dimanche 13 septembre 2026

Les derniers résultats des tests scolaires internationaux révèlent de nouveaux reculs alarmants

Tous les trois ans, l’OCDE, un regroupement de pays pour la plupart riches, publie les résultats des tests scolaires internationaux passés par des élèves de 15 ans à travers le monde. Il y avait des raisons d’espérer que les dernières données, publiées le 8 septembre, apporteraient de bonnes nouvelles. Les résultats en mathématiques, en lecture et en sciences s’étaient effondrés lors de la précédente session de tests, qui avait eu lieu juste après la pandémie. Les décideurs politiques osaient espérer que, cette catastrophe étant désormais loin derrière, les résultats commenceraient à remonter.

Ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, dans les pays riches — qui constituent le principal champ d’étude des tests —, les résultats ont encore baissé (voir graphique 1). En matière de maîtrise de la lecture et de l’écriture, le déclin s’accélère même. Ces données suggèrent que des facteurs de longue date font baisser les résultats scolaires et que, sans une correction rapide, les capacités des élèves pourraient s’enfoncer encore davantage. Quiconque se soucie des jeunes d’aujourd’hui — et, par conséquent, des sociétés de demain — devrait s’en alarmer.

Le projet de l’OCDE, connu sous le nom de PISA, évalue les aptitudes des jeunes à l’approche de la fin de leur scolarité obligatoire. Le nombre de systèmes scolaires participants s’est accru au fil des ans : les derniers tests ont été passés dans l’ensemble des 38 pays membres de l’OCDE et dans 53 autres pays (dont beaucoup sont des économies en développement). Les résultats servent à établir une sorte de classement international.

Cette année, comme lors de presque toutes les sessions de tests depuis 2000, les systèmes scolaires asiatiques dominent le classement. Les élèves chinois — qui participaient pour la première fois depuis 2018 — se sont classés en tête ou près de la tête dans toutes les disciplines. Mais les résultats de ce pays ne sont pas représentatifs car, entre autres problèmes, seuls quatre provinces ont participé aux évaluations. Les notes élevées enregistrées dans des pays comme Singapour, Taïwan et le Japon suscitent moins de doutes. Les élèves de ces pays semblent également devancer de manière significative leurs pairs des autres régions du monde.

L’Estonie semble toujours disposer du meilleur système scolaire en Occident. La Turquie progresse très rapidement. Et il y a des nouvelles encourageantes pour la Grande-Bretagne, dont les jeunes se classent désormais parmi les dix premiers au monde dans les trois disciplines. Par rapport à il y a trois ans, la Grande-Bretagne a amélioré ses résultats en sciences et a globalement maintenu ses performances en lecture et en mathématiques. Cela constitue un bon résultat alors que de nombreux autres pays sont en recul.

Pourtant, si l’on prend du recul, c’est le déclin à long terme qui domine le tableau. Les résultats moyens des 23 pays membres de l’OCDE ayant participé à toutes les éditions du programme PISA ont atteint un pic vers 2012 et n’ont cessé de baisser depuis. Tant en mathématiques qu’en lecture, les élèves de 15 ans des pays de l’OCDE affichent désormais des résultats qui auraient pu être obtenus par des élèves de 14 ans il y a une dizaine d’années (voir graphique 2). Les résultats concernant les établissements scolaires américains sont brouillés par de faibles taux de réponse, bien que les données disponibles suggèrent que, lors de la dernière session d’évaluation, leurs résultats en lecture et en écriture ont chuté, suivant la tendance observée dans les pays riches. Les tendances sont un peu moins préoccupantes dans les pays en développement, pour lesquels le niveau de performance était initialement plus faible. Mais même dans bon nombre de ces pays, les résultats en mathématiques et en lecture sont en baisse.

Les enfants qui figuraient déjà parmi les moins performants prennent encore davantage de retard. Dans l’ensemble des systèmes éducatifs, l’écart entre les élèves les moins performants et les plus performants n’a jamais été aussi important, selon les données du PISA, et ce dans toutes les disciplines évaluées. Environ 20 % des jeunes de 15 ans dans les pays de l’OCDE sont considérés comme ayant de faibles résultats en lecture, en mathématiques et en sciences — contre 16 % lors des évaluations menées il y a quatre ans. L’OCDE estime que ces jeunes auront du mal à comprendre tout ce qui dépasse les textes les plus simples, ou à déchiffrer une facture de services publics.

Quelles sont les causes de ce recul ? L’impact persistant de la pandémie joue sans aucun doute un rôle. Les jeunes qui ont participé aux tests PISA de cette année avaient environ dix ans lorsque la Covid-19 a frappé ; il est possible qu’ils aient été davantage affectés par les perturbations de cette période que les adolescents qui étaient plus avancés dans leur parcours scolaire.

La pandémie a également engendré de nouveaux problèmes qui persistent sans être maîtrisés. Les taux d’absentéisme restent bien plus élevés qu’avant la propagation de la Covid, pour des raisons très débatues. Dans les pays riches, environ 15 % des élèves manquent au moins une journée d’école primaire tous les quinze jours, contre environ 10 % en 2019 ; les absences sont également en hausse dans les établissements secondaires. Manquer ne serait-ce que quelques jours de cours peut avoir un impact considérable sur les notes.

Mais la baisse des résultats va également raviver les inquiétudes de longue date concernant l’impact de la technologie sur l’apprentissage des enfants — et sur leurs compétences en lecture en particulier. L’omniprésence des téléphones portables et l’accès généralisé aux réseaux sociaux font que les jeunes sont moins amenés à s’exercer à comprendre des textes complexes, affirme Andreas Schleicher, responsable de l’éducation à l’OCDE. Il souligne une augmentation du nombre de candidats classés comme « lecteurs pressés » qui parcourent rapidement l’évaluation de lecture tout en se trompant sur de nombreuses réponses.

Les écrans détournent manifestement les enfants des livres : seuls 37 % des enfants américains âgés de neuf ans déclarent aujourd’hui lire pour le plaisir, contre près de 60 % dans les années 1990. Le recul de la culture de la lecture pourrait bien faire baisser les notes dans d’autres disciplines, car une bonne maîtrise de la lecture est également essentielle pour progresser dans des matières telles que les mathématiques et les sciences.

Relever ces défis nécessite des politiques scolaires de premier ordre. Or, sur un large éventail de questions, les ministères de l’Éducation semblent manquer à leur devoir. M. Schleicher craint que les écoles ne soient devenues « complaisantes » et qu’elles aient de plus en plus tendance à dire aux élèves et aux parents que « un travail médiocre, c’est très bien ». Il critique l’utilisation excessive et désordonnée des logiciels éducatifs en classe, affirmant que les élèves servent trop souvent de « cobayes » à des outils dont l’efficacité n’a pas été prouvée. Certaines données suggèrent qu'on a laissé les écoles devenir de plus en plus turbulentes. Dans une récente enquête, des enseignants des pays riches ont indiqué que le temps qu'ils consacraient simplement à maintenir l'ordre augmentait progressivement.

Le programme PISA pourrait lui-même porter une part de responsabilité pour avoir orienté les réformateurs scolaires sur une voie hasardeuse. Lorsque les tests ont été menés pour la première fois en 2000, la Finlande a surpris le monde entier en se classant en tête du classement. Les décideurs politiques qui s’étaient rendus à Helsinki pour s’inspirer de l’expérience finlandaise sont revenus avec des messages que les enseignants de leur pays d’origine étaient ravis d’entendre. La Finlande semblait avoir obtenu des résultats remarquables avec un nombre limité d’évaluations et d’inspections. Son système éducatif prônait un apprentissage « basé sur le jeu », en particulier pour les plus jeunes. Il soutenait que les enseignants devaient passer moins de temps à parler devant le tableau noir et davantage à aider les élèves à trouver les réponses par eux-mêmes.

Pourtant, depuis ces premières évaluations PISA, presque aucun pays n’a vu ses résultats chuter aussi brutalement que la Finlande — une baisse qui se poursuit dans les derniers résultats. Les détracteurs de la Finlande avancent que les notes élevées obtenues en 2000 reflétaient en réalité des approches pédagogiques traditionnelles qui prévalaient encore dans ses écoles jusque dans les années 1990 — et non les nouvelles politiques « progressistes » qui ont fait sa renommée. Si tel est le cas, cette erreur a peut-être fait dérailler des dizaines de systèmes scolaires.

Quels pays pourraient servir de nouveaux modèles ? Les systèmes scolaires asiatiques ont eux aussi connu une certaine baisse ces dernières années, mais généralement moins marquée que dans d’autres pays riches. L’écart important entre les résultats de l’Est et de l’Ouest suggère que les politiques menées en Asie de l’Est méritent d’être réexaminées. Les parents y sont très attachés à la scolarité et n’hésitent souvent pas à dépenser sans compter pour des cours particuliers.

Les critiques ont raison de souligner que de tels facteurs sociaux sont difficiles à reproduire. Mais les responsables politiques de la région ont également pris un certain nombre de décisions judicieuses. Les pays asiatiques sont bien moins obsédés que les pays occidentaux par le maintien de classes à effectifs réduits : ils choisissent généralement d’avoir moins d’enseignants, qu’ils peuvent alors mieux rémunérer et former de manière plus intensive. Cela semble fonctionner mieux que d’ajouter sans cesse du personnel dans les écoles — la principale méthode par laquelle les États-Unis, en particulier, ont longtemps tenté d’améliorer les résultats.

La progression de la Grande-Bretagne dans les classements mérite davantage d’attention qu’elle n’en a reçu. Il y a une quinzaine d’années, sous un gouvernement de coalition dirigé par les conservateurs, les réformateurs scolaires en Angleterre — de loin le plus grand des quatre systèmes scolaires distincts du Royaume-Uni — ont pris une direction opposée à celle adoptée par la plupart des autres pays.

Le pays a renforcé le contenu factuel de ses programmes scolaires (certains préfèrent parler de « programmes riches en connaissances ») à une époque où, ailleurs, les décideurs politiques ne tarissaient pas d’éloges sur l’importance d’inculquer de vagues « compétences non techniques ». Il a rendu les examens plus rigoureux, a réduit l’importance des devoirs (pour lesquels il est facile de tricher) et a durci les inspections. Les responsables politiques ont également cherché à éloigner les écoles des méthodes d'enseignement dernier cri, à la mode mais non éprouvées, pour les ramener vers des méthodes plus traditionnelles.

Le fait que les politiques anglaises aient joué un rôle bénéfique sur les résultats scolaires apparaît très clairement lorsqu’on les compare à celles des systèmes scolaires voisins qui ont choisi une voie radicalement différente. Il y a vingt ans, les enfants écossais obtenaient de meilleurs résultats que leurs camarades du sud de la frontière. Aujourd’hui, leurs résultats ont tendance à être moins bons, alors même que les dépenses scolaires par élève y sont bien plus élevées. Les critiques de l’Écosse imputent cette situation à un programme scolaire à la mode « moderne », ainsi qu’à une approche laxiste en matière de discipline. Ni la Covid ni les écrans n’expliquent cette disparité, étant donné que ces fléaux ont touché tous les enfants de Grande-Bretagne de manière assez similaire.

Les résultats aux examens ne constituent pas une mesure de la valeur d’une personne, ni la preuve qu’elle est vouée à l’échec ou à la réussite. Mais de bonnes notes sont un indicateur très fiable de revenus plus élevés, d’une meilleure santé et d’une espérance de vie plus longue, parmi une multitude d’autres avantages. À l’échelle nationale, l’amélioration du niveau intellectuel d’un pays semble aller de pair avec des poussées ultérieures de croissance économique ; une analyse réalisée par Ludger Woessmann et Eric Hanushek, deux économistes, conclut qu’une augmentation de 25 points des résultats au test PISA pourrait faire progresser la croissance annuelle du PIB des pays riches d’un demi-point de pourcentage. Il n’existe pas encore beaucoup de preuves que l’intelligence artificielle réduira les retombées d’une éducation de haut niveau, mais il y a de nombreuses raisons de penser que cette technologie fera des ravages parmi les personnes peu qualifiées. Il est temps pour les réformateurs de l’éducation de se plonger dans les livres.

Source : The Economist

« Grand remplacement » : retour sur une polémique et tabou

Nous ne sommes pas sûr de suivre Mathieu Bock-Coté quand il dit (vers 1 min 24) : « Et là, on tombe sur la fameuse question de la théorie du Grand Remplacement. Et là, c'est la formule médiatique consacrée, c'est la théorie conspirationniste et raciste du grand remplacement. Et je lui demande est-ce que c'est une théorie raciste ? Elle me dit, elle est fausse, c'est mensongère. Très bien, elle est inexacte. »

Ou plus précisément, on ne sait si le « inexact » est une concession rhétorique pour faire avancer le débat comme pour dire « admettons qu'elle soit raciste, faut-il alors, selon vous, traîner les gens qui utilisent cette formule devant les tribunaux ? ». Ou Bock-Côté dit-il qu'elle inexacte car son auteur, Renaud Camus, n'y voit qu'une description factuelle et non un complot ourdi en secret par quelques noirs cénacles ?

En effet, Renaud Camus a nié, de façon répétée et explicite, que le « Grand Remplacement » soit un complot ou une « théorie du complot ». Il a réagi très souvent à cette accusation.

Ce que Camus dit lui-même

Sa position constante est à peu près celle-ci :

  • le Grand Remplacement n’est pas une théorie ;
  • ce n’est donc pas une théorie du complot ;
  • c’est un constat, un « chrononyme » (comme « Grande Guerre » ou « Grande Dépression ») : le nom d’une époque d’après son phénomène principal, le « changement de peuple et de civilisation ».

Dans un entretien de 2023 (repris dans son journal), à la question « Qu’est-ce qui se cache derrière, un complot ? », il répond :

Certainement pas. Le mot est infiniment trop petit. Il s’agit de mécanismes infiniment plus vastes, dont les rouages ne sont pas forcément des hommes, des femmes, des groupes ou des coalitions d’intérêts.

Ailleurs, il écrit qu’il n’a « jamais fait allusion au moindre “complot” », mot qu’il juge « ridiculement petit » face à des mécanismes industriels, financiers, cybernétiques, ontologiques.

Il ajoute souvent qu’un complot est censé être secret, alors que le processus, selon lui, « s’étale en pleine lumière », même si les médias et les élites le nient ou le taisent.

A-t-il réagi à l’accusation de complot ?

Oui, de façon obsessionnelle depuis plus de dix ans. Il appelle cela « la théorie de la théorie du complot » : selon lui, coller l’étiquette « complotiste » à toute description du changement démographique sert à décrédibiliser la question sans la discuter.

Il s’est parfois demandé s’il n’avait pas eu tort de passer tant de temps à se défendre de l’être. En 2015, dans son journal, il écrit même être devenu « semi-complotiste a posteriori » : non pas qu’il croie à un complot au sens classique, mais à une « volonté agissante ». Plus récemment, il ironise : les journalistes qui répétaient « théorie du complot ! » avaient peut-être raison de pointer une volonté, même si le mot reste « dix millions de fois trop petit ».

Source de ce phénomène démographique, selon Camus ?

Pas par une cabale secrète à la manière des Protocoles de Sion. Camus écarte en général l’idée d’un petit groupe d’inspirateurs cachés. Il distingue deux plans :

  • Le Grand Remplacement : le phénomène qui décrit l'immigration de masse, les différentiels de fécondité entre populations et la « déculturation », qu’il présente comme un fait, pas comme un plan ourdi dans l’ombre.
  • Le « remplacisme global » / la « davocratie » : sa théorie des causes. Ce serait la gestion managériale du « parc humain » par Davos, les banques, les fonds spéculatifs, les fonds de pension, les multinationales, les GAFAM, la cybernétique. Voir par exemple cet entretien.

Les « acteurs » qu’il nomme ne sont pas un comité secret unique :

  • les élites « remplacistes » (politiques « La Nouvelle France » de Mélenchon par exemple, médiatiques, intellectuelles) qui, selon lui, acceptent, encouragent ou taisent le processus ;
  • des intérêts économiques très concrets (main-d’œuvre, croissance, interchangeabilité) ;
  • une logique systémique plus qu’une intention claire : il compare cela à la Révolution industrielle, parle de Machenschaft (Heidegger) et dit que « la Machine se corrige et se contrôle elle-même » ;
  • parfois « vous, moi, la petite bourgeoisie universelle ».

Il parle aussi d’une « conspiration du silence » des élites sur le sujet, ce qui, pour ses critiques, suffit à classer le récit comme complotiste. Voir notamment l’article Grand remplacement sur Wikipédia.

Comment les autres le présentent

Wikipédia, Conspiracy Watch, Le Monde, franceinfo, etc., qualifient le Grand Remplacement de théorie complotiste d’extrême droite : substitution démographique acceptée, soutenue, voire organisée par une élite « remplaciste », dans un cadre « mondialiste ».

La tension est donc celle-ci : Camus refuse le mot « complot » et le schéma du secret ourdi par un petit groupe identifiable ; il décrit pourtant des élites complices, une volonté politique/financière et un silence organisé. Ses détracteurs retiennent le second volet ; lui insiste sur le premier.

L’existence des peuples, contre Habermas

Après le rappel de la polémique récente sur l'expression taboue de « Grand Remplacement », Bock-Côté dit que, pour nier toute idée de « remplacement » ou de « submersion », on commence par nier l’existence même des peuples historiques :

  • si le peuple d’un pays n’existe plus au sens ethnoculturel, démographique, civilisationnel, il ne peut pas être « submergé » ;
  • « si une réalité n’existe pas, elle ne peut pas disparaître » ;

  • mais réduire les peuples à de pures constructions juridiques rend le monde « inintelligible ».

Il donne des contre-exemples : les Irlandais face à l’Empire britannique ; les Slovènes et les Croates au moment de l’éclatement de la Yougoslavie ; les Catalans et les Écossais aujourd’hui. Dans chaque cas, des gens juridiquement citoyens d’un État disent qu’ils forment un peuple irréductible aux catégories légales du régime.

L'éditorialiste québécois pose ensuite la question pour la France : le mot « France » n’a-t-il qu’un sens constitutionnel, ou désigne-t-il aussi un peuple avec 1 500 ans d’histoire, au-delà des valeurs « circonstancielles » (républicaines, libérales, monarchiques, etc.) ?

Selon Bock-Côté, Habermas, pour tirer les leçons du nazisme, redéfinit la nation comme adhésion à un pacte constitutionnel sans arrière-plan culturel. Le chroniqueur de CNews dit comprendre le traumatisme allemand, mais refuse que tous les peuples occidentaux « abolissent leur identité culturelle » pour se définir seulement par un texte administratif et juridique, « pour payer les fautes de l’Allemagne ».

Il pousse l’argument : si demain la France était peuplée majoritairement d’Allemands ou de Danois, serait-elle encore la France, ou une extension de l’Allemagne ou du Danemark ?

Il cite aussi les pays baltes (Estoniens, Lettons, Lituaniens) après 1945 : selon lui, ils ont dû définir un droit de la nationalité pour que les populations russes installées par la colonisation soviétique ne les privent pas, par le vote, de leur indépendance.

Les peuples minoritaires : Taubira et la Guyane


Bock-Côt. enchaîne avec Christiane Taubira. Il rappelle des propos de 2007 (et d’environ deux ans plus tôt) sur la Guyane :

Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre.
Elle expliquait cela, dit-il, par des « plans de peuplement » lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes et sécuriser le centre spatial.

Or Taubira a le droit de parler ainsi, et personne ne la traite de complotiste, de raciste ou d’extrême droite. La mise en minorité d’un peuple historique sur son territoire n’est donc pas, en soi, une thèse interdite — sauf, apparemment, quand il s’agit du peuple français [occidental plus globalement dirions-nous].

L’Initiative du siècle au Canada

L'éditorialiste évoque l’Initiative du siècle (Century Initiative) : un projet visant un Canada de 100 millions d’habitants, dont la croissance reposerait surtout sur l’immigration.

Selon lui, l’État canadien s’en est historiquement servi pour :

  • noyer la présence française au Québec** ;
  • et surtout affaiblir le poids politique des indépendantistes québécois.

Le parallèle avec Taubira est clair : elle parlait de « plans de peuplement » pour noyer l’indépendantisme guyanais ; Bock-Côté applique le même schéma au Québec dans le Canada.

Rappelons que l’Initiative du siècle est un groupe de pression canadien, lancé notamment par Dominic Barton (alors McKinsey) et Mark Wiseman (BlackRock), qui milite pour porter la population du Canada à 100 millions d’ici 2100. Bock-Côté et d’autres nationalistes québécois y voient une « noyade » du Québec francophone dans un Canada beaucoup plus peuplé et plus anglophone.

Voir aussi

Le Premier ministre canadien Mark Carney a invité à son conseil un confondateur de l'Initiative du Siècle

 
 
 


jeudi 10 septembre 2026

France — pour le Grand maître du Grand Orient, les écoles religieuses subventionnées « n'ont pas leur place dans la République »


Déjà élu en 2023, Guillaume Trichard a de nouveau été choisi par ses pairs, vendredi, à Bordeaux, pour reprendre les fonctions de grand maître du Grand Orient de France.

Il a déclaré dans le Figaro du samedi 29 août 2026 

Dans quelques semaines, nous publierons un livre blanc sur l'école de la République, avec des propositions nombreuses. Je ne rentrerai pas dans le débat des écoles privées et de l'école publique, quand bien même le Grand Orient de France est un ardent promoteur de l'école publique laïque et gratuite. L'on connaît le rôle que les francs-maçons ont joué dans les lois Jules Ferry. Mais j'estime que les écoles privées hors contrat n'ont pas leur place dans la République. Parce que hors contrat, ça signifie qu'il n'y a pas de contrat avec la République indivisible, laïque, démocratique et sociale, ce qui peut laisser place à de nombreuses dérives.

Voir aussi

Vers un vivre-ensemble autoritaire ?

Ministre socialiste français veut museler l'école dite catholique : elle doit être « neutre » (2013)

France — Tous contre l’enseignement catholique : cible à abattre

Pour le ministre de l'Éducation français, le socialisme est une religion (2013)

De la patho­lo­gi­sa­tion de la religion

Suisse — non à la religion chrétienne dans les écoles pour les socialistes, mais oui désormais au voile islamique

Maire français au sujet d' une école catholique : « Je l'aurais fermée deux fois plus » [qu'une école musulmane]

mercredi 9 septembre 2026

Baisse du niveau scolaire : l'alerte de Madeleine de Jessey

Madeleine de Jessey, professeur de lettres classiques et auteur de «L'École des illettrés» (éd. Albin Michel), est l'invitée de Vincent Roux dans Points de Vue.


Travailleurs temporaires et services publics : l’Alberta se prépare à un référendum sur l’immigration

Le 19 octobre 2026, les électeurs albertains seront appelés aux urnes pour un référendum provincial hors du commun. Parmi la dizaine de questions qui leur seront soumises, cinq portent directement sur l’immigration et l’accès aux services publics. La première ministre Danielle Smith présente ce scrutin comme une réponse à une pression financière qu’elle juge devenue insoutenable. Selon elle, pour chaque dollar d’impôt généré par un travailleur temporaire, les contribuables albertains assumeraient environ dix dollars en services de santé, d’éducation et d’aide sociale.

Elle a notamment évoqué quelque 282 000 travailleurs temporaires dont les coûts de santé atteindraient environ 1,9 milliard de dollars, auxquels s’ajouteraient près de 600 millions pour les quelque 45 000 enfants de ces travailleurs inscrits dans le système scolaire.

En mars 2026, le ministre de l’Éducation, Demetrios Nicolaides, a notamment déclaré en comité budgétaire qu’il y avait 45 554 élèves « résidents temporaires » dans le système scolaire, à un coût d’environ 12 000 $ par élève, soit 544 millions $ pour 2026.

 La facture totale approcherait ainsi 2,5 milliards de dollars pour des personnes qui, selon le gouvernement provincial, n’ont pas encore pris d’engagement permanent envers l’Alberta. La première ministre compare régulièrement cette situation à celle d’un visiteur à l’étranger, qui devrait généralement souscrire une assurance plutôt que de compter immédiatement sur les régimes publics du pays d’accueil.

Ces questions sont issues des consultations menées par le panel Alberta Next en 2025. Les électeurs devront notamment se prononcer sur la possibilité pour le gouvernement provincial d’exercer un maîtrise accrue sur les seuils d’immigration, de privilégier les migrants économiques et de donner la priorité aux Albertains pour les nouveaux emplois. D’autres propositions visent à restreindre l’accès immédiat à certains programmes provinciaux aux citoyens, aux résidents permanents et aux personnes titulaires d’un statut d’immigration approuvé par l’Alberta; à imposer un délai de résidence de douze mois avant l’accès à certains programmes; et à faire payer aux titulaires d’un statut temporaire une contribution pour l’utilisation des systèmes de santé et d’éducation. Ces questions n’auront toutefois pas de force juridique contraignante.

Les sondages récents montrent néanmoins un appui majoritaire à ces propositions. Une enquête de Research Co., réalisée à la fin août 2026 auprès d’électeurs probables, fait état d’un soutien compris entre 58 % et 66 % selon les différentes questions relatives à l’immigration. Environ 65 % des répondants se disent notamment favorables à un contrôle provincial accru afin de ramener l’immigration à des niveaux jugés plus soutenables. Ces résultats contrastent avec la question de la séparation : une nette majorité d’Albertains continue de préférer que la province demeure au sein du Canada.

Le débat est toutefois loin d’être tranché. Certaines analyses soulignent que la forte croissance démographique a également accru les recettes fiscales. Entre 2022 et 2026, la population albertaine a augmenté d’environ 11 %, tandis que les revenus provenant de l’impôt des particuliers et des sociétés ont progressé davantage que les dépenses consacrées à la santé et à l’éducation. Les travailleurs temporaires contribuent par ailleurs à combler des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, la restauration, la construction et les soins. Le Programme des travailleurs étrangers temporaires du gouvernement fédéral exige généralement une étude d’impact sur le marché du travail destinée à démontrer qu’aucun résident canadien n’est disponible pour occuper le poste. Pour les critiques, le ratio avancé par Mme Smith — un dollar de recettes pour dix dollars de dépenses — donne donc une image trop simplifiée de la réalité, puisque les cotisations, la consommation et la production de ces travailleurs doivent également être prises en compte.

Sur le plan constitutionnel, l’immigration relève principalement de la compétence fédérale, même si les provinces disposent de certains pouvoirs de sélection, notamment pour les immigrants économiques. Le Québec bénéficie déjà, en vertu de l’Accord Canada-Québec de 1991, d’un pouvoir de sélection beaucoup plus étendu que celui des autres provinces. L’Alberta cherche à obtenir un levier comparable. Il ne s’agirait pas, affirme Edmonton, de fermer la porte à l’immigration, mais de pouvoir en déterminer davantage le rythme et le profil, ainsi que les conditions d’accès aux services financés par les contribuables provinciaux. Pour le gouvernement Smith, l’objectif est de protéger des systèmes mis sous pression par la forte croissance démographique et de recentrer l’immigration sur des personnes susceptibles de s’établir durablement dans la province.

Le référendum d’octobre ne modifiera évidemment pas, à lui seul, le partage constitutionnel des compétences. Il pourrait néanmoins fournir au gouvernement albertain un mandat politique difficile à ignorer. Si les propositions relatives à l’immigration recueillent une majorité, Edmonton pourra s’en prévaloir dans ses négociations avec Ottawa, dans l’élaboration de mesures relevant de sa compétence et dans la mise en place éventuelle de frais ou de délais d’accès aux services pour les titulaires de statuts temporaires.

Au-delà de leur portée juridique limitée, les questions posées aux Albertains auront donc une portée politique considérable. Le scrutin permettra de mesurer leur degré d’acceptation du modèle actuel — croissance démographique rapide, accueil important de travailleurs temporaires, accès relativement immédiat aux services publics et prise en charge collective des coûts — ou leur volonté d’établir un contrat plus explicite entre ceux qui s’installent temporairement dans la province et la collectivité qui les accueille.

mardi 8 septembre 2026

Classement PISA 2025 (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) en science et en mathématique:

Classement PISA 2025 (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) en science et en mathématique:

1- Chine 🇨🇳 : Sciences 597 | Maths 612
2- Singapour 🇸🇬 : Sciences 560 | Maths 563
3- Macao (Chine) 🇲🇴 : Sciences 541 | Maths 549
4- Taipei chinois 🇹🇼 : Sciences 540 | Maths 546
5- Japon 🇯🇵 : Sciences 538 | Maths 525
6- Estonie 🇪🇪 : Sciences 527 | Maths 508
7- Corée 🇰🇷 : Sciences 526 | Maths 522
8- Royaume-Uni 🇬🇧 : Sciences 511 | Maths 488
9- Canada 🇨🇦 : Sciences 510 | Maths 485
10- Nouvelle-Zélande 🇳🇿 : Sciences 509 | Maths 480
11- Australie 🇦🇺 : Sciences 509 | Maths 478
12- Finlande 🇫🇮 : Sciences 504 | Maths 469
13- États-Unis 🇺🇸 : Sciences 502 | Maths 463
14- Suisse 🇨🇭 : Sciences 501 | Maths 499
15- Irlande 🇮🇪 : Sciences 500 | Maths 480
16- Autriche 🇦🇹 : Sciences 497 | Maths 478
17- Hong Kong (Chine) 🇭🇰 : Sciences 496 | Maths 522
18- Pologne 🇵🇱 : Sciences 495 | Maths 474
19- Turquie 🇹🇷 : Sciences 494 | Maths 462
20- Tchéquie 🇨🇿 : Sciences 490 | Maths 487
21- Belgique 🇧🇪 : Sciences 490 | Maths 470
22- Lituanie 🇱🇹 : Sciences 488 | Maths 470
23- Allemagne 🇩🇪 : Sciences 486 | Maths 474
24- Pays-Bas 🇳🇱 : Sciences 485 | Maths 483
25- Suède 🇸🇪 : Sciences 485 | Maths 464
26- Slovénie 🇸🇮 : Sciences 484 | Maths 460
27- France 🇫🇷 : Sciences 483 | Maths 458
28- Italie 🇮🇹 : Sciences 483 | Maths 468
29- Portugal 🇵🇹 : Sciences 482 | Maths 460
30- Hongrie 🇭🇺 : Sciences 480 | Maths 459
31- Danemark 🇩🇰 : Sciences 478 | Maths 471
32- Espagne 🇪🇸 : Sciences 477 | Maths 459
33- Croatie 🇭🇷 : Sciences 476 | Maths 455
34- Slovaquie 🇸🇰 : Sciences 475 | Maths 469
35- Luxembourg 🇱🇺 : Sciences 474 | Maths 458
36- Norvège 🇳🇴 : Sciences 470 | Maths 452
37- Lettonie 🇱🇻 : Sciences 468 | Maths 450
38- Émirats arabes unis 🇦🇪 : Sciences 458 | Maths 453
39- Vietnam 🇻🇳 : Sciences 457 | Maths 443
40- Malte 🇲🇹 : Sciences 453 | Maths 443
41- Régions ukrainiennes 🇺🇦 : Sciences 448 | Maths 431
42- Uruguay 🇺🇾 : Sciences 445 | Maths 405
43- Chili 🇨🇱 : Sciences 442 | Maths 403
44- Israël 🇮🇱 : Sciences 442 | Maths 433
45- Islande 🇮🇸 : Sciences 441 | Maths 430
46- Brunei 🇧🇳 : Sciences 439 | Maths 435
47- Maurice 🇲🇺 : Sciences 438 | Maths 407
48- Ouzbékistan 🇺🇿 : Sciences 438 | Maths —
49- Monténégro 🇲🇪 : Sciences 435 | Maths 411
50- Albanie 🇦🇱 : Sciences 435 | Maths 433
51- Qatar 🇶🇦 : Sciences 434 | Maths 416
52- Grèce 🇬🇷 : Sciences 434 | Maths 424
53- Thaïlande 🇹🇭 : Sciences 432 | Maths 407
54- Serbie 🇷🇸 : Sciences 429 | Maths 417
55- Roumanie 🇷🇴 : Sciences 425 | Maths 419
56- Mongolie 🇲🇳 : Sciences 424 | Maths 419
57- Costa Rica 🇨🇷 : Sciences 424 | Maths 387
58- Géorgie 🇬🇪 : Sciences 422 | Maths 416
59- Moldavie 🇲🇩 : Sciences 422 | Maths 410
60- Bulgarie 🇧🇬 : Sciences 421 | Maths 405
61- Kazakhstan 🇰🇿 : Sciences 420 | Maths 414
62- Malaisie 🇲🇾 : Sciences 419 | Maths 397
63- Colombie 🇨🇴 : Sciences 414 | Maths 381
64- Mexique 🇲🇽 : Sciences 414 | Maths 388
65- Arabie saoudite 🇸🇦 : Sciences 413 | Maths 390
66- Chypre 🇨🇾 : Sciences 411 | Maths 412
67- Azerbaïdjan 🇦🇿 : Sciences 409 | Maths 422
68- Brésil 🇧🇷 : Sciences 409 | Maths 377
69- Jordanie 🇯🇴 : Sciences 407 | Maths 388
70- Pérou 🇵🇪 : Sciences 406 | Maths 382
71- Argentine 🇦🇷 : Sciences 393 | Maths 367
72- Indonésie 🇮🇩 : Sciences 389 | Maths 364
73- El Salvador 🇸🇻 : Sciences 385 | Maths 346
74- Cambodge 🇰🇭 : Sciences 382 | Maths 366
75- Macédoine du Nord 🇲🇰 : Sciences 378 | Maths 380
76- Philippines 🇵🇭 : Sciences 373 | Maths 371
77- Liban 🇱🇧 : Sciences 372 | Maths 377
78- Tunisie 🇹🇳 : Sciences 369 | Maths 376
79- Kirghizistan 🇰🇬 : Sciences 363 | Maths 364
80- République dominicaine 🇩🇴 : Sciences 361 | Maths 339
81- Autorité palestinienne 🇵🇸 : Sciences 359 | Maths 354
82- Maroc 🇲🇦 : Sciences 358 | Maths 355
83- Kosovo 🇽🇰 : Sciences 357 | Maths 350
84- Paraguay 🇵🇾 : Sciences 355 | Maths 334
85- Région du Kurdistan (Irak) 🇮🇶 : Sciences 352 | Maths 339
86- Guatemala 🇬🇹 : Sciences 351 | Maths 334
87- Zambie 🇿🇲 : Sciences 337 | Maths 314
88- Kenya 🇰🇪 : Sciences 335 | Maths 326
89- Douchanbé (Tadjikistan) 🇹🇯 : Sciences 334 | Maths 382
90- Rwanda 🇷🇼 : Sciences 317 | Maths 312

Source: OCDE, Plus de 760 000 élèves de 91 pays et économies du monde entier, représentant en tout environ 33 millions de jeunes de 15 ans, ont participé, en 2025, à l’évaluation PISA en sciences, en mathématiques

Sont arrivées en tête de classement dans ces trois domaines les collectivités chinoises de Pékin, Shanghai, Jiangsu et Zhejiang, ainsi que Singapour. L’Estonie, la Corée, le Japon, Macao (Chine),  Formose (Taipei chinois) et le Royaume-Uni figuraient également sur la liste des 10 meilleurs systèmes éducatifs.

La performance globale des pays de l’OCDE se détériore : les résultats moyens en sciences, en lecture et en mathématiques sont, en effet, les plus faibles jamais observés. Quelques progrès n’en doivent pas moins être relevés ; ainsi, parmi les pays de l’OCDE, le Costa Rica, la République slovaque, la Türkiye et le Royaume-Uni ont amélioré leurs résultats en sciences par rapport à 2022. 

Les résultats en lecture ont connu une baisse particulièrement marquée sur trois ans, notamment en ce qui concerne les compétences les plus utiles à l’ère de l’IA, comme savoir évaluer l’information, faire des liens entre différentes sources et poser un regard critique sur ses lectures. Les cas de « lecture hâtive » – où les élèves lisent rapidement, mais de manière imprécise – ont pratiquement doublé en proportion par rapport à 2018, pour atteindre 9 %.


Les données du Canada sont néanmoins à prendre avec des pincettes, puisque pour le Québec comme pour le Canada, « une ou plusieurs normes d’échantillonnage du programme PISA n’ont pas été respectées », précise l’OCDE dans la présentation de ses résultats. D'autres pays sont concernés : Pays-Bas, Nouvelle-Zélande Norvège et États-Unis (dans l'OCDE) et l'Albanie (hors OCDE, mais partenaire pour cette étude).

Il semblerait notamment que les élèves qui ont passé les tests aient un meilleur niveau que la moyenne nationale, entraînant une légère surévaluation de leurs performances.

Par conséquent, les résultats présentés pourraient comporter de « grandes incertitudes, voire être biaisés », ajoute le rapport.

Les limites des tests PISA

Quels élèves sont soumis au test ? Dans quelles écoles ? Impossible de le savoir.

L’OCDE exige une confidentialité absolue et la Commission d’accès à l’information refuse de rendre accessible la liste des écoles participantes.

L’OCDE assure que sa méthode d’échantillonnage est béton, que les élèves sont choisis au hasard, que les écoles publiques et privées, par exemple, sont adéquatement représentées.

Encore faut-il pouvoir le vérifier.

« Et c’est pour ça qu’un chercheur sérieux se garde une grande réserve quant à l’interprétation des résultats. Sur le plan méthodologique, ça semble sérieux, mais il y a des zones d’ombre », estime Roch Chouinard, professeur émérite à l’Université de Montréal, interrogé par La Presse.

« Dans une logique de chercheurs et quand il s’agit de publications scientifiques, croit aussi Line Laplante, professeure au département de didactique des langues à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), il faut avoir accès aux données brutes, donc aux écoles, aux élèves qui passent le test. »

Mais au surplus, l’OCDE elle-même invite à interpréter les résultats PISA 2025 avec prudence pour plusieurs pays. Car aussi bien pour le Canada que pour les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, les États-Unis et l’Albanie, « une ou plusieurs normes d’échantillonnage PISA n’ont pas été respectées ».

Pour vulgariser la chose : trop d’écoles ou d’élèves sélectionnés n’ont pas participé, ou trop d’élèves ont été exclus. Au Canada, le taux de participation pondéré des écoles n’a atteint qu’environ 82 % après remplacement (la cible est de 85 %) et celui des élèves environ 77 % (la cible est de 80 %), tandis que le taux d’exclusion dépasse légèrement le plafond de 5 %. Une analyse du biais de non-réponse a été jugée suffisamment rigoureuse pour que les données canadiennes soient tout de même publiées. L’organisme canadien responsable de l’enquête précise toutefois que les résultats du Québec — comme ceux de Terre-Neuve-et-Labrador, de la Nouvelle-Écosse, de l’Ontario, du Manitoba, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique — doivent être lus avec prudence, en raison d’un possible biais de non-réponse. Le risque habituel demeure : que des écoles ou des élèves plus faibles s’auto-excluent et fassent ainsi augmenter artificiellement les moyennes.

Un test avantageux pour les Québécois ?

Au-delà des considérations statistiques, Roch Chouinard fait observer que les élèves québécois sont probablement avantagés par les tests PISA du fait que les notions évaluées « correspondent exactement à ce sur quoi nos programmes éducatifs et nos écoles mettent l’accent », notamment la résolution de problèmes de tous les jours en mathématiques (la France insiste davantage sur les maths formelles, par exemple). 

Line Laplante pense de même pour ce qui est de la langue maternelle. Pour tous les pays, ce qui est évalué par le PISA, c’est la compréhension de texte, et non l’écriture ou l’orthographe. « Or, dans l’épreuve d’écriture de la fin du secondaire du ministère de l’Éducation du Québec, l’orthographe d’usage et l’orthographe grammaticale sont les deux critères sur lesquels les élèves québécois en arrachent le plus », fait observer Line Laplante.

La faiblesse des élèves en orthographe et en grammaire ne les pénalise donc pas quand ils passent leurs tests PISA. Elle ne les empêche pas non plus d’obtenir à tout le moins la note de passage aux examens du Ministère.

« Les élèves de 5e secondaire peuvent réussir en français tout en ayant échoué aux critères d’orthographe de l’examen du Ministère », l’examen du Ministère ne constitue qu’un pourcentage de la note finale du cours de français. Notons que les tests PISA n'évalue en rien la culture générale (souvent très lacunaire chez les jeunes québécois), la capacité de composition d'une dissertation, d'une critique structurée d'un texte littéraire ou scientifique.

Sinon révélateurs de la valeur exacte de notre système d’éducation, ces résultats PISA donnent donc certaines tendances.

 

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lundi 7 septembre 2026

L'école privée catholique Loyola de Montréal, victime collatérale de la nouvelle laïcité québécoise

Loyola, L’Eau-Vive, les écoles chrétiennes dans le collimateur de l'État québécois

On se souviendra que le collège privé catholique Loyola de Montréal avait contesté dès 2008 l’imposition gouvernementale d’une posture « neutre » dans les classes d’Éthique et culture religieuse, rendues obligatoires par le gouvernement québécois. Le collège soutenait qu’on ne pouvait exiger d’une institution catholique qu’elle enseigne le catholicisme en adoptant précisément le point de vue extérieur et neutre que le programme imposait. En 2015, la Cour suprême du Canada lui donna raison sur ce point : elle jugea déraisonnable le refus du gouvernement de tenir compte de la liberté religieuse de l’établissement, tout en confirmant la validité générale du programme Éthique et culture religieuse. Lequel programme a été aboli en 2020 et remplacé en 2024 par un nouveau programme  de Culture et citoyenneté québécoise.

Seize ans plus tard, Loyola se retrouve de nouveau confrontée à l’État québécois. Cette fois, le gouvernement ne lui demande plus seulement de modifier la manière dont elle enseigne la religion : la Loi 9, adoptée et sanctionnée le 2 avril 2026, conditionne désormais le maintien de certaines subventions publiques des écoles privées à des exigences renforcées de laïcité. Pour les établissements confessionnels comme Loyola, les conséquences seront importantes à compter du 2 avril 2029 : l’enseignement religieux obligatoire ne pourra plus avoir pour objectif de transmettre les croyances catholiques et les messes, prières et retraites devront être facultatives et se dérouler à l’extérieur des heures consacrées aux services éducatifs.

Loyola vient donc d’annoncer qu’elle fera le choix de son identité plutôt que celui de la subvention. Fondée en 1896, l’école entend renoncer au financement provincial et devenir entièrement indépendante. Elle estime que la disparition de la subvention représente environ 7 500 $ par élève et par an et que ses frais de scolarité pourraient passer d’environ 12 530 $ à 20 000 ou 21 000 $. Elle promet, en contrepartie, de développer considérablement son aide financière afin que l’indépendance de l’école ne la transforme pas en établissement réservé aux familles aisées.

Loyola insiste sur un point essentiel : elle n'est pas une institution en déclin. Les demandes d’admission sont à un niveau historique, la vie scolaire est florissante et ses finances sont solides. Elle fait donc un choix délibéré : elle préfère perdre l’argent public plutôt que de laisser l’État déterminer jusqu’où elle peut être catholique et jésuite. Le célèbre établissement dit prendre cette décision « en position de force, et non de faiblesse »

Mais Loyola n’est pas la seule école chrétienne placée dans cette situation.

À Québec, l’École L’Eau-Vive, une école privée protestante évangélique fondée en 2001 et qui accueille aujourd’hui plus de 580 élèves, a elle aussi été directement menacée par la réforme. Lors des consultations parlementaires, sa direction expliquait que la contribution de l’État représente environ 47 % des frais de scolarité et que la perte de cette subvention ferait passer la facture actuelle d’environ 3 800 $ à près du triple. Selon ses estimations, moins de 10 % des familles pourraient alors se le permettre.

Le cas de L’Eau-Vive est particulièrement révélateur. L’école affirme respecter le régime pédagogique québécois, ne pas sélectionner ses élèves ou ses enseignants selon leur religion et ne consacrer qu’une petite partie de son horaire — moins de 3 % selon sa direction — à un enseignement chrétien facultatif. Elle affirme en outre qu’aucune dérive ni aucune plainte n’ont été signalées contre elle. Son problème n’est donc pas d’avoir été prise en flagrant délit d’une pratique coercitive ou d’une violation du programme scolaire : c’est précisément son caractère chrétien revendiqué qui la met en difficulté.

Le contraste avec le contexte politique qui a vu la naissance de la Loi 9 est frappant.

La loi n'est pas nullement née de problèmes posés par les écoles privées Loyola ou L’Eau-Vive. Elle naît de scandales apparus dans le réseau public.

Victoire historique de l'« extrême droite » en Allemagne , le retour du nazisme, après le retour du fascisme avec Melloni ?

 

Radio-Canada (1,4 milliard de $ en subventions par an) veut nous faire « comprendre » en invoquant le nazisme... et l'image de « loups aux dents très, très longues ». L'impartialité en action.

 C’est par un mes­sage posté sur le réseau social X qu’Éric Zem­mour, pré­sident de Recon­quête, a salué la « vic­toire» du parti natio­na­liste alle­mand, anti-im­mi­gra­tion, pro-Donald Trump et rus­so­phile. « L’AfD vient de réa­li­ser 45 % des voix en Saxe-Anhalt. Son record his­to­rique. On accu­sera les élec­teurs», clame-t-il avant d’enchaî­ner : « Les vrais res­pon­sables sont ceux qui, un demi-siècle durant, ont traité comme un délit ce que les peuples éprou­vaient comme une évi­dence : le désir de demeu­rer soi-même. Le cor­don sani­taire n’a jamais pro­tégé per­sonne. Il n’a fait que retar­der l’heure de vérité. »

« En Alle­magne, la vic­toire de l’AfD est le résul­tat de la poli­tique néo­li­bé­rale des gou­ver­ne­ments alle­mands de grande coa­li­tion droite-ps » Jean-luc Mélen­chon can­di­dat LFI à l’élec­tion pré­si­den­tielle
Pour Sarah Knafo, dépu­tée euro­péenne de Recon­quête , l'AfD est « qua­li­fiée à tort de néo­na­zie ».

Même dis­cours du côté de Sarah Knafo, dépu­tée euro­péenne de Recon­quête, invi­tée de TF1 lundi matin. «Je vais vous dire la même chose que ce que j’ai dit lors de la vic­toire de Donald Trump, lors de la vic­toire de Gior­gia Meloni (…) je sais recon­naître une vague occi­den­tale quand j’en vois une », affirme-t-elle. Et l’ancienne can­di­date à la mai­rie de Paris, com­pagne d’Éric Zem­mour dans la vie, d’ajou­ter : « Vous dites le parti d’extrême droite. Je vous rap­pelle quand même que (…) la moi­tié des élec­teurs (alle­mand, NDLR) de centre droit ont voté pour l’AfD ». Pour Sarah Knafo, l’AfD est « qua­li­fiée à tort de néo­na­zie ».

La réac­tion des deux figures de Recon­quête n’est pas très sur­pre­nante. Le parti natio­na­liste français et l’AfD sont alliés au Par­le­ment euro­péen depuis juillet 2024, et siègent dans le même groupe : l’Europe des nations sou­ve­raines (ENS). Si Sarah Knafo est vice-pré­si­dente du groupe, elle est bien la seule élue française de cette for­ma­tion. 

La com­pa­rai­son avec la réac­tion des res­pon­sables du Ras­sem­ble­ment natio­nal (RN), favori des son­dages en vue de la pro­chaine élec­tion pré­si­den­tielle, est fla­grante. Ces der­niers ont accueilli les résul­tats du scru­tin alle­mand par un grand silence. Le jour même du vote, Jean-Philippe Tan­guy, bras droit de Marine Le Pen, avait donné le ton. « On ne se pro­nonce pas sur les élec­tions étran­gères de par­tis avec les­quels nous n’avons pas d’alliance », a-t-il lâché, invité de France 2 et de France Inter. Le député RN avait tout de même ajouté : « Je ne pense pas que l’Alle­magne laisse un parti dan­ge­reux pros­pé­rer (…) On dia­bo­lise à l’excès l’AfD. Sinon, (ce parti) serait inter­dit. »

Jor­dan Bar­della, pré­sident du parti à la flamme, avait été inter­rogé samedi lors du forum de Cer­nob­bio en Ita­lie, sur la pos­si­bi­lité que le RN renoue avec l’AfD. Le jeune loup natio­na­liste a sim­ple­ment répondu que ce n’était « pas prévu ». « Un cer­tain nombre de désac­cords nous ont ame­nés à prendre nos dis­tances avec l’AfD», a rap­pelé celui qui est aussi pré­sident du groupe Patriotes pour l’Europe (PE), avant d’ajou­ter : « Je note néan­moins que la pres­sion élec­to­rale exer­cée par l’AfD en Alle­magne a contri­bué à faire bou­ger les lignes au sein du gou­ver­ne­ment de Frie­drich Merz, puisque l’Alle­magne a réta­bli il y a quelques mois des contrôles à ses fron­tières. »


Source : Le Figaro

dimanche 6 septembre 2026

35 idées reçues sur l’intelligence chez l'homme passées au crible

Publié en 2020 par Cambridge University Press, In the Know (littéralement Bien informé) de Russell Warne est consacré aux idées reçues sur l’intelligence et les tests de QI. L’ouvrage passe au crible 35 affirmations que Warne considère comme largement répandues dans les médias, l’éducation et la culture populaire, puis confronte chacune d’elles aux résultats issus de la recherche psychométrique et de la psychologie différentielle. Les 35 chapitres sont répartis en sept sections : nature de l’intelligence, mesure de l’intelligence, influences sur l’intelligence, intelligence et éducation, conséquences dans la vie, différences entre groupes démographiques, et questions sociales et éthiques.

L’ambition de Warne est moins de proposer une nouvelle théorie de l’intelligence que de présenter au lecteur non spécialiste les acquis scientifiques les mieux établis selon lui. Sa thèse générale est que les différences individuelles de capacité cognitive sont réelles, qu’elles peuvent être mesurées avec une précision notable et qu’elles ont des conséquences importantes dans l’éducation, le travail et diverses dimensions de la vie. Il soutient également que certaines conclusions politiquement ou moralement délicates ne peuvent être écartées simplement parce qu’elles sont désagréables ou historiquement compromises.

L’auteur

Russell T. Warne est psychologue et spécialiste de la psychométrie et de la mesure en psychologie. Il a obtenu un diplôme de psychologie à Brigham Young University en 2007, puis un doctorat en psychologie de l’éducation à Texas A&M University en 2011, avec une spécialisation en recherche, mesure et statistiques. Il enseigne à Utah Valley University depuis 2011, où il est professeur associé. Ses travaux portent notamment sur l’intelligence, les tests psychologiques, la psychologie des personnes à haut potentiel et les méthodes statistiques. Il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées et a également écrit un manuel de statistiques destiné aux étudiants en sciences sociales. 

I. La nature de l’intelligence

Mythe 1 : « L’intelligence n’est que l’ensemble des tâches qu’un psychologue place dans un test »

Pour Warne, cette conception ne résiste pas à l’analyse factorielle. Les performances à des tâches cognitives très différentes — compréhension du vocabulaire, résolution de problèmes, capacité à retenir et manipuler temporairement des informations, raisonnement, rapidité de traitement, etc. — sont positivement corrélées. Cette corrélation positive généralisée fait apparaître un facteur général d’intelligence, dit g. Ce facteur représente les écarts entre personnes qui se retrouve d’une tâche à l’autre, plutôt que ce qui est propre à chaque exercice.

Le QI ne serait donc pas une simple addition arbitraire d’aptitudes particulières : les éléments propres à chaque tâche sont statistiquement séparés de ce qu’elles ont en commun. Le contenu précis d’un test importe ainsi beaucoup moins qu’on ne pourrait le penser, pourvu que les tâches soient de nature cognitive, suffisamment nombreuses et suffisamment discriminantes. Les tâches plus complexes tendent d’ailleurs à être plus fortement corrélées au facteur g.

vendredi 4 septembre 2026

« L’idée que la démo­cra­tie se dif­fuse en même temps que le capi­ta­lisme est his­to­ri­que­ment fausse »

Dans son der­nier livre, Le Monde à l’ère capi­ta­liste, l’éco­no­miste serbo-amé­ri­cain ana­lyse la façon dont le capi­ta­lisme s’est répandu dans le monde entier en s’accom­mo­dant de régimes poli­tiques auto­ri­taires et d’un reflux du libre-échange à l’échelle de la pla­nète.  Branko Mila­no­vic est pro­fes­seur à la City Uni­ver­sity of New York et ancien éco­no­miste à la Banque mon­diale.

LE FIGARO. — Votre livre s’inti­tule Le Monde à l’ère capi­ta­liste. Vous qui avez grandi en You­go­sla­vie com­mu­niste, com­ment expli­quez-vous que le capi­ta­lisme se soit imposé par­tout ? Et qu’il s’accom­mode de régimes poli­tiques si divers ?

BRANKO MILANOVIC. — La rai­son prin­ci­pale du triomphe du capi­ta­lisme est l’échec du com­mu­nisme - ou du socia­lisme réel, comme on l’appe­lait à l’époque. Cet échec s’explique sur­tout par l’inef­fi­ca­cité éco­no­mique de ce modèle. Après la crise de 1980, des pays comme la Rou­ma­nie, la Pologne, la Hon­grie et la You­go­sla­vie étaient en ban­que­route : ils ne pou­vaient plus rem­bour­ser leurs dettes. L’URSS n’était pas encore en ban­que­route, mais le régime était tota­le­ment épuisé par les dépenses mili­taires. Le sys­tème capi­ta­liste s’est donc étendu par­tout car il était plus effi­cace éco­no­mi­que­ment et béné­fi­ciait d’un très grand sou­tien des classes intel­lec­tuelles et du reste de la popu­la­tion. Par une forme d’hégé­mo­nie gram­scienne, les prin­cipes de mar­ché sur les­quels repose le capi­ta­lisme ont été accep­tés par la plu­part des pays du monde, de manière consciente ou non.

— La consé­quence est l’émer­gence de régimes hybrides, avec par exemple le « socia­lisme de mar­ché » chi­nois. Vous par­lez de « com­mu­nisme haye­kien » pour qua­li­fier la Chine. Que recouvre cette expres­sion para­doxale ?

— À Pékin, j’ai assisté à une confé­rence où se trou­vaient plu­sieurs entre­pre­neurs. Tous étaient deve­nus très riches et, à les écou­ter racon­ter leurs par­cours, on avait la sen­sa­tion qu’ils appli­quaient à la lettre les leçons de Lud­wig von Mises et de Frie­drich Hayek. Ils étaient peu édu­qués, nés dans des régions peu déve­lop­pées, ils ont com­mencé avec presque rien et, à par­tir d’une bonne idée, ils ont déve­loppé leur acti­vité. C’était un véri­table manuel capi­ta­liste dans un pays nomi­na­le­ment com­mu­niste. Et ces his­toires haye­kiennes étaient racon­tées dans une confé­rence pré­si­dée par des membres du Parti com­mu­niste ! Le régime célèbre la réus­site et la richesse pri­vée tout en main­te­nant un contrôle poli­tique cen­tra­lisé. De fait, aujourd’hui, le sec­teur privé repré­sente 70 % du PIB chi­nois.

— Vous dites que ce « com­mu­nisme haye­kien » est « la plus grande réus­site éco­no­mique de l’his­toire récente ». Ce capi­ta­lisme poli­tique à visage tech­no­cra­tique pour­rait-il ins­pi­rer d’autres pays ?

— Le sys­tème chi­nois n’est pas faci­le­ment répli­cable, car il com­porte de nom­breuses contin­gences propres à la Chine. Il est très dif­fi­cile de dres­ser une liste de choses que les autres pays devraient faire pour l’imi­ter. Contrai­re­ment au «consen­sus de Washing­ton », qui avait dix pré­ceptes clairs et faci­le­ment expor­tables, les Chi­nois n’ont pas de règles claires, ce qui limite aussi leur soft power.

— Contrai­re­ment à ce que pen­saient les théo­ri­ciens de la « fin de l’his­toire », le capi­ta­lisme s’est imposé par­tout, mais pas la démo­cra­tie libé­rale. Pour­quoi ?
 
— Cette asso­cia­tion entre libé­ra­lisme et démo­cra­tie d’un côté et capi­ta­lisme de l’autre a été faite immé­dia­te­ment après la chute du mur de Ber­lin. Mais elle me sem­blait fausse dès le début, même his­to­ri­que­ment. Dans l’his­toire, il y a eu beau­coup de pays capi­ta­listes qui n’étaient pas démo­cra­tiques du tout. À com­men­cer par l’Amé­rique: au XIXe siècle, 13% de la popu­la­tion était réduite en escla­vage. C’était un régime d’oli­gar­chie très clair. Au Royaume-uni, le suf­frage n’était pas uni­ver­sel : en 1815, la révo­lu­tion indus­trielle bat­tait son plein, mais moins de 5% de la popu­la­tion avait le droit de vote. Idem pour l’Espagne, la Grèce, l’Ita­lie fas­ciste, l’Alle­magne wil­hel­mi­nienne et l’Alle­magne hit­lé­rienne, la France sous Napo­léon III ou l’Argen­tine.

Mon scep­ti­cisme à l’égard de ce dis­cours sur la dif­fu­sion de la démo­cra­tie dans le monde a aussi été nourri par deux évé­ne­ments que j’ai vus de très près : d’un côté, la dis­so­lu­tion de l’union sovié­tique et de la You­go­sla­vie, et de l’autre l’uni­fi­ca­tion de l’Europe. D’un côté la construc­tion euro­péenne célé­brait le fait que des gens très dif­fé­rents eth­ni­que­ment et reli­gieu­se­ment pou­vaient exis­ter ensemble, et de l’autre, cette même Europe sou­te­nait la décom­po­si­tion et la dis­so­lu­tion d’un pays où des peuples dif­fé­rents vivaient ensemble. Il n’y avait presque aucune logique à tout cela ! Ensuite, j’ai tra­vaillé sur la Rus­sie en 1982-1983. Le pays vivait une dépres­sion éco­no­mique extra­or­di­naire mais aussi une des­truc­tion de l’édu­ca­tion, de la santé, une des­truc­tion sociale : les liens sociaux ont été tota­le­ment détruits. Et on par­lait de démo­cra­tie ! J’ai assisté à cette expé­rience depuis la Banque mon­diale, qui est un pro­pa­ga­teur de cette idéo­lo­gie éco­no­mique. Il y avait un vrai manque d’his­to­ri­cité dans ces années et une absence de regard sur la réa­lité telle qu’elle était.

— Com­ment expli­quer que, dans un monde acquis à l’éco­no­mie de mar­ché, le libre-échange et la mon­dia­li­sa­tion refluent désor­mais ?
 
— Le sys­tème capi­ta­liste, pour­tant accepté par la plu­part des gens, donne lieu aujourd’hui à une crise poli­tique engen­drée par la mon­dia­li­sa­tion elle­-même. Comme je l’évoque dans The Great Glo­bal Trans­for­ma­tion (non tra­duit en français, NDLR), cela s’explique d’abord par la réus­site éco­no­mique de la Chine. Per­sonne ne s’atten­dait à ce que la Chine ait un suc­cès aussi fou­droyant et que ce pays de 1,4 milliard d’habi­tants devienne un pou­voir éco­no­mique, puis un pou­voir tech­no­lo­gique et mili­taire. Les Amé­ri­cains se sont rendu compte sou­dai­ne­ment que la mon­dia­li­sa­tion avait pro­fité à la Chine beau­coup plus qu’aux autres pays et à eux-mêmes.

Au niveau des reve­nus indi­vi­duels, les classes popu­laires et même par­fois moyennes occi­den­tales sont main­te­nant dépas­sées par la mon­tée en puis­sance des classes moyennes supé­rieures en Chine, en Inde, en Indo­né­sie et ailleurs. Par le passé, la population occidentale était dans les 20 ou 30 pre­miers per­cen­tiles du monde, c’est-à-dire que même les gens rela­ti­ve­ment pauvres en France étaient pro­bable­ment dans le 70e per­cen­tile du monde. Main­te­nant, ils sont dépassés par la popu­la­tion asia­tique. Et quand vous êtes dépassé par la popu­la­tion asia­tique, vous êtes dépassé d’un seul coup par des mil­lions de gens. Les classes moyennes occi­den­tales vont s’en rendre compte très rapi­de­ment, parce qu’il y a des biens inter­na­tio­naux qu’ils ne sont plus en mesure d’ache­ter ou des voyages qui ne sont plus abo­rdables pour eux.

Et pen­dant que les popu­la­tions occi­den­tales moins aisées chu­taient dans leur posi­tion glo­bale, les plus riches, dans ces mêmes pays, sont res­tés au som­met du monde. Cela génère un grand mécon­ten­te­ment et des tur­bu­lences poli­tiques. La mon­dia­li­sa­tion a créé un conflit au niveau des États-nations, entre la Chine et les États-unis, mais aussi à l’inté­rieur des pays. Demeure donc ce para­doxe : tan­dis que les poli­tiques éco­no­miques libé­rales sont ren­for­cées sur le plan inté­rieur, elles sont tota­le­ment rem­pla­cées dans la poli­tique exté­rieure, avec le retour des droits de douane, de la coer­ci­tion éco­no­mique, et la sai­sie des avoirs des autres pays. C’est le retour du mer­can­ti­lisme au niveau inter­na­tio­nal. On peut par­ler de natio­nal-­li­bé­ra­lisme ou de libé­ra­lisme natio­nal de mar­ché pour sou­li­gner cette ambi­va­lence.

— Signe de ces tra­jec­toires croi­sées, vous expli­quez que « la désar­ti­cu­la­tion remonte vers le nord ». Pour­riez-vous expli­quer ce qu’est la « désar­ti­cu­la­tion » ? Et par quel pro­ces­sus les pays du Nord ont com­mencé à res­sem­bler à ceux du Sud ?
 
— Pen­dant long­temps les puis­sances du Nord n’ont mis en place dans les pays du Sud (ancien tiers-monde) que des enclaves de moder­nité des­ti­nées à répondre à leurs propres besoins – d’extrac­tion de res­sources, notam­ment. Et ce sans cher­cher à déve­lop­per une struc­ture pro­duc­tive inté­grée. Cette éco­no­mie d’extrac­tion était confiée à une bour­geoi­sie locale dont les inté­rêts étaient les mêmes que ceux des Occi­den­taux, tan­dis que le reste de la popu­la­tion demeu­rait rela­ti­ve­ment pauvre. Il y avait donc une désar­ti­cu­la­tion entre la sphère éco­no­mique, tour­née vers l’exté­rieur, et la sphère poli­tique.

Or depuis dix ans nous avons com­mencé à obser­ver un pro­ces­sus simi­laire en Occi­dent, et en par­ti­cu­lier aux États-unis. Il y a une couche de la popu­la­tion qui est riche, édu­quée et très inté­grée dans les échanges, intel­lec­tuels et éco­no­miques. Et tout le reste de la popu­la­tion, qu’on appelle en anglais « hin­ter­land », à l’inté­rieur des terres, était coupé de cela. C’est pour cette rai­son que l’on parle d’élites « bi-cos­tales » en Amé­rique. Ce sont des gens qui, par inté­rêt et par convic­tion, sont très pro­mon­dia­li­sa­tion. Ils s’entendent très bien avec les élites des autres pays et n’ont pas beau­coup d’inté­rêt pour leurs conci­toyens ; ils pré­fèrent employer un Chi­nois ou un Viet­na­mien en les payant beau­coup moins qu’un Amé­ri­cain équi­valent. Cette diver­gence était typique des pays du tiers-monde. Il y a vingt ans, les élites occi­den­tales voyaient tous les avan­tages, idéo­lo­giques et finan­ciers, de la mon­dia­li­sa­tion. Sans com­prendre que le reste de la popu­la­tion ne les voyait pas. Beau­coup ne se sont pas rendu compte que la fronde domes­tique allait mon­ter en puis­sance. C’était avant le Brexit, avant la pre­mière élec­tion de Donald Trump, mais ces forces sou­ter­raines exis­taient déjà.

— Les classes popu­laires et moyennes dans les pays riches ne voient pas leurs reve­nus pro­gres­ser, car ils « dépendent pour la plu­part de leurs reve­nus du tra­vail et n’ont aucun revenu de capi­tal signi­fi­ca­tif », écri­vez-vous. Cela va-t-il s’aggra­ver avec L’IA ?

— Dans les pays d’Amé­rique latine, 90% à 95% des gens n’ont aucun revenu du capi­tal. En France, envi­ron la moi­tié de la popu­la­tion n’a aucun revenu du capi­tal. Aux États-unis, c’est 60 %, et dans d’autres pays déve­lop­pés, par­fois plus. Il est encore dif­fi­cile d’éva­luer les consé­quences de la révo­lu­tion tech­no­lo­gique que repré­sente L’IA. Si elle rem­place un grand nombre de pro­fes­sions, bien sûr, à PIB égal, il y aura une aug­men­ta­tion de reve­nus du capi­tal, car cet argent ira dans les poches des pro­prié­taires des entre­prises tech­no­lo­giques. Et les reve­nus du tra­vail s’éro­de­ront encore un peu plus. Tout dépen­dra ensuite de la façon dont ce capi­tal sera redis­tri­bué. Va-t-on prendre de l’argent à ceux qui se sont enri­chis avec L’IA pour le dis­tri­buer à tout le monde comme un revenu garanti men­suel ? C’est une pos­si­bi­lité.

— Mais, selon vous, les outils du XXe siècle ne peuvent pas ser­vir à com­battre les inéga­li­tés de reve­nus au XXIe siècle. Pour­quoi ?

— Au XXe siècle, les trois grands outils de réduc­tion des inéga­li­tés en Occi­dent ont été les syn­di­cats, l’édu­ca­tion et l’inter­ven­tion­nisme de l’État. Or le taux de syn­di­ca­li­sa­tion a chuté par­tout dans le monde. Le type de tra­vail a tota­le­ment changé. Il y a moins de grandes entre­prises qui emploient des mil­liers de gens et dont les inté­rêts sont sem­blables. Très sou­vent, les sala­riés ne tra­vaillent plus dans le même espace phy­sique, ce qui rend toute orga­ni­sa­tion, syn­di­cale ou autre, plus dif­fi­cile. Deuxiè­me­ment, le niveau d’édu­ca­tion. Il a explosé au XXe siècle. La tra­jec­toire se pour­suit, les gens sont tou­jours plus diplô­més, mais c’est dif­fé­rent. Le gain que vous faites en pas­sant d’une popu­la­tion qui a en moyenne 7 ans d’édu­ca­tion à 13 ans est extra­or­di­naire. Mais il y a un maxi­mum natu­rel. Après 13 ans, on ne peut pas pas­ser à 23 ans d’édu­ca­tion, ça n’aurait aucun sens !

Enfin, le rôle de l’état. Les impôts sont deve­nus très éle­vés au XXe siècle parce qu’on accep­tait que l’état joue un rôle très impor­tant, en France en par­ti­cu­lier. Main­te­nant on l’accepte moins, on pense que les impôts sont exa­gé­rés. Les gens ont une vision beau­coup plus cynique du rôle de l’état. Si on prend ces trois aspects - le syn­di­ca­lisme, l’édu­ca­tion et l’opi­nion sur l’état - les outils du XXe siècle sont caducs pour réduire les inéga­li­tés.