lundi 15 juin 2026

La déglobalisation de la culture ?

Neuf des dix titres les plus écoutés au Danemark en 2025 étaient interprétés par des Danois, chantant des paroles en danois. Le tube numéro un était « Hele Vejen » (« Tout le long du chemin »), des Danois Omar et Mumle.

Dans un monde de vedettes internationales, il peut paraître surprenant que les 6 millions de Danois, dont beaucoup parlent couramment l’anglais, écoutent principalement de la musique locale. Et jusqu’à très récemment, ce n’était pas le cas. En 2019, seules cinq chansons du classement des 20 meilleures ventes au Danemark étaient en danois. L’année dernière, ce chiffre était passé à 18. Une tendance similaire s’observe dans d’autres pays — et dans d’autres formes de divertissement. De l’Asie aux Amériques, les classements musicaux sont de plus en plus dominés par des sons locaux. Les sociétés hollywoodiennes de diffusion de programmes télévisés en ligne commandent davantage de productions locales sur les marchés étrangers, ce qui entraîne une baisse de la consommation de séries américaines. Les réseaux sociaux relient le monde entier, mais pour l’instant, les gens les utilisent principalement pour consommer du contenu local. Et à mesure que les jeux vidéo se développent, ils s’adaptent eux aussi de plus en plus aux cultures locales.

Pour ceux qui pensaient que la mondialisation conduirait à une monoculture mondiale stérile, dans laquelle tout le monde écouterait, regarderait et jouerait aux mêmes choses, ce renouveau local est quelque peu surprenant. Une poignée de vedettes et d’événements, tels que la Coupe du monde de football qui attire des milliards de téléspectateurs, peuvent encore captiver un public mondial. Mais ils deviennent l’exception. Alors que les plateformes mondiales de diffusion en continu pénètrent de nouveaux marchés, la culture locale s’avère remarquablement résistante. L’emprise de l’Amérique sur la culture populaire mondiale s’affaiblit. Et dans certains cas, les nouvelles technologies font même reculer de manière inattendue la mondialisation du divertissement.

Spotify, qui a fêté ses 20 ans cette année, met pratiquement toute la musique à la disposition de quiconque dispose d’une connexion Internet. Comme les utilisateurs peuvent écouter tout ce qu’ils veulent sans frais supplémentaires, les plus grandes stars n’ont cessé de gagner en popularité. La distribution numérique mondiale a propulsé la renommée de chanteuses comme Taylor Swift, qui ont vu leurs revenus de droits d’auteur augmenter plus rapidement que ceux des artistes situés plus bas dans la hiérarchie du monde du spectacle.

Selon votre bon plaisir

dimanche 14 juin 2026

La Suisse s'apprête à voter sur un plafonnement de la population (m à j, rejeté à 54,8 %)

L'UDC a échoué à convaincre les Suisses dimanche. Ces derniers ont refusé son initiative «Pas de Suisse à 10 millions » à 54,8 %, selon les résultats définitifs. Le succès de 2014 avec l'initiative contre l'immigration de masse ne s'est donc pas reproduit.

Peuple et cantons ont rejeté le texte qui visait à plafonner la population en Suisse à dix millions d'ici 2050.

Le non est unanime dans les cantons romands, francophones donc. Neuchâtel refuse à 67,2 %. Viennent ensuite Genève (65,4 %) et le canton de Vaud (64,4 %). Jura dit non à 59,9 %, Fribourg à 54,8 % et le Valais à 52,7 %.

En Suisse alémanique, plusieurs cantons, surtout de Suisse centrale, ont soutenu le texte. Schwyz et Appenzell Rhodes-Intérieures donnent un grand oui à 63,1% et 65,9%. Uri, Glaris et Nidwald acceptent aussi clairement l'initiative, à 59,9% et 58,6% et 58,3%. Saint-Gall à 53,7 %.

Le oui d'Argovie, de Schaffhouse et de Soleure est plus timide. Il dépasse à peine 50%. Le Tessin, italianophone, dit également oui de justesse, à 50,6 %.

Clivage ville-campagne

Zurich dit en revanche non à 60 %. Berne aussi, à 55,4 %. Zoug, qui accueille des grandes fortunes internationales, a refusé à 52,4 %, tout comme les Grisons, à 51,4 %. Ils sont suivis par Lucerne qui a rejeté le texte à 50,9 %. Les deux Bâle ont aussi clairement dit non, Bâle-Ville à 73,4 %.

On observe un réel clivage entre villes et campagnes. Les villes ont majoritairement refusé l'initiative, même dans les cantons où le oui a été le plus fort. La ville de Saint-Gall par exemple a refusé le texte à 68 %.




Billet du 13 décembre


L’im­mi­gra­tion a trans­for­mé Zoug au niveau du bâti et de la culture; pour de nombreux rési­dents de longue date, cette croi­ssance a également eu des « effets négatifs » 

ZOUG, Suisse — Ce pays alpin s'est longtemps appuyé sur sa géographie pour tenir le monde à distance. Mais alors que ses vallées se remplissent, certains ici font pression pour remplacer les barrières naturelles par quelque chose d’encore plus inflexible : un plafond démographique.

Mécontents de la hausse du coût de la vie et déçus par des promesses économiques et sociales non tenues, les Suisses sont à l’avant-garde des pays industrialisés qui remettent en question les avantages de l’immigration, même celle des travailleurs hautement qualifiés que beaucoup s’efforcent d’attirer. Dimanche, ils voteront lors d’un référendum visant à fixer un plafond strict à la population du pays.

Depuis 2000, le nombre de résidents nés à l’étranger est passé d’environ un sur cinq à un sur trois — le deuxième niveau le plus élevé parmi les pays riches, juste après le petit Luxembourg, et comparé à un sur six aux États-Unis. Cela représente un énorme changement démographique pour un petit pays montagneux.

À Zoug, le ministre des Finances Heinz Tännler a passé des années à dérouler le tapis rouge pour attirer les étrangers hautement qualifiés. Ceux-ci occupent désormais des emplois, des logements et alimentent les caisses publiques. Ils ont également créé une demande pour toujours plus de main-d’œuvre afin de répondre aux besoins d’une population plus nombreuse, dans un cercle vicieux qui néglige souvent les besoins des citoyens locaux, explique M. Tännler. « Cela ne peut pas durer. »

La proposition « Non à une Suisse à 10 millions d’habitants ! » de l’Union démocratique du centre (UDC), un parti de droite, vise à limiter la population résidante permanente , qui comprend à la fois les ressortissants étrangers et les citoyens suisses, à moins de 10 millions d’ici 2050, contre 9,1 millions actuellement.

Le scrutin, ouvert aux citoyens âgés de 18 ans et plus, devrait être serré. Si elle est adoptée, l’initiative obligerait le gouvernement fédéral à restreindre le regroupement familial pour les immigrés résidents et les nouvelles demandes d’asile dès que la population atteindra 9,5 millions d’habitants. Si ce seuil de 10 millions est atteint, Berne serait constitutionnellement tenue de dénoncer son accord sur la libre circulation avec l’Union européenne, mettant ainsi en péril l’accès à un marché qui absorbe plus de la moitié des exportations suisses.

Même s’il échoue, ce référendum reflète un changement d’opinion plus large parmi les pays riches, qui bouleverse le consensus de longue date selon lequel l’ouverture des frontières est la clé de la croissance économique.

Laissés pour compte


Pendant des années, les politiciens occidentaux ont présenté l’immigration comme une panacée – ou du moins un mal nécessaire – pour remédier aux maux des sociétés vieillissantes. Elle permettrait de pallier les pénuries de main-d’œuvre, le sous-financement des systèmes de retraite et la faible croissance de la productivité, affirmaient-ils.

Mais l’afflux historique d’étrangers dans l’Occident, en particulier depuis la pandémie de Covid-19, ne semble pas avoir résolu ces problèmes économiques. Dans certains cas, il les a peut-être même aggravés.

Le sentiment anti-immigration qui couvait depuis des années à travers l’Europe est en train de déborder, aggravé par la flambée des coûts du logement et de la vie, des systèmes de protection sociale surchargés et des perspectives économiques moroses. Des émeutes et des manifestations ont récemment éclaté au Royaume-Uni à la suite d’agressions à l’arme blanche attribuées à des immigrés. Cette colère profite aux politiciens populistes de droite et bouleverse les partis traditionnels.

Des gouvernements comme celui du Canada « ont mis en avant l’idée que l’immigration permettrait de résoudre les problèmes, mais cela n’a tout simplement rien donné », a déclaré Mikal Skuterud, professeur d’économie à l’Université de Waterloo au Canada.

L’immigration peut donner un coup de pouce à l’économie si les migrants sont plus qualifiés que la population générale, a déclaré M. Skuterud. Mais si leurs compétences correspondent globalement à celles de la population, cela n’aura probablement que peu d’impact sur la productivité ou les pénuries de main-d’œuvre.

La production économique par heure travaillée, qui sert à mesurer la productivité, stagne globalement depuis 2017 dans les pays ayant accueilli les flux d’immigration les plus importants, notamment l’Australie, le Canada, l'Allemagne et le Royaume-Uni, selon les données de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Les systèmes de protection sociale restent sous pression et les pénuries de main-d'œuvre persistent largement.

Même les endroits qui semblent tirer profit de ces flux migratoires, comme Zoug — près de 60 % des im­mi­grants en Suisse sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, et la grande major­ité vient de l’UE — ont des doutes.

« La plupart des gens sont laissés pour compte », a déclaré Dolfi Müller, 71 ans, natif de Zoug et ancien maire.

M. Müller prévoit de voter contre un plafonnement de la population. Mais il estime que les décideurs politiques devraient viser une croissance démographique et économique plus modérée, car les inconvénients d’une forte immigration l’emportent désormais sur les avantages.

« Beaucoup de gens ne parlent pas anglais et se sentent exclus » a-t-il déclaré à propos des habitants. « La génération plus âgée dit : “Avant, nous étions entre nous, une petite ville au bord du lac.” »

Sous la pression des électeurs, les gouvernements qui avaient autrefois ouvert leurs portes les claquent désormais. Les préoccupations budgétaires, les chocs culturels et une certaine forme de racisme jouent un rôle. Mais la principale inquiétude des électeurs réside dans le manque de contrôle sur l’identité des personnes qui arrivent et sur le rythme de leur arrivée, quelle que soit leur origine.

Le Canada a réduit de manière drastique ses quotas d’étudiants étrangers et ses permis de travail temporaires après qu’une grave crise du logement a fait basculer l’opinion publique, qui comptait depuis longtemps parmi les plus favorables à l’immigration au monde. Le Royaume-Uni a augmenté les frais de visa et les seuils de salaire pour les travailleurs qualifiés, réduisant l’immigration légale nette d’environ 80 % en moins de trois ans. En Allemagne, le gouvernement fédéral a réintroduit les contrôles aux frontières et accéléré les expulsions. Les États-Unis ont renforcé leurs procédures de vérification et intensifié les mesures de contrôle et les expulsions. Les taux de refus des visas pour travailleurs hautement qualifiés ont presque doublé ces derniers mois.

Si l’im­mi­gra­tion peut faire gagner [un peu] du temps aux poli­tici­ens pour s’attaquer aux dé­fis du vieillissement de la popu­la­tion, elle ne résout pas le problème de manière définitive, car les nouveaux arrivants vieillissent eux aussi, a déclaré Alan Man­ning, pro­fes­seur d’éco­nomie à la London School of Eco­nomics. Pour éviter totalement les effets économiques du vieillissement, il faudrait un nombre invraisemblable et croissant d’immigrants, a déclaré M. Manning.

« L’immigration, c’est exactement comme la croissance démographique. C’est la façon la plus simple de voir les choses », a-t-il déclaré. « Beaucoup de gens pensent que l’immigration est bonne pour l’économie. Mais si vous disiez : “Une croissance démographique plus forte est bonne pour l’économie”, vous ne répondriez peut-être pas : “Oh, oui, évidemment.” »

Un Brexit à la suisse ?

Le référendum en Suisse polarise les opinions, tout comme l’avait fait le vote britannique en faveur de la sortie de l’UE en 2016.

Les opposants, dont le principal lobby des entreprises, affirment qu’un plafonnement de la population ferait peser d’énormes risques sur une économie qui dépend du commerce international, attiserait l’incertitude et aggraverait la pénurie de main-d’œuvre. Un arrêt soudain de l’im­mi­gra­tion pourrait également rompre les rela­tions avec l’UE.

« Pourquoi devrais-je construire une nouvelle usine si je risque de ne pas trouver de personnel dans 10 à 15 ans en raison de la pénurie de main-d’œuvre ? », a déclaré Simon Michel, directeur général d’Ypsomed, une entreprise suisse de technologie médicale basée près de Berne. Près d’un tiers de ses employés en Suisse n’ont pas de passeport suisse.

Les partisans du plafonnement démographique affirment que l’immigration crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Ils affirment qu’elle permet aux entreprises d’importer de la main-d’œuvre moins chère au lieu d’investir dans la main-d’œuvre locale ou dans de nouvelles technologies pour rendre les travailleurs existants plus productifs. Elle exerce également une pression supplémentaire sur les infrastructures.

« Les entreprises disent qu’elles préfèrent recruter sur un marché plus vaste, mais nous devons former les personnes qui sont déjà ici », a déclaré Heidi Z’graggen, une politicienne centriste qui prévoit de voter oui.

Des chefs d’entreprise et des responsables politiques se sont réunis à Zoug un soir de mai pour débattre du référendum dans un espace événementiel raffiné surplombant la ville. Suzanne Thoma, une femme d’affaires qui a grandi dans la région, a déclaré qu’un plafonnement de la population reviendrait à pratiquer une opération à cœur ouvert sur l'économie suisse, orientée vers l'exportation.

« C’est absurde », a rétorqué Thomas Matter, un riche banquier et député de l’UDC qui a contribué à lancer le référendum. L’im­mi­gra­tion de masse est un système [pyramidal] de Ponzi, a-t-il déclaré, car les nouveaux arrivants ont eux aussi besoin de biens et de ser­vices, y compris, à terme, de soignants [et dans l'immédiat d'infrastructures et d'écoles pour leurs enfants].

Il a fait valoir que l’immigration était comme un pic de sucre pour une économie : elle stimule la croissance globale, mais peine à faire progresser le PIB par habitant, l’indicateur le plus important.

Malgré un débat animé, l’ambiance dans la salle était conciliante, certains opposants de premier plan reconnaissant même qu’il fallait faire quelque chose face à l’ampleur des flux récents, qui ont approché les 100 000 par an depuis la pandémie. Cela équivaut à environ 3,5 millions par an pour les États-Unis.

« L’im­mi­gra­tion est la solu­tion de facilité », a déclaré Peter Let­ter, un homme d’affaires de Zoug qui dirige la campagne du « Non » du lobby des entreprises locales contre le plafonnement de la pop­u­la­tion. L’accès au vaste marché du travail européen signifie que les entreprises peuvent ne pas chercher de main-d’œuvre plus près de chez elles, a-t-il ajouté.

Une immigration bien gérée peut être bénéfique, surtout si elle rehausse le niveau de qualification de la population, affirment les économistes. Un certain niveau d’immigration est également souhaitable pour éviter le déclin démographique, qui pourrait déclencher un cercle vicieux de pénurie croissante de main-d’œuvre et de baisse de la demande des consommateurs.

Mais le débat économique sur l’immigration n’est pas « tout à fait honnête », a déclaré Sebastian Dullien, un éminent économiste allemand. Si l’impact économique global pour un pays peut être positif, certaines catégories de la population sont perdantes, en particulier les travailleurs peu qualifiés, a-t-il expliqué. Ces groupes devraient être indemnisés par le biais du système fiscal, mais « cela n’a pas été fait ».

Zugzwang [coup forcé aux échecs]

L'immigration a transformé Zoug, autrefois une région agricole tranquille, en une plaque tournante mondiale du commerce des matières premières et en un pôle d'implantation de sièges sociaux multinationaux. Plus ré­cemment, elle est devenue l’épicentre de l’industrie mondiale de la blockchain, ce qui lui a valu le sur­nom de « Crypto Valley ».

La popu­la­tion du can­ton a au­gmenté d’environ trois quarts depuis 1981, passant de 76 000 à environ 134 000 habitants. Son PIB par habitant s’élève à environ 193 000 francs, le deuxième plus élevé de Suisse après celui de Bâle-Ville, qui abrite les sièges sociaux de grandes entreprises pharmaceutiques.

Au ministère des Finances, M. Tännler a enregistré des excédents budgétaires s’élevant en moyenne à plus de 300 millions de francs par an au cours des cinq dernières années. Ces excédents ont permis de financer des investissements records, notamment une nouvelle rocade de grande envergure destinée à réduire les embouteillages dans la région, ainsi que des investissements dans les écoles et de nouvelles installations sportives.

Le paysage urbain de Zoug a considérablement changé depuis qu’Anja Beck, une agente immobilière d’origine allemande, s’y est installée il y a 22 ans. La ville compte désormais des supermarchés plus grands, davantage d’écoles internationales et de clubs sportifs, une multitude de restaurants chics… et plus de circulation. Les villas historiques cèdent la place à de nombreux immeubles en copropriété. « C’est triste », a déclaré Mme Beck. « Il n’y aura plus que des appartements. »

Les coûts du logement ont grimpé en flèche : la location d’une maison familiale commence à environ 8 000 à 9 200 dollars par mois, ou 3,5 millions de dollars à l’achat, a déclaré M. Beck. Le taux de vacance en 2023 était de 0,42 %, l’un des plus bas de Suisse.

Environ 4 000 habitants de Zoug quittent la ville chaque année, ce qui signifie qu’un quart de la pop­u­la­tion du canton est partie au cours de la dernière déc­en­nie. L’un d’entre eux est Ivo Zimmermann, un expert en communication né à Zoug et qui y a vécu pendant environ 50 ans. Incapable de trouver une maison à un prix raisonnable après deux ans de recherches, cet homme de 62 ans a déménagé avec sa femme dans le canton voisin d’Argovie il y a environ neuf ans.

M. Zimmermann, qui travaille à Zurich, aimerait beaucoup retourner dans la ville où sa famille a vécu pendant trois générations. Zoug est aujourd’hui encore plus belle, avec un niveau de vie élevé et de nombreuses possibilités culturelles. Mais quelque chose s’est perdu à mesure que sa ville natale s’enrichissait et que l’anglais supplantait l’allemand dans de nombreux endroits. « Nous voyons aujourd’hui que ce développement a des côtés négatifs. »
 
Source : Wall Street Journal 

mercredi 10 juin 2026

Démographie : l'Inde ne fait plus assez d'enfants pour remplacer ses générations

« Vous faites trop d’enfants. » Pendant des décennies, ce message brutal a été martelé dans l’esprit des Indiens par leurs dirigeants, avec la complicité de donateurs étrangers malavisés. Dans les années 1960, des slogans affichés sur les bâtiments scolaires réprimandaient les parents en leur disant : « Deux ou trois enfants, ça suffit ». Dans les années 1970, les autorités ont pris un tournant plus cruel, supervisant la stérilisation de millions de jeunes adultes, généralement pauvres, souvent de force. Mais lorsque les manuels scolaires indiens seront réimprimés cet été, ils véhiculeront un message très différent. Ils mettront en garde non pas contre les dangers d’avoir trop d’enfants, mais contre les risques d’en avoir trop peu.

En effet, le pays le plus peuplé du monde connaît actuellement une baisse de la natalité (voir graphique). L’Inde affiche un indice synthétique de fécondité (ISF), qui mesure le nombre d’enfants par femme, de 1,9 et en baisse. Ce chiffre est inférieur au taux de remplacement, d’environ 2,1, nécessaire pour assurer la stabilité démographique à long terme. Dans plusieurs États indiens, l’ISF correspond désormais aux faibles taux observés dans les pays européens riches. Le Tamil Nadou, un État industrialisé du sud, et le Bengale occidental, un État très peuplé de l’est, ont chacun le même taux de fécondité (1,3) que la Finlande. Le Maharashtra, un grand État occidental englobant Bombay, est au même niveau que la Norvège (1,4). Quand on pensait à la démographie indienne, la Scandinavie n’était pas le point de référence qui venait à l’esprit. Elle le deviendra de plus en plus.

La population indienne continuera de croître à partir de son niveau actuel de 1,45 milliard : il faut du temps pour que la baisse des naissances se traduise par une diminution globale de la population. Mais le nombre de naissances a déjà baissé d’un cinquième par rapport à son pic de 2001. Au Tamoul Nadou, 1 200 écoles ont fermé l’année dernière faute d’élèves pour remplir leurs salles de classe. Ceux qui s’y rendent se présentent de plus en plus souvent sans frères ni sœurs. Le gouvernement craint que l’Inde ne vieillisse avant de s’enrichir – que le pays suive une trajectoire similaire à celle de la Chine, où la population a déjà atteint son pic et commence à décliner. Certains politiciens proposent des aides financières pour encourager les Indiens à procréer.

La transition démographique de l’Inde est l’exemple le plus frappant d’une tendance mondiale. Car ce ne sont plus seulement les pays riches où les familles ont peu d’enfants, voire aucun. Plus des deux tiers de tous les pays se situent désormais en dessous du taux de remplacement. Les pays à revenu intermédiaire comme le Brésil, l’Iran, la Thaïlande et la Turquie se situent bien en dessous depuis des années. Les pays plus pauvres les rejoignent progressivement. Le Sri Lanka affiche un indice synthétique de fécondité (ISF) de seulement 1,3 ; celui de la Tunisie est de 1,6. Le Maroc est aussi passé sous le seuil de renouvellement des générations. Nairobi, la capitale du Kenya, pourrait être proche de ce seuil. Dans de nombreux endroits, les taux de natalité s’effondrent bien que le mariage reste quasi universel et même si peu de femmes occupent un emploi formel.

L’Inde illustre également pourquoi ce déclin mondial se produit. La baisse des taux de mortalité infantile fournit une explication : les parents n’ont pas besoin d’avoir autant d’enfants s’ils peuvent être sûrs qu’ils atteindront tous l’âge adulte. Mais les démographes ont depuis longtemps montré que ce qui compte vraiment, c’est l’éducation des filles. La scolarisation permet aux filles d’acquérir plus d’autonomie et d’avoir davantage leur mot à dire dans les décisions de la vie. [C'est une explication un peu simple, voir encadré ci-dessous, l'urbanisation a sans doute un rôle au moins aussi grand.] Ce n’est pas un hasard si, dans les années 1990, l’Inde et une grande partie de l’Afrique ont connu une forte augmentation du nombre de filles scolarisées. Ce n’est que dans les rares endroits où la plupart des filles ne suivent toujours pas d’enseignement formel – comme au Niger, dans le nord du Nigeria ou au Tchad – que la fécondité n’a pratiquement pas évolué.

L’éducation fait également baisser la fécondité d’une autre manière. Plus les parents ont de l’ambition, plus ils doivent investir dans chaque enfant. Cette dynamique s’accélère lorsque les écoles publiques sont en très mauvais état. Il est remarquable de constater que 39 % des enfants indiens fréquentaient des écoles payantes l’année dernière, contre 32 % en 2015. Les parents sont pris dans une course à l’armement éducatif. Si vos voisins ont peu d’enfants et dépensent davantage pour leur éducation, [vous pourriez penser que] les vôtres seront désavantagés à moins que vous ne fassiez de même.

Les influences extérieures se propagent également plus facilement qu’auparavant. Une étude a montré comment l’arrivée de la télévision par câble dans les villages indiens dans les années 2000 a entraîné une légère baisse de la fécondité. Les feuilletons télévisés mettant en scène des femmes urbaines issues de la classe moyenne et ayant des familles peu nombreuses ont peut-être fait évoluer les normes (même si certains se demandent si les gens ne se contentaient pas de regarder la télévision plutôt que d’avoir des relations sexuelles). Le téléphone intelligent est un outil encore plus puissant – et distrayant – pour faire découvrir le mode de vie de leurs pairs plus aisés aux populations plus pauvres.

Quelle qu’en soit la cause précise, la baisse de la natalité a des implications majeures. L’ONU, qui tente de prévoir ce genre de choses, n’a pas pris en compte la rapidité du déclin de la fécondité dans ses prévisions centrales pour la population mondiale. Sa prévision la plus basse est probablement la plus précise. Cela suggère que la population indienne atteindra un pic d’environ 1,6 milliard dans une vingtaine d’années, puis reculera de manière spectaculaire pour s’établir à un peu moins d’un milliard avant la fin du siècle. L’Asie dans son ensemble pourrait également atteindre son apogée dans les années 2040. Quant au pic de la population humaine totale, il surviendra probablement plus tôt que la plupart ne le pensent, peut-être même dans les années 2050, car l’Afrique ne sera pas aussi peuplée qu’on le pensait auparavant. Dans les régions les plus mal gérées et les plus en proie aux conflits, la fécondité restera élevée. Mais la leçon à tirer de l’Inde est qu’il faut considérer avec un scepticisme de mise les prévisions d’un avenir où il y aurait 500 millions de Nigérians ou 3,8 milliards d’Africains.

mardi 9 juin 2026

Encyclopédie des euphémismes contemporains et autres manipulations militantes de la langue

Éducation positive, antifascisme, écriture inclusive, justice sociale, bienveillance... Qui peut aujourd’hui contester ou simplement questionner ces mots magiques ? 

Chargés d’idéologie, ils envahissent les médias, les universités, les institutions. Le prétendu néoprogressisme a ainsi fait du vocabulaire son terrain de lutte, « en empêchant parfois de dire, en contraignant souvent à dire autrement, donc à ne pas dire vraiment ».

Selon les zélateurs du politiquement correct il ne s’agit pas d’une censure, mais d’une adaptation du langage à des objectifs moraux, pédagogiques ou sociaux. 

Selon eux, les mots influencent les représentations et les comportements ; agir sur le langage serait un moyen légitime d’agir sur les relations humaines.Cette logique conduit au contrôle du discours ; certaines expressions deviennent socialement ou institutionnellement inacceptables, non parce qu’elles seraient fausses, mais parce qu’elles sont jugées inappropriées. 

Il s’agit de mettre en place une véritable police de la langue. Hannah Arendt, Orwell, Aron, Klemperer, Chomsky, Eco, ont montré comment la régulation du langage sert à éliminer la pensée critique, uniformiser les esprits et imposer une idéologie.

Publiée sous la direction de Sami Biasoni aux éditions du Cerf, l’Encyclopédie des euphémismes contemporains et autres manipulations militantes de la langue recense un certain nombre de mots ou néologismes ayant connu des glissements sémantiques sous l’effet de revendications politiques. Les contributeurs, historiens, philosophes, linguistes, professeurs, avocats, journalistes, nous invitent à retrouver l’esprit critique et le courage face à la dictature de la pensée unique.

Source : DLF






L’éducation à l’époque de Cicéron : éloquence, traditions et châtiments

 

 

 Si aujourd'hui le système éducatif est organisé par l'État, du temps de la République romaine, l’instruction relève de la prérogative du père de famille. Sans écoles, sans programmes et sans professeurs diplômés, à quoi peut bien ressembler la “scolarité” des jeunes Romains ? Les jeunes filles y ont-elles accès ? Quels sont les impacts des bouleversements politiques et sociaux sur l’éducation lors du passage de la République à l’Empire ?

Pour Storiavoce, Jean-Noël Robert témoigne de pratiques éducatives réservées à une élite, centrées sur la transmission de traditions et l’imprégnation religieuse. D’abord domaine réservé du père, l’enseignement est peu à peu confié à des grammairiens, rhéteurs et pédagogues, en écrasante majorité des esclaves grecs ! Avec des méthodes éducatives parfois violentes, ils cherchent à former de futurs sujets politiques. À la fin de la République, les profondes mutations dans l’éducation inquiètent les Anciens, qui désespèrent - déjà ! - de l’oisiveté de la jeunesse. 

L’invité : Latiniste et historien spécialiste de Rome, Jean-Noël Robert dirige la collection Realia. Il est l’auteur de L'Éducation des jeunes Romains au temps de Cicéron (Les Belles Lettres, 240 p., 23€).         


lundi 8 juin 2026

Pédophilie, viols : les crèches et le périscolaire parisien n'est ni un accident, ni une surprise

Ce qui s'est passé dans les crèches et le périscolaire parisien n'est ni un accident, ni une surprise. C'est le résultat d'années d'imprudence, d'indifférence et de déni politique, selon Anne Coffinier.

Dans cette vidéo, elle analyse ce drame à deux niveaux :
  • Les faits eux-mêmes — leur nature monstrueuse, mais surtout leurs conséquences à long terme sur les enfants victimes, dont on parle trop peu.
  • Le scandale dans le scandale — comment notre système judiciaire, sous-doté en juges, et notre classe politique parisienne, alertée dès 2015, ont collectivement failli.
Des rapports d'inspection existaient. Des élus ont tiré la sonnette d'alarme. Et pourtant, rien n'a vraiment changé. Pour Anne Coffinier, il est temps d'en parler sans détour.


dimanche 7 juin 2026

Au Québec, les deux sexes veulent 2 enfants en moyenne (mais ils n'en ont que 1,36)

Le rapport Home Alone publié par Cardus propose une réflexion particulièrement riche sur la crise démographique canadienne. Là où beaucoup d’analyses expliquent la chute de la natalité par un simple changement de préférences individuelles, les auteurs défendent une thèse plus nuancée : la plupart des Canadiens ne rejettent pas l’idée de la famille. Une grande partie d’entre eux souhaiteraient même avoir davantage d’enfants qu’ils n’en auront réellement.




Le contraste entre désir et réalité est au cœur du rapport. Le Canada affiche aujourd’hui l’un des taux de fécondité les plus faibles au monde, avec environ 1,25 enfant par femme. Pourtant, les données recueillies par Cardus montrent que les femmes canadiennes disent idéalement souhaiter près de 2 enfants, et que leurs intentions déclarées demeurent elles aussi nettement supérieures au niveau réel des naissances. Plus de la moitié des hommes et des femmes interrogés affirment d’ailleurs que leur famille est actuellement plus petite qu’ils ne l’auraient voulu.

samedi 6 juin 2026

Un patient ayant recours au suicide médicalement assisté gémit « Aidez-moi » avant qu'on le fasse mourir

Un patient ayant recours à « l'aide médicale à mourir » gémit « Aidez-moi » avant de mourir, car le sédatif n'a pas agi correctement.

« Ils ont vu leur père souffrir physiquement et psychologiquement, et ces derniers souvenirs resteront gravés dans leur mémoire »

Un homme de l'Ontario a gémi, grimacé et répété « Aidez-moi » alors qu'il subissait une aide médicale à mourir, car l'un des médicaments n'a pas produit le niveau de sédation escompté, le laissant initialement conscient.

Cette complication inattendue, dont sa famille a été témoin, illustre les risques rares mais potentiels liés à l’aide médicale à mourir (AMM) dont, selon les experts, les personnes devraient être informées lorsqu’elles consentent à l’aide à mourir.

Aucune procédure médicale ne présente un risque nul de complications ou de résultats inattendus, a déclaré la Dre Ramona Coelho, médecin de famille et ancienne membre du comité d’examen des décès par AMM du Bureau du coroner en chef de l’Ontario.

« Pourtant, certains cliniciens pratiquant l’aide médicale à mourir présentent publiquement les décès par aide médicale à mourir comme étant systématiquement paisibles, beaux et sans complications », a-t-elle déclaré.

« Cela ne reflète pas fidèlement la réalité et risque d’influencer les décisions concernant l’aide médicale à mourir » en se basant sur une représentation idéalisée de l’aide à mourir, a déclaré Mme Coelho.


vendredi 5 juin 2026

Carte de la fécondité (enfants par femme) en Europe en 2025



Les accusations fédérales américaines visant le Southern Poverty Law Center (SPLC)

Les accusations fédérales visant le Centre juridique contre la pauvreté dans le Sud (SPLC) en 2026 jettent une lumière particulièrement troublante sur certaines méthodes employées au nom de la lutte contre l’extrémisme. Longtemps présenté comme une référence morale et institutionnelle dans le combat contre les groupes suprémacistes blancs, le SPLC est aujourd’hui accusé par le Département de la Justice américain (DOJ) d’avoir entretenu, financé et parfois facilité les activités mêmes qu’il dénonçait publiquement.


Selon l’acte d’accusation fédéral, le SPLC aurait mis en place, pendant plus d’une décennie, un vaste système de paiements clandestins à des membres ou dirigeants de groupes extrémistes infiltrés comme «informateurs». Les montants évoqués atteindraient plusieurs millions de dollars entre 2010 et 2023. Une partie de ces fonds aurait transité par des sociétés-écrans, des comptes dissimulés ou des intitulés administratifs trompeurs destinés à masquer la véritable nature des dépenses.

L’un des éléments les plus frappants du dossier concerne l’usage présumé de fausses descriptions professionnelles pour dissimuler ces paiements. Selon les procureurs, certains bénéficiaires liés à des groupes néo-nazis ou au Ku Klux Klan apparaissaient dans les documents comptables sous des appellations anodines ou fictives, comme des spécialistes de livres rares (« rare books specialists ») ou des consultants indépendants. L’accusation soutient que ces mécanismes avaient pour but de tromper les banques, les auditeurs et surtout les donateurs du SPLC sur la destination réelle des fonds.

Le DOJ affirme également que certains informateurs n’étaient pas de simples observateurs passifs infiltrés dans des organisations extrémistes, mais des acteurs pleinement intégrés à leur fonctionnement. Des remboursements auraient notamment concerné l’achat de robes et capuches du KKK, du matériel utilisé lors de « incendies de croix » (croix brûlées), ainsi que diverses dépenses logistiques liées à des rassemblements ou à des activités de recrutement.

Plus troublant encore, les procureurs soutiennent que certains individus ayant exprimé le souhait de quitter ces organisations auraient été incités à y rester afin de préserver leur utilité comme sources rémunérées. Autrement dit, selon l’accusation, l’objectif n’aurait pas seulement été de surveiller des groupes extrémistes existants, mais aussi de maintenir actifs certains réseaux afin de continuer à produire du renseignement ou des sources d'incidents — et, indirectement, la justification de la mission du SPLC lui-même.

Le cas de l’informateur désigné « F-37 » occupe une place centrale dans l’acte d’accusation. Cet individu, rémunéré pendant plusieurs années par le SPLC à hauteur de plusieurs centaines de milliers de dollars selon les procureurs, aurait participé aux discussions préparatoires entourant le rassemblement « Unite the Right » de Charlottesville en août 2017. D’après le DOJ, il faisait partie de canaux de coordination utilisés par les organisateurs, aurait contribué à certains aspects logistiques du déplacement de militants et publiait des contenus racistes dans le cadre de ses activités d’infiltration ou de provocation.

C’est ici que l’affaire prend une dimension particulièrement sensible. La défense du SPLC affirme que ces méthodes relevaient de techniques classiques d’infiltration destinées à surveiller des groupes potentiellement violents et à transmettre des renseignements aux autorités. Mais les procureurs suggèrent une lecture beaucoup plus grave : celle d’une organisation qui aurait dépassé la simple observation pour devenir, dans certains cas, un acteur indirect du maintien ou de la dynamique de ces mouvements.

Les critiques du SPLC vont plus loin encore. Elles soulignent que l’organisation a connu une croissance financière spectaculaire au cours des années marquées par la forte médiatisation de la montée de l’extrême droite américaine. Pour ses détracteurs, cette coïncidence alimente une question dérangeante : une organisation dont les ressources, l’influence médiatique et la capacité de collecte de fonds dépendent largement de l’existence d’une menace extrémiste peut-elle être tentée d’entretenir, consciemment ou non, l’écosystème qu’elle combat publiquement ?

Les procureurs ne prétendent pas que le SPLC aurait « créé » à lui seul le suprémacisme blanc américain. En revanche, l’acte d’accusation suggère qu’en rémunérant durablement certains militants radicaux, en finançant indirectement certaines de leurs activités et en maintenant sous perfusion des réseaux infiltrés, l’organisation aurait contribué à préserver ou amplifier des structures extrémistes dont elle tirait parallèlement une partie importante de sa légitimité publique et de ses revenus.

Le SPLC rejette catégoriquement ces accusations et plaide non coupable. L’organisation soutient que les paiements incriminés relevaient d’opérations de renseignement indispensables pour prévenir des violences et surveiller des groupes dangereux. Elle affirme également avoir coopéré avec les forces de l’ordre fédérales et considère les poursuites comme politiquement motivées.

Le procès devra déterminer si ces pratiques relevaient d’un programme d’infiltration agressif mais légal, ou si elles ont franchi une ligne plus grave : celle où la lutte contre l’extrémisme cesse d’être une simple surveillance pour devenir un système contribuant lui-même, directement ou indirectement, à la survie des mouvements qu’il prétend combattre.

 L'issue judiciaire est incertaine, et cette poursuite est engagée par une administration Trump notoirement hostile à l'organisation. Ces réserves sont nécessaires. Mais elles ne dissolvent pas la question structurelle. La SPLC dispose d'un patrimoine de plus de 700 millions de dollars. Son modèle économique dépend des dons, lesquels dépendent de la visibilité de la menace raciste. Une organisation qui combat le racisme et qui dépend financièrement de l'existence du racisme a, structurellement, davantage intérêt à étendre la définition du problème qu'à le résoudre. 

Historique de critiques et de controverses

Le Southern Poverty Law Center (SPLC) fait depuis longtemps l’objet de critiques l’accusant d’avoir progressivement évolué d’un organisme de surveillance des mouvements extrémistes vers une organisation militante fortement polarisée, centrée sur la collecte de fonds et la mobilisation politique.

Une définition controversée des « groupes haineux »

L’un des principaux reproches adressés au SPLC concerne l’extension progressive de la catégorie des « groupes haineux ». Ses détracteurs lui reprochent de ne plus se limiter à des organisations explicitement néonazies ou suprémacistes, mais d’y inclure également des associations conservatrices traditionnelles engagées dans les débats sur l’avortement, la religion, l’identité sexuelle ou l’éducation.

Parmi les organisations régulièrement citées figurent notamment Family Research Council, Alliance Defending Freedom, certains groupes opposés à l’avortement ou encore Moms for Liberty. Les critiques estiment que cette classification contribue à placer sur un même plan des mouvements violents et des organisations participant au débat public légal et institutionnel.

Selon ces observateurs, cette extension de la notion de « haine » aurait pour effet de gonfler artificiellement les statistiques sur l’extrémisme tout en servant à discréditer des adversaires idéologiques. Plusieurs médias ou commentateurs non conservateurs, y compris dans des publications comme Politico ou The New Yorker, ont également exprimé des réserves sur certaines méthodes ou classifications employées par le SPLC.

Crises internes et accusations de culture toxique

Le SPLC a aussi été secoué par d’importantes controverses internes. En 2019, son cofondateur Morris Dees a été licencié dans un contexte marqué par des accusations de harcèlement sexuel, de discrimination raciale et de mauvaise gestion interne.

À la suite de son départ, plusieurs employés et anciens salariés ont décrit une culture organisationnelle qu’ils jugeaient toxique, dénonçant notamment des tensions raciales, des comportements sexistes et un écart important entre le discours public de l’organisation et son fonctionnement interne.

Ces révélations ont provoqué une crise majeure de gouvernance et conduit le SPLC à annoncer plusieurs réformes administratives et structurelles.

Critiques sur la gestion financière et les campagnes de collecte

Le SPLC est également critiqué pour l’ampleur de ses ressources financières. L’organisation dispose depuis plusieurs années de revenus annuels très élevés ainsi que d’importantes réserves financières et patrimoniales.

Ses détracteurs soutiennent qu’une part relativement limitée de ces ressources serait consacrée à des actions judiciaires directes ou à une assistance concrète aux victimes, comparativement aux montants investis dans la communication, la collecte de fonds et le développement institutionnel.

L’organisation est ainsi régulièrement accusée d’utiliser des campagnes de sensibilisation alarmistes sur la montée de l’extrémisme afin de stimuler les dons et d’entretenir un climat d’urgence favorable à ses activités de financement. Le SPLC rejette ces accusations et affirme que ses ressources sont nécessaires pour assurer la surveillance des mouvements extrémistes, produire des recherches, soutenir des actions éducatives et financer des procédures judiciaires de longue durée.

Des relations souvent jugées complaisantes avec les grands médias de gauche