allongement des études générales. On a ainsi entretenu l’illusion qu’il était possible d’abolir la sélection, faisant fi de l’avertissement de bon sens lancé par Georges Pompidou en 1974 : «Si l’université n’organise pas la sélection, la vie s’en chargera. » Force est de constater que ses craintes se sont vérifiées.

Les amphithéâtres sont surchargés et l’échec en premier cycle atteint des proportions alarmantes : à peine un néobachelier sur deux en première année de licence accède à la deuxième année et seuls 36% des étudiants décrochent leur diplôme en trois ans, contre 69% au Royaume-Uni selon L’OCDE. Redoublements, réorientations et abandons se multiplient, à un coût que la Cour des comptes évalue à plus d’un demi-milliard d’euros par an. Même obtenu, le diplôme ne garantit plus une insertion professionnelle réussie, nourrissant les frustrations de jeunes qui, après avoir coché toutes les cases, peinent à trouver un emploi à la hauteur de leur qualification [théorique]. Le mal est tel que le taux de chômage des jeunes Français, l’un des plus élevés d’europe, s’établit désormais à 21,6 %.

Une telle dilapidation du potentiel de notre jeunesse est d’autant plus insupportable que nombre de métiers techniques et manuels peinent à recruter. Pourtant essentielles au rebond productif sans lequel la France ne retrouvera ni sa prospérité ni sa souveraineté, les voies qui y conduisent ont été reléguées au bas de la hiérarchie scolaire, victimes de notre incapacité à reconnaître la diversité des intelligences et de la conviction tenace que la réussite ne saurait être qu’académique. Il y va particulièrement des métiers de l’industrie, pour lesquels France Travail recensait en 2025 environ 5 000 projets de recrutement de soudeurs et 6 000 dans la chaudronnerie et la tôlerie, les employeurs anticipant des difficultés à trouver des candidats dans respectivement 71 % et 80 % des cas. Dans la chimie, on ne compte qu’un professionnel formé aux métiers d’opérateur de fabrication et de conducteur d’équipement pour quatre projets de recrutement. De même, alors que la France entend relancer sa filière nucléaire et maintenir son avance dans l’aéronautique ou le spatial, on comptait, en 2025, plus de 215 000 projets de recrutement dans l’industrie dont plus de la moitié étaient anticipés comme difficiles à réaliser par les employeurs. Le constat vaut également pour de nombreux métiers de l’agriculture, de l’artisanat, de la restauration et du bâtiment, trop souvent injustement dévalorisés, alors même que les rémunérations sont souvent plus élevées qu’on ne l’imagine et que les besoins de main-d’œuvre qualifiée sont considérables dans des professions comme celles de couvreur, charpentier, plombier, électricien, conducteur d’engins agricoles, boucher ou cuisinier.

Il ne s’agit bien sûr ni de substituer à la sacralisation de l’enseignement supérieur général celle de la voie technique, ni de renoncer à l’ambition de soutenir l’excellence de la recherche fondamentale à l’université. Il est temps, en revanche, de revaloriser les métiers de la main et de les reconnaître pour ce qu’ils ont de noble et de beau. Essentiels à notre redressement productif, ces métiers peuvent aussi contribuer à réduire les fractures sociales et territoriales, en permettant aux jeunes Français de construire leur avenir professionnel là où ils ont grandi.

L’urgence d’un changement de modèle et de regard est d’autant plus grande qu’à mesure que l’intelligence artificielle bouleversera nombre de professions de cols blancs, ces métiers pourraient bien apparaître comme des valeurs refuges, dont l’utilité et les savoir-faire demeureront difficilement substituables. La génération Z semble l’avoir compris. Selon une étude Linkedin-Censuswide, 63 % des 18-28 ans disent préférer une carrière « sur le terrain » à un emploi de bureau et 65 % estiment que les métiers techniques et manuels offrent davantage de sens. Au politique, désormais, de prendre ses responsabilités pour rompre avec un statu quo intenable et inique. Cela suppose de refaire de l’enseignement technique et de l’apprentissage des voies d’excellence, de réhabiliter à tous les échelons l’idée honnie de sélection et de cesser d’enfermer, dès le collège unique, nos élèves dans un même moule généraliste. Il faut en outre faire découvrir plus tôt aux élèves les métiers qui permettent de faire et d’agir sur le monde et leur proposer des parcours différenciés, à l’image de nos voisins suisses et allemands, dont les résultats en matière d’emploi des jeunes sont autrement plus enviables que les nôtres. À condition bien sûr de multiplier les passerelles entre les voies générales et techniques, afin qu’une orientation précoce ne devienne jamais une assignation définitive.

Il importe enfin d’inscrire l’orientation dans une véritable démarche de planification, passant notamment par une loi de programmation déclinée par bassin d’emploi, qui anticipe les besoins en compétences, les investissements de demain et les réalités des territoires. Seule une programmation pluriannuelle des formations, construite avec les établissements, les régions et les branches professionnelles, permettra de rapprocher les perspectives d’emploi des capacités d’accueil de l’enseignement supérieur et donc de proposer une alternative à l’actuelle massification. L’ampleur d’un tel chantier exige une volonté politique forte, le sens de l’intérêt général et une continuité dans l’action qui dépassent l’horizon d’une consultation ou d’un changement de plateforme. Il y va de l’avenir de notre jeunesse qui mérite mieux que le court-termisme ambiant et les postures démagogiques des uns et des autres. 

Source: Le Figaro

mercredi 28 octobre 2026

La plus petite école de France

Six élèves et deux institutrices


Lundi 5 octobre, 8 h 20. À l’heure où les lycées de France s’embrasent, une (toute) petite école de haute mon­tagne s’apprête à ouvrir ses portes dans la joie et la bonne humeur. Nous sommes à La Gur­raz, char­mant vil­lage savoyard de 35 âmes, rat­ta­ché à la com­mune de Vil­la­ro­ger (Taren­taise). En ce jour enso­leillé d’automne, le cadre a des airs de carte pos­tale, et l’atmo­sphère res­semble à celle d’une publi­cité d’antan. Dans l’étroite cour de récréa­tion grilla­gée, sous le regard bien­veillant de Syl­vie, direc­trice et ins­ti­tu­trice de l’unique classe de l’école, Guer­lain, 6 ans, joue avec Hugo, 9 ans, et sa petite soeur Gaëlle, 4 ans. Le trio est arrivé quelques minutes plus tôt du hameau voi­sin de La Savi­naz [le z final est muet dans les noms savoyards, en dialecte cela indique que le a porte l'accent tonique], dans une fourgonnette de la mai­rie conduit par Mireille, l’une des deux institutrices. Ils sont rapi­de­ment rejoints par leurs cama­rades de La Gur­raz : Lisa et Élina, deux cou­sines de 11 ans, et Charly, 9 ans. L’effec­tif étant au com­plet, il est temps de ren­trer en classe. C’est dans cette pièce aux murs tapis­sés de lettres majus­cules et minus­cules, de pla­ni­sphères et de des­sins que le cinéaste Pas­cal Plis­son a posé ses camé­ras deux ans plus tôt pour réa­li­ser, sur une année sco­laire, son docu­men­taire Ma toute petite école. De retour sur son « pla­teau », le réa­li­sa­teur, césa­risé en 2014 pour l’inou­bliable Sur le che­min de l’école, explique ce qui l’a mené jusqu’à ce coin reculé de France. « Ayant l’inten­tion de tour­ner un film sur nos écoles rurales, j’ai ren­con­tré Alain Emprin, le maire de Vil­la­ro­ger. Lorsqu’il m’a parlé de La Gur­raz, son petit village coincé entre deux couloirs d’ava­lanche, et de ses habitants qui se bat­taient pour main­te­nir leur école ouverte, j’ai immé­dia­te­ment trouvé leur com­bat pas­sion­nant et voulu mettre un coup de pro­jec­teur sur cette réa­lité. »





3 300 CLASSES UNIQUES

Ici, les récréa­tions se font au bon air de la mon­tagne.

À la ren­trée 2025, on dénom­brait 3 300 écoles publiques à classe unique en France (soit 8 % des écoles publiques). Si beau­coup sont mena­cées de fer­me­ture, celle de La Gur­raz sur­vit, pour l’ins­tant, grâce à l’enga­ge­ment du maire, qui a demandé la créa­tion d’un « poste à pro­fil ». Ce type de poste néces­site des com­pé­tences ou des apti­tudes par­ti­cu­lières (par­ler un patois, par exemple), com­porte des mis­sions spé­ci­fiques (comme l’ensei­gne­ment dans une classe mul­ti­ni­veau) ou peut être lié à un contexte géo­gra­phique par­ti­cu­lier (des zones recu­lées comme les îles bre­tonnes ou les vil­lages d’alti­tude). Un sta­tut qui a per­mis à Syl­vie de décro­cher son poste. « J’étais ins­ti­tu­trice dans la ZEP d’un quar­tier chaud d’Orléans et rêvais depuis dix ans de m’ins­tal­ler à la mon­tagne, raconte-t-elle. Mais je par­tais avec deux han­di­caps puisque je vou­lais quit­ter un dépar­te­ment défi­ci­taire, le Loi­ret, pour rejoindre les ter­ri­toires de mon­tagne qui attirent, eux, beau­coup d’ensei­gnants. »

Son expé­rience d’ins­ti­tu­trice dans une classe à plu­sieurs niveaux, sa moti­va­tion et son contact humain lui ont per­mis d’être rete­nue parmi les 200 per­sonnes ayant pré­senté une can­di­da­ture spon­ta­née et de faire le bon­heur de tout un vil­lage. « C’est une perle ! » assure la grand-mère de Guer­lain, qui a usé ses galoches, quelques décen­nies plus tôt, dans la même cour.

Hugo a beau être en CM1 [9-10 ans], son tra­vail est sou­vent asso­cié à celui des filles de CM2 [10-11 ans].

“La classe mul­ti­ni­veau favo­rise l’entraide, l’auto­no­mie, le res­pect des autres et la sti­mu­la­tion, car les enfants ont tou­jours une oreille qui traîne”

Dans sa classe, Syl­vie joue les chefs d’orchestre avec autant de maî­trise que de plai­sir. Pen­dant que Nadine, l’Atsem du matin, veille sur les tra­vaux de pein­ture de la petite Gaëlle, et que son chien Azur déam­bule entre les tables, la maî­tresse lance Guer­lain sur l’appren­tis­sage d’un nou­veau son, le « che », avant de s’atte­ler à la dic­tée des trois grands. Si la classe mul­ti­ni­veau impose à l’ensei­gnante de jon­gler en per­ma­nence entre consignes et cor­rec­tions, cela semble cor­res­pondre à sa sou­plesse men­tale, son tem­pé­ra­ment dyna­mique et sa vision de l’ensei­gne­ment. « Chez les enfants, ce sys­tème favo­rise l’entraide, l’auto­no­mie, le res­pect des autres et la sti­mu­la­tion, car ils ont tou­jours une oreille qui traîne. Pour les pro­fes­seurs – en tout cas pour moi –, c’est plus de pré­pa­ra­tion en amont mais, une fois en classe, c’est exal­tant. Les dif­fé­rents niveaux ne m’effraient pas parce qu’en ZEP, sur 26 élèves de CE2, j’avais bien 10 niveaux dif­fé­rents, entre ceux qui ne maî­tri­saient pas le français et ceux qui ne savaient pas lire cor­rec­te­ment. Ici, on peut être sûr qu’ils partent tous au col­lège en sachant lire et écrire. »

MENACÉE DE FERMETURE

Il n’y a qu’à voir le niveau de lec­ture de Guer­lain, début octobre, pour com­prendre qu’il saura déchif­frer un livre entier avant même que ne soit affiné le per­sillé de Tignes que pro­duit sa mère, l’ancienne cham­pionne de ski Ané­mone Mar­mot­tan. Mais si la pro­fes­seur des écoles (rému­né­rée 3 000 euros net à sa trente-cin­quième année d’ensei­gne­ment – avec une prime de base pour la direc­tion de 247 euros brut) peut effec­tuer avec chaque enfant un tra­vail per­son­nel, elle a bien conscience que c’est grâce au nombre très res­treint d’élèves dont elle a la charge. L’année de tour­nage du film de Pas­cal Plis­son, ils étaient huit. Mais avec le départ de cer­tains au col­lège de Bourg-Saint-Mau­rice et l’absence d’Élona et Aron, par­tis faire le tour du monde avec leurs parents dès la fin de la der­nière sai­son de ski, ils ne sont que six mal­gré l’arri­vée des petits. Les effec­tifs des années à venir occupent alors toute l’atten­tion de la maî­tresse et du maire. Ce der­nier espère avoir trouvé une solu­tion : « Le loge­ment étant un vrai pro­blème dans notre région, j’ai pro­posé de trans­for­mer l’ancien pres­by­tère en appar­te­ments pour ins­tal­ler, dès la ren­trée 2028, des familles qui s’enga­ge­raient à sco­la­ri­ser leurs enfants au sein du vil­lage. » En atten­dant, la classe pourra comp­ter sur l’arri­vée d’Alix, le petit frère de Guer­lain, dont le faire-part de nais­sance a été affi­ché sur le tableau de liège comme un trom­bi­no­scope de la relève. Mais si l’effec­tif passe un jour à trois, Syl­vie com­pren­dra que les parents fassent le choix de sco­la­ri­ser leurs reje­tons ailleurs. « Les enfants ont besoin d’un mini­mum de sti­mu­la­tion, et trois élèves, ce n’est pas assez », admet-elle. Vient l’heure de la pause repas. Quand les petits de La Gur­raz (ils pro­noncent La Gurre) rentrent déjeu­ner dans leurs cha­lets, ceux de La Savi­naz sortent leurs gamelles et par­tagent leur pique-nique sous la sur­veillance de Mireille. Pour Charly, aujourd’hui, c’est le moment de mon­ter en voi­ture. Il doit rejoindre Albert­ville (à 75 km de là !) afin d’hono­rer son ren­dez-vous annuel d’oph­tal­mo­lo­gie. Si les habi­tants des zones recu­lées ont l’habi­tude de ce genre de sacri­fice, ceux des vil­lages de mon­tagne savent en outre vivre en autar­cie lorsque les routes sont trop ennei­gées pour être déblayées. Mais pour l’heure, dans la classe, un seul être manque et tout est dépeu­plé. La visite des pen­sion­naires de l’Ehpad voi­sin tombe à pic. Elle a été orga­ni­sée par quelques béné­voles qui favo­risent les échanges entre les aînés et la jeune géné­ra­tion. La pré­sence de Pas­cal Plis­son oriente la conver­sa­tion sur le tour­nage et ses réper­cus­sions. Quand Guer­lain assure que voir le film lui « a rap­pelé (sa) jeu­nesse » (l’élève de CP n’était alors qu’en moyenne sec­tion), Lisa, qui rêve depuis tou­jours de deve­nir coif­feuse, explique qu’elle aime­rait désor­mais exer­cer ce métier sur un pla­teau de cinéma. Pour l’occa­sion, la classe a cui­siné deux gâteaux au yaourt. Une façon pour la maî­tresse de faire tra­vailler cha­cun : « Quand les CP sont char­gés de lire à voix haute la recette, les CM1 tra­vaillent les pro­por­tion­na­li­tés en conver­tis­sant les doses pour 4 per­sonnes en 8 ou 10 et les plus petits doivent mélan­ger sans faire débor­der la pré­pa­ra­tion du sala­dier », explique Syl­vie. Car tout ici est pro­pice à l’éveil, à l’appren­tis­sage et au déve­lop­pe­ment de l’auto­no­mie. À la période des sports d’hiver, lorsque les parents tra­vaillent d’arrache-pied dans les sta­tions voi­sines, il est fré­quent de voir des gamins de 5 ans se lever, s’habiller seuls et pré­pa­rer leurs petits déjeu­ners avant d’aller à l’école. À 16 h 30, lorsque la maî­tresse annonce la fin des cours, ils jouent dehors, qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il vente : 365 jours par an, la nature demeure leur ter­rain de jeu et d’explo­ra­tion.

UNE OUVERTURE SUR LE MONDE

Régu­liè­re­ment mis à contri­bu­tion par leurs familles pour don­ner un coup de main à la ferme ou à la mai­son, les enfants ont aussi la pos­si­bi­lité de s’ouvrir à d’autres envi­ron­ne­ments. Grâce aux ini­tia­tives de la maî­tresse et du maire, ils par­ti­cipent à des ren­contres spor­tives inter­écoles avec les autres éta­blis­se­ments de la région, et la mai­rie finance chaque année un voyage sco­laire : après Saint-Raphaël, Noir­mou­tier et Paris, la pro­chaine classe de décou­verte devrait s’orga­ni­ser dans la Val­lée d’Aoste. Loin de délais­ser ces écoles, le rec­to­rat ne manque jamais une occa­sion d’encou­ra­ger les pro­jets. « Je ne res­sens plus le poids de l’admi­nis­tra­tion, assure Syl­vie. Quand, hier, j’avais ten­dance à fuir les ins­pec­teurs, ici, j’ai leur por­table et peux les appe­ler à tous moments. J’ai beau être iso­lée, je me sens plus entou­rée et sou­te­nue qu’avant. » De quoi lais­ser col­lègues, élèves et parents rêveurs… Une toute petite école qui livre de grandes leçons.




Source : Figaro Magazine

lundi 26 octobre 2026

Radio-Canada : les jeunes «nés avec les changements climatiques» les mieux placés pour poursuivre le gouvernement

Après sept ans de procédures, quinze jeunes Canadiens âgés de 17 à 25 ans comparaissent enfin devant la Cour fédérale de Vancouver dans le procès historique La Rose c. Sa Majesté le Roi, première poursuite climatique fédérale menée par des jeunes au pays. Déposée en 2019, l'action allègue que l'inaction du gouvernement canadien face aux changements climatiques viole leurs droits constitutionnels à la vie, à la liberté et à la sécurité garantis par l'article 7 de la Charte. Les plaignants, venus de sept provinces et d'un territoire, y dénoncent une menace existentielle qu'ils subissent déjà de plein fouet et exigent qu'Ottawa mette en œuvre un plan de réduction des émissions conforme à la science. Le procès, qui s'ouvre alors que le premier ministre Mark Carney a aboli plusieurs mesures climatiques de ses prédécesseurs, s'inscrit dans un mouvement mondial croissant de litiges climatiques portés par la jeunesse, de l'Allemagne à la Corée du Sud.

Dans l'émission Midi Info de ce lundi 26 octobre, Alec Castonguay qui anime l'émission déclare qu'« il ne faut pas s'étonner que ce soient des jeunes qui lancent ces procédures ». Son collègue, Étienne Leblanc, abonde : « Non, pas du tout. Vous savez ces jeunes, sont venus au monde il y a moins de 20 ans, ou il y a 20 ans environ, grosso modo, au milieu des années 2000. Ces jeunes sont nés avec les changements climatiques. Dès leur naissance, il y avait des effets des changements climatiques. »

Voilà donc des jeunes qui n'ont jamais connu le climat d'il y a trente, quarante ou cinquante ans — on parle bien ici du climat, non de la météo de l'été dernier —, mais qui seraient pourtant les mieux placés pour parler de sa dégradation supposée. Leurs parents et leurs grands-parents, eux, qui ont connu les canicules des années 1980, la sécheresse historique de 1988 ou encore les hivers si doux et si peu enneigés qu'il fallut s'inquiéter du manque de neige aux Jeux olympiques de Calgary, n'auraient apparemment rien remarqué. Il faut croire que la mémoire climatique fonctionne à rebours : plus on a vécu de saisons, moins on serait qualifié pour en parler.

Ste Greta à Montréal en 2019 : alliance de l’écologisme hystérique, du mythe de l’amérindien écologiste, de l’anglais (pas un mot de français visible) et du féminisme

Mais ne posons surtout pas la question qui dérange : ces jeunes sont-ils nés avec les changements climatiques, ou avec la peur des changements climatiques ?

Élevés au rythme des collectes « pour sauver la planète », sensibilisés dès la maternelle, encouragés à manifester dans le sillage de Greta Thunberg, abreuvés de mises en garde toujours plus alarmantes par des médias rarement avares de catastrophisme, ils ont grandi dans un climat bien particulier : celui de l'angoisse climatique. Avant même d'être en âge de distinguer une tendance climatique d'un caprice de la météo, ils avaient déjà appris à redouter l'avenir de la planète.

À chaque génération, ses terreurs existentielles : l'apocalypse nucléaire pour les enfants de la guerre froide, le trou dans la couche d'ozone pour la génération suivante, la catastrophe climatique pour celle-ci. Les menaces ne sont pas nécessairement imaginaires ; leur omniprésence dans les esprits, elle, ne tombe pas du ciel. Elle se cultive, s'enseigne et s'entretient.

Non, « il ne faut pas s'étonner », comme le dit Alec Castonguay étant donné le climat scolaire et médiatique.

Quand un journaliste chevronné présente comme une évidence que des jeunes « nés avec les changements climatiques » seraient, de ce seul fait, particulièrement aptes à en témoigner, il ne fait pas œuvre d'analyse: il récite une leçon dont il n'a même pas songé à examiner les prémisses.

Quant à savoir pourquoi ce sont si souvent les moins de trente ans qui poursuivent l'État plutôt que leurs aînés, la réponse tient peut-être en un mot : l'école.

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Trappes : Radio-Canada a suivi le récit tant qu'il était politiquement utile, puis a détourné le regard

Le 23 octobre 2026, Kévin T. (ci-dessous lors d'une manifestation pro-palestinienne), 39 ans, ouvre le feu en rafales depuis sa voiture à Trappes et à La Verrière. Un homme est tué, plusieurs personnes sont blessées, dont une enfant de 12 ans. Emmanuel Macron se rend sur place et qualifie les faits d'« attentat terroriste raciste ». Le maire de Trappes, Ali Rabeh, parle d'un acte « à connotation raciste, probablement islamophobe ». Le Parquet national antiterroriste se saisit de l'affaire.

Radio-Canada publie le jour même un article qui reprend fidèlement ce cadrage, essentiellement basé sur des dépêches AFP. L'histoire colle au récit attendu : un auteur présumé, blanc, cible des personnes issues de l'immigration, probablement musulmanes, un président qui s'en mêle, une qualification terroriste qui élève le fait divers au rang de symbole politique. La couverture s'arrête là.

Dans les jours qui suivent, les éléments qui compliquent ce récit paraissent dans la presse française — mais pas sur le site de la Société Radio-Canada.

Kévin T. est diagnostiqué schizophrène et sous traitement. Les analyses toxicologiques révèlent la présence de cannabis et de cocaïne. Sa garde à vue est suspendue pour observation psychiatrique.
Selon Le Monde, il avait déclaré à son interpellation vouloir « venger les commerçants » en s'en prenant « aux Noirs et aux Arabes ».

Sa garde à vue est reprise le 26 octobre après un nouvel examen qui ne constate pas de décompensation aiguë. Ce jour-là, le procureur antiterroriste Olivier Christen indique que le suspect, s'il ne conteste pas la matérialité des faits, « conteste le caractère raciste de ses crimes ». Le parquet maintient pourtant la circonstance aggravante raciste. On ignore si Kévin T. a été confronté à ses premières déclarations, s'il s'en souvient, ni dans quel état il les a prononcées : le point presse ne l'a pas dit. 

Le profil antérieur du suspect est plus embrouillé que ne le laissait croire le premier récit. L'Association France Palestine Solidarité a confirmé qu'il avait participé à un événement public pro-palestinien en 2018, sans en être adhérent. Proches et sources proches du dossier évoquent un parcours à gauche avant une radicalisation raciste plus récente. 



Aucun tract politique n'a été découvert dans sa voiture (démentant de fausses informations initiales évoquant la présence de matériel militant). La perquisition de son domicile illustre la confusion de son parcours, puisque les enquêteurs y ont saisi un exemplaire de Mein Kampf, mais également une Bible et un Coran.

Autant d'éléments qui relativisent la figure commode d'un militant d'extrême droite pur et dur — et qui ne figurent nulle part dans la couverture de Radio-Canada qui n'est pas revenu sur cette affaire.


Enfin, la victime principale a un nom : Pengo Bossio Wangi, 26 ans, d'origine congolaise, combattant amateur de MMA. Sa sœur jumelle a dit qu'il était chrétien. Rapportée par Blast puis reprise par Le Parisien, cette précision n'a pas non plus trouvé sa place dans les colonnes de la SRC. Elle n'invalide pas le caractère raciste présumé de l'attaque — un tireur peut cibler sur la base d'une origine perçue —, mais elle complique l'étiquette « islamophobe » collée dans l'heure.

Radio-Canada n'est pas seule dans ce traitement sélectif. Nombre de médias ont d'abord relayé le cadrage officiel avant de se faire discrets lorsque la réalité psychiatrique, le passé militant et les précisions sur la victime sont apparus. Pour un service public qui se pose en référence en matière d'information, le silence depuis le 23 octobre n'en est que plus frappant. Il semble que l'histoire intéressait le diffuseur gouvernemental tant qu'elle confirmait un schéma mobilisateur. Dès qu'elle est devenue plus complexe, plus humaine et moins manichéenne, elle a cessé d'exister.

La violence reste la même. Les victimes aussi. Ce qui change, c'est l'instrumentalisation moins probable du récit.

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Maire d'extrême gauche d'origine malienne en faveur de l'interdiction de parole du Rassemblement national

Maire d'extrême gauche d'origine malienne en faveur de l'interdiction de parole du Rassemblement national

Conception particulière de la démocratie qui consiste à censurer son rival politique en déclarant que ses propos sont haineux et rrracistes :

Comme c'est commode.

On notera ses menaces contre les journalistes qui participent à la normalisation du racisme et à la montée du Rassemblement national (RN). « Ils seront lourdement sanctionnés, y compris dans les médias ».

Quelques instants plus tôt, toujours dans la nuance, ce maire, nommé Bally Bagayoko, avait soutenu que, pour le RN, les étrangers étaient responsables de tous les maux (voir le bandeau au bas de l'écran). Il s'agit là d'une caricature outrancière. C'est ainsi que le 20 juin 2025 (à l'émission Les Grandes Gueules), Marine Le Pen a déclaré : « Je n’ai pas de problème avec les étrangers qui viennent en France, qui y travaillent et qui respectent nos lois. En revanche, ceux qui viennent sans demander l’autorisation, et qui commettent des crimes et des délits, c’est simple, c’est dehors ! » Jordan Bardella, numéro 2 du RN, le 14 juin 2024 (BFMTV/RMC) : « Je veux rassurer tout le monde : nos compatriotes d’origine étrangère ou les personnes de nationalité étrangère présentes chez nous, qui travaillent, qui paient leurs impôts, qui respectent la loi, qui aiment notre pays, n’ont strictement RIEN à craindre de notre politique. »

Bally Bagayoko est né le 31 juillet 1973 à Levallois-Perret. Il grandit dans le quartier Dourdin de Saint-Denis au sein d'une famille d'origine malienne dont le père est mécanicien. Il est diplômé de l'université Paris-VIII en géopolitique et titulaire d'une maîtrise de sciences et techniques (MST) spécialité « connaissance des banlieues » de cette même université. 

Lors de l'élection municipale de 2026, il remporte dès le premier tour la mairie de Saint-Denis sous l'étiquette LFI, alliée au Parti communiste français. Pendant sa campagne, il met en avant sa proximité avec les habitants de la ville et son enfance en HLM dans un quartier populaire.

Devant le lycée Paul-Éluard bloqué, en soutien aux mobilisations de certains lycéens, il a déclaré : « La violence, à un moment donné, peut être légitime. Mais chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux. » 

Dans un entretien à L’Opinion, il a déclaré : « Siffler la Marseillaise quand la France se déshonore par ses actes à l’international, c’est un droit à la réplique populaire. Parce que les enfants de celles et ceux qui sont ici dans les grands stades, ils sont citoyens d’ici mais aussi de là-bas. » 

« La France n’a eu de cesse de piller les richesses de ces pays » : à Orléans, le maire LFI Bally Bagayoko invoque la colonisation pour défendre l’immigration. À Orléans, le 24 octobre, le maire insoumis de Saint-Denis a invoqué les pillages de la colonisation pour défendre l’accueil des migrants. 

Réécrire l'histoire pour justifier les pillages ? Ressentiment et ignorance

Pour des territoires comme le Soudan français (Mali), l’Oubangui-Chari ou une large part de l’Afrique occidentale française, il n’y a pas eu de pillage de richesses substantielles parce qu’il n’y en avait quasiment pas à piller à l’échelle qui aurait enrichi la métropole.

Ces régions étaient, au moment de la conquête et pendant une grande partie de la période coloniale, faiblement peuplées, sans infrastructures, sans voies de communication modernes, et avec peu de ressources immédiatement exploitables à grande échelle (contrairement à l’Indochine pour le caoutchouc ou certains minerais, ou à des zones d’Afrique du Nord). L’administration coloniale y était minimale : maintien de l’ordre, impôts locaux (souvent en nature ou en travail au début), quelques cultures de rente introduites tardivement et à faible rendement. Les flux nets vers la France restaient limités ou négatifs ; les colonies achetaient souvent plus à la métropole qu’elles ne lui vendaient, et le capital privé français ne s’y précipitait pas en masse.

L’autofinancement par la fiscalité locale que souligne Cogneau (lui-même critiqué) signifie exactement cela dans ces cas : les populations sur place payaient (ou étaient contraintes de payer) pour faire tourner un appareil administratif et militaire modeste, sans que cela génère un transfert de richesse significatif vers le contribuable ou l’économie française. Ce n’est pas le schéma d’un pillage extractif. Marseille et Lefeuvre aboutissent au même constat global : l’Empire, hors exceptions sectorielles et privées (souvent minoritaires), n’a pas été une source nette d’enrichissement pour la France, et pour une partie de l’Afrique noire le potentiel extractible était faible par nature. Le récit d’un pillage continu et massif de ces territoires pour justifier des politiques actuelles ne correspond pas aux données économiques de la période.

En effet, selon Jacques Marseille, l’Algérie a fonctionné comme un fardeau pour le capitalisme français en absorbant des ressources et en soutenant des secteurs peu compétitifs grâce à des préférences commerciales et des prix garantis, freinant ainsi la modernisation de l’économie métropolitaine. Daniel Lefeuvre montre que le coût fiscal a été particulièrement lourd, avec des transferts massifs qui ont atteint jusqu’à environ 20 % du budget de l’État en 1959 et un déficit structurel de la balance des paiements, transformant l’Algérie en un puits de dépenses nettes pour les finances publiques françaises.